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Grèce: Athènes veut ranimer la mémoire confisquée de sa libération 

Vendredi 12 octobre 2018 à 05h54
Grèce: Athènes veut ranimer la mémoire confisquée de sa libération
(AFP)

Promenade historique, expositions, concert: Athènes a commencé à ranimer la mémoire de sa libération de l'occupant nazi, le 12 octobre 1944, occultée par la guerre civile qui allait ensuite durablement diviser le pays.

Cette journée-là, la ville est en liesse, pour fêter le retrait dans le calme des troupes allemandes, redéployées vers le nord face à l'avancée de l'Armée rouge.

Dans les rues, désormais contrôlées par l'Armée nationale de libération, ELAS, pilier de la résistance sous direction communiste, la foule crie "Laokratia" (pouvoir au peuple).

Mais un mois et demi plus tard, la capitale sera en sang, déchirée entre l'ELAS et les partisans de la droite monarchiste, appuyés par les Britanniques. Une répétition générale de la guerre civile (1946-49) qui allait entrainer les Américains dans le premier conflit de la guerre froide et plomber le pays jusqu'à la fin en 1974 de la dictature des colonels.

Depuis, une persistante guerre des mémoires nourrit "l'amnésie" dont souffre le pays, selon l'universitaire Georges Prévélakis, auteur de l'essai "Qui sont les Grecs?"

"Il y a des trous noirs de la mémoire du fait d'une série de traumatismes et de l'absence de convergence" dans les interprétations du déroulé historique, déplore-t-il.

- "Redonner du sens" -

"Du coup, au lieu de fêter la fin de l'occupation, la fin de la guerre, comme ailleurs en Europe, ce qu'on commémore, nous, c'est son début", s'indigne Dimitra Dimeri, une enseignante de 36 ans, venue suivre dimanche dernier un parcours didactique sur le thème de la collaboration.

Le pays commémore de fait par une fête nationale, le 28 octobre, son entrée dans le conflit en 1941, à l'origine pour s'opposer à l'Italie fasciste. Mais pour célébrer sa libération, la capitale s'est longtemps contentée d'un lever de drapeau sur l'Acropole, comme il devait encore avoir lieu vendredi matin.

"La date tombait dans l'oubli, cela manquait de sens, c'est ce que nous voulons combler en ranimant la mémoire de cette époque", explique à l'AFP la responsable des Archives municipales, Zeta Antonopoulou.

"Nous devons apprendre à regarder notre histoire en face, nous réconcilier avec le passé", relève-t-elle, soulignant à quel point "l'histoire contemporaine reste la grande absente des programmes scolaires", même si une réforme en cours vise à combler ces lacunes.

Au côté notamment du Parlement et des Archives nationales, la municipalité est partie prenante du projet "Athènes Libre", qui déroule désormais depuis deux ans une série de manifestations sur tout le mois d'octobre.

Au programme cette année notamment, une exposition retraçant "14 histoires de résistance", pour, selon Mme Antonopoulou, "mettre des visages et des lieux" sur cette période de la vie de la capitale. Une des grandes chanteuses grecques, Maria Farandouri, doit aussi donner dans la soirée un concert gratuit au parc de la Liberté, dans le centre-ville.

- "Levée des tabous" -

"La recherche sur l'occupation et la résistance dans les villes est encore très neuve", relève pour l'AFP l'initiateur du projet, l'historien Ménélaos Haralambidis. L'épopée de la guérilla partisane, qui avait libéré de grands pans du pays, avant même le départ des nazis a monopolisé le plus gros des études.

Jusqu'au retour du pays à la démocratie, "cette histoire a été occultée, car il aurait fallu reconnaître le rôle majeur des communistes", ensuite "elle a été mythifiée" par la gauche, juge-t-il.

Avec le passage des années, et l'épreuve infligée à la gauche radicale par l'exercice du pouvoir, depuis l'arrivée aux affaires en 2015 d'Alexis Tsipras, "le récit de gauche s'est effondré, comme s'était effondré celui de la droite à la fin de la junte", estime pour sa part M. Prévélakis.

"C'est la fin d'un cycle, peut-être la condition d'un regard plus objectif", veut-il espérer, mettant toutefois en garde contre la tentation toujours vivace d'une lecture historique "très simplifiée et idéologique".

"En Grèce, tout est toujours très partisan, et aussi très familial, avec des souvenirs entretenus de générations en générations, alors il faut du temps pour lever les tabous", lui fait écho Dimitris, un informaticien trentenaire.

Il a saisi lui aussi l'occasion pour en apprendre plus sur la collaboration à Athènes: "quand on voit la percée des néonazis d'Aube Dorée, on se dit qu'il est important de remonter les pistes, suivre les filiations".

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