Venezuela: après six jours sans courant, l'or noir dans le trou

(AFP)

La gigantesque panne de courant qui a plongé le Venezuela dans le noir va précipiter l'effondrement de la production pétrolière, déjà minée par la crise et les sanctions américaines qui lui feront bientôt perdre son marché principal.

Après six jours sans lumière et le pompage à l'arrêt, l'horizon est plus que sombre pour cette ressource essentielle à l'économie du pays et pour la compagnie publique d'exploitation PDVSA, préviennent les experts.

A partir du 28 avril, les citoyens et entreprises nord-américains seront interdits de vendre ou d'acheter le brut vénézuélien qui rapporte 96% de ses recettes au pays, et dont les réserves sont les plus importantes au monde.

Même si les exportations étaient déjà en chute libre, c'est un mauvais coup de plus, une estocade même, porté au gouvernement de Nicolas Maduro car les Etats-Unis assurent 75% de la trésorerie de PDSVA.

Maduro affirme que les sanctions des Etats-Unis, avec lesquels les relations diplomatiques sont rompues, ont déjà coûté au pays 30 milliards de dollars.

La paralysie que vient de subir le Venezuela avec la panne a encore impacté ce secteur affaibli. "Pas un seul baril n'est sorti pendant toute la durée de la panne... Cette situation ne donne que le coup d'envoi d'une détérioration bien pire encore à venir", affirme à l'AFP l'expert Luis Oliveros.

La production de brut vénézuélien a commencé sa descente aux enfers en février de l'année passée, stagnant autour d'un peu plus du million de barils par jour, soit 142.000 de moins que la moyenne du mois précédent, selon des sources proches de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep).

Il y a dix ans, les exportations atteignaient 3,2 millions de barils/jour.

Avec les dégâts causés aux installations par la panne, le volume pourrait chuter à 500.000 cette année, prévient l'économiste Asdrubal Oliveros, directeur de l'Institut Ecoanalitica, sur la base d'un rapport de la Barclays, à Londres.

PDVSA n'a pas encore présenté le bilan de la panne. Pendant la coupure, la compagnie s'est bornée à annoncer qu'elle assurerait les livraisons d'essence à l'intérieur du pays, quand de longues files ont commencé à se former devant les stations-services.

"Nous n'avons pas arrêté les opérations et elles ne vont pas s'arrêter!", a martelé la compagnie comme un slogan.

- Des puits à l'arrêt -

Mercredi soir, trois citernes de stockage appartenant à la compagnie ont été incendiées dans l'Etat d'Anzoategui (nord-est): comme pour la panne, le gouvernement a incriminé les Etats-Unis et l'opposition qui auraient selon lui commandité une "action terroriste".

Relancer les installations arrêtées par la panne ne sera pas chose facile parce qu'elles auront forcément subi des dommages, estime Luis Oliveros.

"Dans certains cas, les dégâts causés aux puits peuvent être irréversibles, dans d'autres ils nécessiteront de lourds investissements pour redevenir opérationnels. Mais les conséquences vont être très sévères", ajoute-t-il.

Le nombre de puits réellement en fonction était déjà en chute libre, en raison d'un manque de maintenance et d'investissements dénoncé par les experts, ainsi que la corruption.

Selon le prestataire de services pétroliers Baker Hughes, 26 plateformes fonctionnaient encore dans le pays fin février, contre 47 un an auparavant. Et 74 en février 2014.

Maduro a accusé une "cyberattaque" contre la principale centrale du pays d'avoir causé la panne du 7 mars. Mais des experts interrogés par l'AFP ont rappelé la fréquence des pannes dans le pays. "Les infrastructures du pays ne cessent de se dégrader", relève Luis Oliveros.

- Asphyxie -

L'admnistration de Donald Trump a gelé les fonds et les actifs de PDVSA aux Etats-unis et ceux de CITGO, sa filiale, confiant leur contrôle au leader de l'opposition Juan Guaido qu'ils ont reconnu comme président intérimaire - ainsi qu'une cinquantaine de pays.

Dès la fin 2017, elle avait interdit à ses ressortissants et à ses entreprises de négocier de nouvelles obligations de la dette du pays et de PDVSA, ce qui représentait environ 150.000 millions de dollars.

M. Trump boucle désormais totalement la boucle en étendant ces mesures aux partenaires de la compagnie. Selon le cabinet de conseil Eurasia Group, Washington veut encore étendre ces sanctions à des tiers afin de "miner davantage le financement" du gouvernement Maduro.

Cette semaine, le département du Trésor a sanctionné une banque russe, Evrofinance Mosnarbank, pour avoir "assisté, parrainé ou fourni un soutien financier, matériel ou technologique" à PDVSA.

Parallèlement à la production, les livraisons aux Etats-Unis ont également diminué: selon l'agence américaine de l'Energie, elles étaient d'environ 100.000 barils/jour pendant la première quinzaine, contre 1,3 million en janvier 2011.

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Venezuela: après six jours sans courant, l'or noir dans le trou

Le 23 mars 2019 à19:02

Modifié le 23 mars 2019 à 19:02

La gigantesque panne de courant qui a plongé le Venezuela dans le noir va précipiter l'effondrement de la production pétrolière, déjà minée par la crise et les sanctions américaines qui lui feront bientôt perdre son marché principal.

Après six jours sans lumière et le pompage à l'arrêt, l'horizon est plus que sombre pour cette ressource essentielle à l'économie du pays et pour la compagnie publique d'exploitation PDVSA, préviennent les experts.

A partir du 28 avril, les citoyens et entreprises nord-américains seront interdits de vendre ou d'acheter le brut vénézuélien qui rapporte 96% de ses recettes au pays, et dont les réserves sont les plus importantes au monde.

Même si les exportations étaient déjà en chute libre, c'est un mauvais coup de plus, une estocade même, porté au gouvernement de Nicolas Maduro car les Etats-Unis assurent 75% de la trésorerie de PDSVA.

Maduro affirme que les sanctions des Etats-Unis, avec lesquels les relations diplomatiques sont rompues, ont déjà coûté au pays 30 milliards de dollars.

La paralysie que vient de subir le Venezuela avec la panne a encore impacté ce secteur affaibli. "Pas un seul baril n'est sorti pendant toute la durée de la panne... Cette situation ne donne que le coup d'envoi d'une détérioration bien pire encore à venir", affirme à l'AFP l'expert Luis Oliveros.

La production de brut vénézuélien a commencé sa descente aux enfers en février de l'année passée, stagnant autour d'un peu plus du million de barils par jour, soit 142.000 de moins que la moyenne du mois précédent, selon des sources proches de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep).

Il y a dix ans, les exportations atteignaient 3,2 millions de barils/jour.

Avec les dégâts causés aux installations par la panne, le volume pourrait chuter à 500.000 cette année, prévient l'économiste Asdrubal Oliveros, directeur de l'Institut Ecoanalitica, sur la base d'un rapport de la Barclays, à Londres.

PDVSA n'a pas encore présenté le bilan de la panne. Pendant la coupure, la compagnie s'est bornée à annoncer qu'elle assurerait les livraisons d'essence à l'intérieur du pays, quand de longues files ont commencé à se former devant les stations-services.

"Nous n'avons pas arrêté les opérations et elles ne vont pas s'arrêter!", a martelé la compagnie comme un slogan.

- Des puits à l'arrêt -

Mercredi soir, trois citernes de stockage appartenant à la compagnie ont été incendiées dans l'Etat d'Anzoategui (nord-est): comme pour la panne, le gouvernement a incriminé les Etats-Unis et l'opposition qui auraient selon lui commandité une "action terroriste".

Relancer les installations arrêtées par la panne ne sera pas chose facile parce qu'elles auront forcément subi des dommages, estime Luis Oliveros.

"Dans certains cas, les dégâts causés aux puits peuvent être irréversibles, dans d'autres ils nécessiteront de lourds investissements pour redevenir opérationnels. Mais les conséquences vont être très sévères", ajoute-t-il.

Le nombre de puits réellement en fonction était déjà en chute libre, en raison d'un manque de maintenance et d'investissements dénoncé par les experts, ainsi que la corruption.

Selon le prestataire de services pétroliers Baker Hughes, 26 plateformes fonctionnaient encore dans le pays fin février, contre 47 un an auparavant. Et 74 en février 2014.

Maduro a accusé une "cyberattaque" contre la principale centrale du pays d'avoir causé la panne du 7 mars. Mais des experts interrogés par l'AFP ont rappelé la fréquence des pannes dans le pays. "Les infrastructures du pays ne cessent de se dégrader", relève Luis Oliveros.

- Asphyxie -

L'admnistration de Donald Trump a gelé les fonds et les actifs de PDVSA aux Etats-unis et ceux de CITGO, sa filiale, confiant leur contrôle au leader de l'opposition Juan Guaido qu'ils ont reconnu comme président intérimaire - ainsi qu'une cinquantaine de pays.

Dès la fin 2017, elle avait interdit à ses ressortissants et à ses entreprises de négocier de nouvelles obligations de la dette du pays et de PDVSA, ce qui représentait environ 150.000 millions de dollars.

M. Trump boucle désormais totalement la boucle en étendant ces mesures aux partenaires de la compagnie. Selon le cabinet de conseil Eurasia Group, Washington veut encore étendre ces sanctions à des tiers afin de "miner davantage le financement" du gouvernement Maduro.

Cette semaine, le département du Trésor a sanctionné une banque russe, Evrofinance Mosnarbank, pour avoir "assisté, parrainé ou fourni un soutien financier, matériel ou technologique" à PDVSA.

Parallèlement à la production, les livraisons aux Etats-Unis ont également diminué: selon l'agence américaine de l'Energie, elles étaient d'environ 100.000 barils/jour pendant la première quinzaine, contre 1,3 million en janvier 2011.

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