Faux guides chinois: la réaction du ministère du Tourisme jugée inadaptée

Un mois après la publication par Médias24 d’un article liant la baisse des arrivées touristiques et des recettes chinoises au problème des faux guides, le ministère du Tourisme a menacé, par écrit, les agents de voyages qui continueront à employer des faux guides de les retirer de la liste des agences accréditées. Une menace qui risque malheureusement de s'avérer insuffisante. Voici pourquoi..

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Faux guides chinois : la réaction du ministère du Tourisme jugée inadaptée

Le 09 janvier 2020 à 17:01

Modifié le 10 janvier 2020 à 10:32

Que faut-il penser de la réponse de la direction de la réglementation, du développement et de la qualité relevant du ministère du Tourisme aux opérateurs qui dénoncent la concurrence déloyale de personnes, le plus souvent physiques et d’origine chinoise, qui s’improvisent spécialistes du réceptif chinois?

Manifestement interpellé par nos enquêtes sur la multiplication d’intermédiaires chinois clandestins dont la concurrence déloyale fait fondre le chiffre d’affaires des agences légales de voyages, le ministère de tutelle a donc adressé un avertissement à ceux qui utilisent le marché informel.

Rappel de l’obligation d’un guide marocain et d’un traducteur le cas échéant

En effet, au début de cette lettre circulaire, adressée au patrons des agences de voyages (voir fac-similé), "le département du tourisme invite l’ensemble des agences de voyages marocaines à désigner un guide touristique marocain pour accompagner les groupes de touristes chinois dans les visites des sites et monuments historiques".

Sachant que les guides officiels parlant chinois sont encore très rares au Maroc (une quarantaine), le document affirme qu’en cas d’indisponibilité, "les agences de voyages pourront exceptionnellement faire appel à un interprète pour traduire les explications du guide accompagnant le groupe de touristes chinois".

Un courrier menaçant

Avec un tonalité ferme, le directeur de la réglementation conclut son propos en menaçant "ceux qui ne respecteront les dispositions précédentes de les retirer définitivement de la liste des agences de voyages accrédités pour l’organisation du tourisme réceptif de Chinois".

Souhaitant en savoir plus, notre rédaction a contacté l’auteur du courrier, adressé le 6 janvier dernier à plusieurs agences spécialisées dans le marché chinois, qui était injoignable.

Sans réponse, nous avons donc sollicité Hayat Jabrane, propriétaire d'une grande agence de voyages pionnière dans la réception du marché émergent chinois, qui a été la première à dénoncer la concurrence déloyale de guides clandestins chinois qui participent à l’effondrement des arrivées et des recettes.

Aucune concertation avec les opérateurs en première ligne

Visiblement irritée par la tiède réaction du ministère qui n’a pas jugé utile de se réunir préalablement avec les agences concernées, l’ex-secrétaire générale de la CNT avance que la lettre ministérielle n’aura aucun effet.

 "Je ne comprends pas le fait de ne pas avoir reçu ce courrier directement, mais de l'appendre par vous, alors que, sans prétention aucune, mon agence est classée première du marché du tourisme réceptif chinois.

"De plus, ni moi ni mes concurrents n’ont été sollicités alors qu’il aurait été souhaitable de réunir l’ensemble des acteurs concernés par ce marché pour discuter de la problématique des clandestins.

Une liste d’agences accréditées qui n’a plus lieu d’être

"Le ministère menace les agences de voyages qui n’emploient pas de guides marocains de leur retirer leur accréditation mais personne ne sait qui figure dans cette liste d'agences accréditées qui n’a pas été mise à jour depuis la levée des visas.

"En fait, elle n’a plus aucune utilité car sa nécessité était liée, avant juin 2016, à l’octroi des visas aux touristes chinois. A l’époque, l’ambassade du Maroc en Chine réclamait aux demandeurs les coordonnées de l’agence de voyages marocaine qui s’occupait des questions de logement, transport …

"Aujourd’hui, les choses ont changé vu qu’il n’y a plus de visa et que de nombreuses agences, flairant le filon, ont été créées le plus souvent clandestinement et ne sont donc pas accréditées.

"A quoi donc peut encore servir cette liste d’agences accréditées à organiser les séjours des groupes chinois alors qu’il n’en existe pas pour tous les autres marchés qu’ils soient matures (GB …) ou émergents (Russie …).

Pour respecter la loi, le ministère propose de ... doubler les frais de guides

"Notre survie est menacée par ces guides qui ne connaissent pas l’histoire du Maroc et ne parlent pas arabe alors que la loi est claire et stipule qu’un guide officiel doit obligatoirement être de nationalité marocaine.

"Au lieu de multiplier les formations de guides officiels parlant chinois, la lettre propose d’aggraver la situation financière des agences qui marchent dans les clous. En effet, adjoindre un traducteur chinois à un guide marocain qui ne parle pas mandarin est invraisemblable car hors de prix.

"Quand on sait qu’un simple guide coûte 800 à 1.200 dirhams par jour (salaire, hôtel, repas) et qu’un traducteur revient 1.000 à 1.400 DH/jour, elle propose ni plus ni moins de doubler nos frais.

"Cela aura pour effet de davantage plomber notre compétitivité déjà mise à mal par la concurrence déloyale qui emploie illégalement des gens sans papiers, incompétents et payés une misère.

 "Au lieu de lancer des menaces inutiles, le ministère ferait mieux de faire contrôler les faux guides que l'on retrouve souvent devant les monuments avec leur groupe de clients », conclut Jabrane qui pense que cette lettre ne découragera pas les clandestins à continuer leur activité en toute illégalité.

Au final, si la réaction du ministère montre une volonté de résoudre la problématique des faux guides qui pourrissent la vie et le chiffre d’affaires des agences légales, il aurait été plus judicieux de trouver des solutions avec les concernés plutôt que de faire cavalier seul ….

Ci-après, la lettre du département du tourisme aux agences de voyages spécialisés en réceptif chinois:

 

Faux guides chinois: la réaction du ministère du Tourisme jugée inadaptée

Le 09 janvier 2020 à17:01

Modifié le 10 janvier 2020 à 10:32

Un mois après la publication par Médias24 d’un article liant la baisse des arrivées touristiques et des recettes chinoises au problème des faux guides, le ministère du Tourisme a menacé, par écrit, les agents de voyages qui continueront à employer des faux guides de les retirer de la liste des agences accréditées. Une menace qui risque malheureusement de s'avérer insuffisante. Voici pourquoi..

Que faut-il penser de la réponse de la direction de la réglementation, du développement et de la qualité relevant du ministère du Tourisme aux opérateurs qui dénoncent la concurrence déloyale de personnes, le plus souvent physiques et d’origine chinoise, qui s’improvisent spécialistes du réceptif chinois?

Manifestement interpellé par nos enquêtes sur la multiplication d’intermédiaires chinois clandestins dont la concurrence déloyale fait fondre le chiffre d’affaires des agences légales de voyages, le ministère de tutelle a donc adressé un avertissement à ceux qui utilisent le marché informel.

Rappel de l’obligation d’un guide marocain et d’un traducteur le cas échéant

En effet, au début de cette lettre circulaire, adressée au patrons des agences de voyages (voir fac-similé), "le département du tourisme invite l’ensemble des agences de voyages marocaines à désigner un guide touristique marocain pour accompagner les groupes de touristes chinois dans les visites des sites et monuments historiques".

Sachant que les guides officiels parlant chinois sont encore très rares au Maroc (une quarantaine), le document affirme qu’en cas d’indisponibilité, "les agences de voyages pourront exceptionnellement faire appel à un interprète pour traduire les explications du guide accompagnant le groupe de touristes chinois".

Un courrier menaçant

Avec un tonalité ferme, le directeur de la réglementation conclut son propos en menaçant "ceux qui ne respecteront les dispositions précédentes de les retirer définitivement de la liste des agences de voyages accrédités pour l’organisation du tourisme réceptif de Chinois".

Souhaitant en savoir plus, notre rédaction a contacté l’auteur du courrier, adressé le 6 janvier dernier à plusieurs agences spécialisées dans le marché chinois, qui était injoignable.

Sans réponse, nous avons donc sollicité Hayat Jabrane, propriétaire d'une grande agence de voyages pionnière dans la réception du marché émergent chinois, qui a été la première à dénoncer la concurrence déloyale de guides clandestins chinois qui participent à l’effondrement des arrivées et des recettes.

Aucune concertation avec les opérateurs en première ligne

Visiblement irritée par la tiède réaction du ministère qui n’a pas jugé utile de se réunir préalablement avec les agences concernées, l’ex-secrétaire générale de la CNT avance que la lettre ministérielle n’aura aucun effet.

 "Je ne comprends pas le fait de ne pas avoir reçu ce courrier directement, mais de l'appendre par vous, alors que, sans prétention aucune, mon agence est classée première du marché du tourisme réceptif chinois.

"De plus, ni moi ni mes concurrents n’ont été sollicités alors qu’il aurait été souhaitable de réunir l’ensemble des acteurs concernés par ce marché pour discuter de la problématique des clandestins.

Une liste d’agences accréditées qui n’a plus lieu d’être

"Le ministère menace les agences de voyages qui n’emploient pas de guides marocains de leur retirer leur accréditation mais personne ne sait qui figure dans cette liste d'agences accréditées qui n’a pas été mise à jour depuis la levée des visas.

"En fait, elle n’a plus aucune utilité car sa nécessité était liée, avant juin 2016, à l’octroi des visas aux touristes chinois. A l’époque, l’ambassade du Maroc en Chine réclamait aux demandeurs les coordonnées de l’agence de voyages marocaine qui s’occupait des questions de logement, transport …

"Aujourd’hui, les choses ont changé vu qu’il n’y a plus de visa et que de nombreuses agences, flairant le filon, ont été créées le plus souvent clandestinement et ne sont donc pas accréditées.

"A quoi donc peut encore servir cette liste d’agences accréditées à organiser les séjours des groupes chinois alors qu’il n’en existe pas pour tous les autres marchés qu’ils soient matures (GB …) ou émergents (Russie …).

Pour respecter la loi, le ministère propose de ... doubler les frais de guides

"Notre survie est menacée par ces guides qui ne connaissent pas l’histoire du Maroc et ne parlent pas arabe alors que la loi est claire et stipule qu’un guide officiel doit obligatoirement être de nationalité marocaine.

"Au lieu de multiplier les formations de guides officiels parlant chinois, la lettre propose d’aggraver la situation financière des agences qui marchent dans les clous. En effet, adjoindre un traducteur chinois à un guide marocain qui ne parle pas mandarin est invraisemblable car hors de prix.

"Quand on sait qu’un simple guide coûte 800 à 1.200 dirhams par jour (salaire, hôtel, repas) et qu’un traducteur revient 1.000 à 1.400 DH/jour, elle propose ni plus ni moins de doubler nos frais.

"Cela aura pour effet de davantage plomber notre compétitivité déjà mise à mal par la concurrence déloyale qui emploie illégalement des gens sans papiers, incompétents et payés une misère.

 "Au lieu de lancer des menaces inutiles, le ministère ferait mieux de faire contrôler les faux guides que l'on retrouve souvent devant les monuments avec leur groupe de clients », conclut Jabrane qui pense que cette lettre ne découragera pas les clandestins à continuer leur activité en toute illégalité.

Au final, si la réaction du ministère montre une volonté de résoudre la problématique des faux guides qui pourrissent la vie et le chiffre d’affaires des agences légales, il aurait été plus judicieux de trouver des solutions avec les concernés plutôt que de faire cavalier seul ….

Ci-après, la lettre du département du tourisme aux agences de voyages spécialisés en réceptif chinois:

 

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