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En Syrie, mort et dévastation au 5e jour de pilonnage d'un fief rebelle par le régime 

Vendredi 9 février 2018 à 18h23
En Syrie, mort et dévastation au 5e jour de pilonnage d'un fief rebelle par le régime
(AFP)

Le régime syrien a pilonné de nouveau vendredi l'enclave rebelle de la Ghouta orientale, une campagne aérienne qui a tué plus de 240 civils en cinq jours et révélé de nouveau au grand jour l'impuissance internationale face à la guerre en Syrie.

Après un bref répit, les bombardements ont visé plusieurs localités de la vaste région de la Ghouta orientale, proche de Damas et dans laquelle sont assiégés quelque 400.000 habitants dans des conditions humanitaires dramatiques, selon des correspondants de l'AFP.

Depuis lundi, des milliers de familles ont dû se réfugier dans des abris de fortune. Médecins et secouristes sont débordés par l'afflux de victimes avec, chaque jour, des dizaines de morts et de blessés, dont des femmes et des enfants.

Malgré l'ampleur des violences, les membres du Conseil de sécurité de l'ONU ont échoué jeudi à s'entendre sur une trêve humanitaire réclamée par les agences de l'ONU pour permettre la livraison d'aides d'urgence.

Profitant d'un calme de quelques heures, des habitants à Douma et Hammouriyé ont tenté vendredi matin de sauver leurs affaires au milieu des destructions et cherché à faire des provisions en achetant ce qu'ils ont pu trouver dans les marchés locaux.

Mais en milieu de matinée, des annonces dans les haut-parleurs des mosquées fusent: "Un avion dans le ciel. Evacuez les rues".

Les nouveaux bombardements aériens ont visé plusieurs localités de la Ghouta dont Douma et Arbine, tuant au moins 13 civils, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

A Douma, au moins six personnes sont mortes dont deux enfants.

- 'Soit mort, soit blessé' -

"Huit familles vivaient dans le quartier", a raconté à l'AFP Abou Ezzo, un habitant de 29 ans. "Les avions ont bombardé les maisons et chacun des habitants en est sorti soit mort, soit blessé", témoigne-t-il.

Depuis lundi, plus de 240 civils dont une soixantaine d'enfants ont péri dans le déluge de feu déversé par le régime sur la Ghouta orientale, a indiqué l'OSDH. Des centaines ont été blessés.

Selon CARE International, les raids ont rendu très difficile la mission des organisations humanitaires.

"S'il n'y a pas de cessez-le-feu (...), nous ne pouvons imaginer l'ampleur de la catastrophe humanitaire" à venir, a averti Joelle Bassoul, responsable de la communication pour la Syrie à l'ONG.

"Les gens meurent et les secouristes essaient de les sauver, mais ils meurent eux aussi. Ces travailleurs humanitaires syriens sont les seuls à essayer d'aider leurs communautés", a déploré Christy Delafield, une des responsables communications de l'ONG américaine Mercy Corps qui soutient des partenaires syriens.

La Ghouta est censée faire partie de quatre zones dites de "désescalade" instaurées en vertu d'un accord parrainé par la Russie, alliée du régime Assad, pour réduire les combats et la violence dans le pays.

"Mais elle subit parmi les pires violences que nous ayons vu" depuis le début du conflit, a souligné Mme Delafield.

Selon l'ONG Save the Children, plus de 4.000 familles vivent désormais dans des caves et des bunkers. "Les enfants sont affamés, bombardés et piégés. Le siège signifie qu'ils n'ont nulle part pour fuir".

- Dégradation insoutenable -

Le président français Emmanuel Macron a appelé son homologue russe Vladimir Poutine à "tout faire pour que le régime syrien mette un terme à la dégradation insoutenable de la situation humanitaire dans la Ghouta orientale et à Idleb", une autre région du nord de la Syrie visée par une offensive gouvernementale.

Il a également exprimé sa "préoccupation" face à "l'emploi possible de chlore" contre des civils. Cette dernière accusation a été démentie par le régime syrien.

La veille, les Etats-Unis, hostiles au régime Assad, et la Russie avaient de nouveau étalé leurs divergences, les premiers se disant en faveur d'une trêve humanitaire, la seconde la jugeant "pas réaliste".

Pour Nick Heras, un analyste au centre de réflexion Center for New American Security, comme la Ghouta orientale est la dernière zone contrôlée par les rebelles près de Damas, le pouvoir est plus déterminé que jamais à en chasser les insurgés.

- 'Punition collective' -

"Cette stratégie d’assiéger la Ghouta est une punition collective, pour faire payer à toute la population de la région le prix de son choix de se rebeller contre Bachar al-Assad et son régime", a expliqué l'expert à l'AFP.

La guerre en Syrie a été déclenchée le 15 mars 2011 par la répression sanglante de manifestations prodémocratie, avant de se complexifier avec l'implication de puissances étrangères et de groupes jihadistes sur un territoire morcelé.

La multiplication des protagonistes, les divisions internationales et la montée en puissance des jihadistes ont miné les efforts pour un règlement du conflit qui a fait plus de 340.000 morts et jeté à la rue des millions de personnes. Toutes les tentatives de trouver une solution politique ont échoué.

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