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Turquie: audience cruciale pour le pasteur Brunson, dont Washington exige la libération 

Vendredi 12 octobre 2018 à 02h26
Turquie: audience cruciale pour le pasteur Brunson, dont Washington exige la libération
(AFP)

Le pasteur américain Andrew Brunson, dont la détention puis l'assignation à résidence en Turquie sont au coeur d'une grave crise entre Ankara et Washington, comparaît de nouveau vendredi devant le tribunal sur fond de fortes pressions américaines pour sa libération.

La crise diplomatique alimentée par cette affaire entre les deux alliés au sein de l'Otan a provoqué un effondrement de la livre et exposé les fragilités de l'économique turque.

Au cours des audiences précédentes, la cour a à chaque fois refusé la libération du pasteur, mais ses proches et Washington semblent nourrir un certain optimisme quant à l'issue de celle de vendredi.

Si l'assignation à résidence et l'interdiction de quitter le territoire frappant M. Brunson n'étaient pas levées vendredi, la réplique attendue de Washington et la réaction des marchés pourraient porter un nouveau coup à l'économie turque.

Andrew Brunson, qui gérait une petite église protestante à Izmir, est depuis fin juillet assigné à résidence, après avoir été incarcéré pendant un an et demi, poursuivi pour activités "terroristes" et espionnage. Des condamnations qu'il rejette en bloc.

S'il est condamné, il risque jusqu'à 35 ans de prison.

Son cas a été brandi par des conservateurs chrétiens américains, une importante base électorale pour le président Donald Trump qui a qualifié M. Brunson de "merveilleux pasteur chrétien" et d'"otage patriote".

Le vice-président Mike Pence, un chrétien évangélique comme M. Brunson, a lui aussi régulièrement évoqué le pasteur publiquement.

Après que le tribunal a refusé de libérer le pasteur lors de la dernière audience, en juillet, Washington a haussé le ton et imposé une série de sanctions contre la Turquie.

Le 10 août, notamment, Washington a doublé les tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium de provenance turque, ce à quoi la Turquie a immédiatement répliqué avec une mesure similaire.

- Optimisme prudent -

L'audience doit s'ouvrir à 07H00 GMT au tribunal d'Aliaga, au nord d'Izmir.

"Nous demandons à ce que le contrôle judiciaire, dont l'assignation à résidence et l'interdiction de sortie du territoire, soient levées", explique à l'AFP l'avocat du pasteur, Cem Halavurt.

"Nous croyons depuis le tout début qu'il n'y a aucune suspicion criminelle forte. Il n'y aucune preuve contre lui dans ce dossier", ajoute-t-il.

Ayant rendu visite au pasteur la semaine dernière, il affirme qu'il est "en bonne santé" et que son moral est bon "mais évidemment l'attente anxieuse se poursuit".

Un peu plus tôt ce mois-ci, Me Halavurt a saisi la Cour constitutionnelle pour la libération du pasteur. Il croit "que la cour en fera une priorité, mais un verdict final peut prendre des mois".

- "Etat de droit" -

Les deux parties ont récemment affiché une volonté d'apaisement, le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo disant espérer une libération du pasteur et le président turc Recep Tayyip Erdogan émettant le voeux d'une amélioration des relations avec Washington.

Abdulkadir Selvi, un journaliste proche du gouvernement écrivant pour le quotidien Hürriyet, estime que le pasteur pourrait être libéré.

"Si Brunson est libéré comme cela est attendu, l'aspect politique de la crise initiée par Trump le 10 août aura été résolu", a-t-il écrit lundi.

"Je crois que cette affaire sera terminée et que le pasteur sera libéré, en tenant compte du temps qu'il a déjà passé en prison", poursuit M. Selvi.

M. Erdogan a affirmé vouloir "résoudre les problèmes avec les Etats-Unis le plus rapidement possible" tout en critiquant une "approche (américaine) tordue consistant à imposer des sanctions contre notre pays en prétextant du cas d'un pasteur jugé pour ses liens troubles avec des groupes terroristes".

"Comme la Turquie est un Etat de droit, je ne peux intervenir dans la justice", a-t-il également répété d'après des propos publiés dans la presse jeudi.

"Quelle que soit la décision de la justice, je devrai la respecter. Ceux qui s'expriment à propos de cette affaire doivent également respecter la décision de la justice", a ajouté le chef de l'Etat.

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