L'Italie, sous le choc, s'interroge après le détournement d'un bus scolaire

(AFP)

L'Italie, sous le choc, s'interrogeait jeudi sur les circonstances ayant permis au chauffeur d'un bus scolaire d'origine sénégalaise de prendre une cinquantaine d'enfants en otage à Crema (nord), où un carnage a été évité de justesse.

"C'est fou, c'est absurde, c'est inacceptable. Quelqu'un devra payer et cher pour ça", a déclaré jeudi à l'AFP Filippo Razzini, père d'une élève de l'école fréquentée par ces enfants, restés une heure sous la menace de leur chauffeur, qui a invoqué le sort des migrants africains morts en Méditerranée.

"Il voulait brûler 51 enfants", "D'ici personne ne descend": la presse italienne faisait ses gros titres jeudi de ce qui aurait pu être une tragédie, dans un contexte de tensions autour de l'immigration. Le thème est ultra-sensible dans ce pays qui a vu débarquer plus de 700.000 migrants sur ses côtes depuis 2013, même si nombre d'entre eux ont depuis quitté l'Italie.

Une question se pose pour nombre d'Italiens: comment est-il possible qu'un homme ayant eu des problèmes avec la justice, un retrait du permis pour conduite en état d'ébriété et une condamnation pour harcèlement sexuel sur mineure, soit autorisé à conduire un bus scolaire tous les jours?

Pour le Corriere della sera, la réponse est simple: lors de son embauche en 2004, il lui a été demandé un extrait de son casier judiciaire, vierge à l'époque, et depuis plus rien, ce qui est parfaitement légal.

Tout a commencé mercredi en fin de matinée quand Ousseynou Sy, 47 ans, ramasse comme prévu 51 passagers, élèves de 5ème et leurs trois accompagnateurs, dans un gymnase pour les reconduire à leur école, un trajet de moins de 3 km.

Il en fera finalement une trentaine, détournant son bus pour prendre la route de l'aéroport de Milan, menaçant les enfants de mort, dans un acte prémédité visant, selon le parquet de Milan, à venger les migrants morts en Méditerranée.

"Il a barricadé toutes les portes de sortie avec des chaînes. Il m'a montré un couteau et m'a dit d'attacher tous les enfants", a raconté jeudi aux journalistes la surveillante scolaire chargée d'accompagner les enfants, Tiziana Magarini, qui décrit un homme en proie à une grande agitation et tenant des propos pas toujours cohérents.

"Il parlait beaucoup de l'aéroport de Linate. Mais il ne disait pas ce qu'il voulait faire. Il disait 'je ne veux pas vous faire de mal' et puis il menaçait", a-t-elle expliqué.

Bloqué sur l'autoroute après l'intervention des carabiniers, alertés par des enfants, il est maîtrisé juste après avoir incendié son bus, mais les forces de l'ordre parviennent à faire sortir tous les enfants à temps.

Mme Magarini est la dernière à sortir, le bus déjà en flammes. "J'ai risqué la mort, à une seconde près", raconte-t-elle.

- Un homme "très seul" -

Ousseynou Sy est désormais inculpé pour "prise d'otages, massacre et incendie" avec la circonstance aggravante de "terrorisme" et les autorités de Rome étudient la possibilité de lui retirer la nationalité italienne, sur demande pressante du ministre de l'Intérieur Matteo Salvini, également patron de la Ligue (extrême droite).

Ousseynou Sy avait acquis la nationalité italienne en 2004 à la suite de son mariage avec une femme de cette région du nord de l'Italie avec laquelle il a eu deux fils, aujourd'hui adolescents, et dont il s'est séparé.

"Paolo? On l'appelait tous comme ça car son nom était trop compliqué. Je le voyais sortir tôt tous les matins, il conduisait un bus. Un homme tranquille mais très seul", raconte sa voisine, citée par La Stampa.

"La séparation est à l'origine de tous les problèmes d'Ousseynou", affirment ses collègues chauffeurs cités par le quotidien La Repubblica.

"Il était avec nous depuis 15 ans. Il avait commencé en s'occupant de la propreté puis avait été promu chauffeur", explique Luca Lanzanova, un responsable de la société pour laquelle il travaillait.

"Au cours de ces années, nous n'avons jamais noté des signes de déséquilibre (mental, ndlr) et nous n'avons jamais reçu aucune plainte le concernant", a ajouté M. Lanzanova.

Un autre responsable a assuré que Ousseynou Sy avait "subi les contrôles périodiques que font tous les chauffeurs": "rien n'est apparu".

L'homme avait vu cependant son permis de conduire suspendu en 2007 pour conduite en état d'ivresse mais il s'était bien gardé d'en parler à son employeur, explique la presse.

Il avait également été condamné à un an de prison avec sursis en 2018 pour "harcèlement sexuel" sur mineure.

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L'Italie, sous le choc, s'interroge après le détournement d'un bus scolaire

Le 21 octobre 2019 à09:29

Modifié le 21 octobre 2019 à 09:29

L'Italie, sous le choc, s'interrogeait jeudi sur les circonstances ayant permis au chauffeur d'un bus scolaire d'origine sénégalaise de prendre une cinquantaine d'enfants en otage à Crema (nord), où un carnage a été évité de justesse.

"C'est fou, c'est absurde, c'est inacceptable. Quelqu'un devra payer et cher pour ça", a déclaré jeudi à l'AFP Filippo Razzini, père d'une élève de l'école fréquentée par ces enfants, restés une heure sous la menace de leur chauffeur, qui a invoqué le sort des migrants africains morts en Méditerranée.

"Il voulait brûler 51 enfants", "D'ici personne ne descend": la presse italienne faisait ses gros titres jeudi de ce qui aurait pu être une tragédie, dans un contexte de tensions autour de l'immigration. Le thème est ultra-sensible dans ce pays qui a vu débarquer plus de 700.000 migrants sur ses côtes depuis 2013, même si nombre d'entre eux ont depuis quitté l'Italie.

Une question se pose pour nombre d'Italiens: comment est-il possible qu'un homme ayant eu des problèmes avec la justice, un retrait du permis pour conduite en état d'ébriété et une condamnation pour harcèlement sexuel sur mineure, soit autorisé à conduire un bus scolaire tous les jours?

Pour le Corriere della sera, la réponse est simple: lors de son embauche en 2004, il lui a été demandé un extrait de son casier judiciaire, vierge à l'époque, et depuis plus rien, ce qui est parfaitement légal.

Tout a commencé mercredi en fin de matinée quand Ousseynou Sy, 47 ans, ramasse comme prévu 51 passagers, élèves de 5ème et leurs trois accompagnateurs, dans un gymnase pour les reconduire à leur école, un trajet de moins de 3 km.

Il en fera finalement une trentaine, détournant son bus pour prendre la route de l'aéroport de Milan, menaçant les enfants de mort, dans un acte prémédité visant, selon le parquet de Milan, à venger les migrants morts en Méditerranée.

"Il a barricadé toutes les portes de sortie avec des chaînes. Il m'a montré un couteau et m'a dit d'attacher tous les enfants", a raconté jeudi aux journalistes la surveillante scolaire chargée d'accompagner les enfants, Tiziana Magarini, qui décrit un homme en proie à une grande agitation et tenant des propos pas toujours cohérents.

"Il parlait beaucoup de l'aéroport de Linate. Mais il ne disait pas ce qu'il voulait faire. Il disait 'je ne veux pas vous faire de mal' et puis il menaçait", a-t-elle expliqué.

Bloqué sur l'autoroute après l'intervention des carabiniers, alertés par des enfants, il est maîtrisé juste après avoir incendié son bus, mais les forces de l'ordre parviennent à faire sortir tous les enfants à temps.

Mme Magarini est la dernière à sortir, le bus déjà en flammes. "J'ai risqué la mort, à une seconde près", raconte-t-elle.

- Un homme "très seul" -

Ousseynou Sy est désormais inculpé pour "prise d'otages, massacre et incendie" avec la circonstance aggravante de "terrorisme" et les autorités de Rome étudient la possibilité de lui retirer la nationalité italienne, sur demande pressante du ministre de l'Intérieur Matteo Salvini, également patron de la Ligue (extrême droite).

Ousseynou Sy avait acquis la nationalité italienne en 2004 à la suite de son mariage avec une femme de cette région du nord de l'Italie avec laquelle il a eu deux fils, aujourd'hui adolescents, et dont il s'est séparé.

"Paolo? On l'appelait tous comme ça car son nom était trop compliqué. Je le voyais sortir tôt tous les matins, il conduisait un bus. Un homme tranquille mais très seul", raconte sa voisine, citée par La Stampa.

"La séparation est à l'origine de tous les problèmes d'Ousseynou", affirment ses collègues chauffeurs cités par le quotidien La Repubblica.

"Il était avec nous depuis 15 ans. Il avait commencé en s'occupant de la propreté puis avait été promu chauffeur", explique Luca Lanzanova, un responsable de la société pour laquelle il travaillait.

"Au cours de ces années, nous n'avons jamais noté des signes de déséquilibre (mental, ndlr) et nous n'avons jamais reçu aucune plainte le concernant", a ajouté M. Lanzanova.

Un autre responsable a assuré que Ousseynou Sy avait "subi les contrôles périodiques que font tous les chauffeurs": "rien n'est apparu".

L'homme avait vu cependant son permis de conduire suspendu en 2007 pour conduite en état d'ivresse mais il s'était bien gardé d'en parler à son employeur, explique la presse.

Il avait également été condamné à un an de prison avec sursis en 2018 pour "harcèlement sexuel" sur mineure.

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