Soudan: les manifestants sommés de lever les barrages, sommet africain mardi

(AFP)

Les nouveaux dirigeants militaires au Soudan ont sommé lundi les manifestants de démanteler les barrages devant le QG de l'armée dans la capitale Khartoum, les tensions s'amplifiant après la suspension des discussions entre les deux camps.

Craignant un dérapage, un sommet réunissant des dirigeants africains autour de l'Egyptien Abdel Fattah al-Sissi, président en exercice de l'Union africaine (UA), se tiendra mardi au Caire pour "discuter des moyens les plus appropriés pour (...) contribuer à la stabilité et la paix" au Soudan, selon la présidence égyptienne.

Après la destitution le 11 avril par l'armée du président Omar el-Béchir sous la pression de la rue, les chefs de la contestation populaire et le Conseil militaire de transition qui a pris les commandes, campent sur leurs positions. Les premiers veulent un transfert du pouvoir à une autorité civile et les seconds refusent de le faire jusqu'à présent.

Mobilisés à l'initiative des chefs de la contestation, les manifestants, rassemblés jour et nuit devant le QG de l'armée depuis le 6 avril, ont promis "d'intensifier le mouvement" pour obtenir le transfert du pouvoir.

Sur le lieu du sit-in, les Soudanais doivent passer par plusieurs points de contrôle pour accéder aux abords du QG militaire, avec une fouille corporelle et une vérification de sacs par d'autres manifestants, ont constaté les correspondants de l'AFP.

Dans un communiqué, le Conseil militaire de transition a réclamé la "réouverture immédiate des routes pour faciliter la circulation des trains et des autres moyens de transport".

La veille, son chef, le général Abdel Fattah al-Burhane, a "condamné le blocage de routes et la fouille de personnes sans en avoir l'autorité". "Cela ne peut plus continuer, la sécurité relève de la responsabilité de l'Etat".

- "Prolongement" -

Mais des manifestants sont demeurés insensibles à ces injonctions.

"Les check-points vont continuer de fonctionner comme avant", a déclaré à l'AFP Kawthar Hasaballah, une manifestante de 23 ans.

"Je suis pour la suspension des discussions. Je n'ai pas peur de la violence et je ne pense pas qu'ils (l'armée, ndlr) vont disperser violemment la manifestation", a confié Mounira Moustafa al-Badawi, une psychiatre participant au sit-in.

En fin de journée, les manifestants étaient moins nombreux que la veille au soir, mais d'autres contestataires sont attendus en soirée.

Les tensions se sont exacerbées après la suspension dimanche par les dirigeants de la contestation des discussions tenues ces derniers jours avec les militaires au pouvoir, faute de garanties suffisantes sur un transfert rapide du pouvoir.

Le général Burhane a affirmé le même jour à la télévision son "engagement à remettre le pouvoir au peuple", et promis que l'armée répondrait dans la semaine aux demandes des manifestants.

Mais ces déclarations ont été jugées trop vagues par les chefs de la contestation qui ont accusé le Conseil militaire d'être "le prolongement" du régime Béchir.

- "Face sombre" -

"Le Conseil militaire a montré sa face sombre", a déclaré une figure de la protestation, Wagdi Saleh. Selon lui, un responsable militaire a déclaré à une délégation du mouvement que ses revendications seraient examinées "parmi une centaine d'autres émanant d'autres partis politiques".

Le parti al-Oumma, première formation de l'opposition, a accusé "des membres du Conseil militaire" de vouloir "recycler le régime renversé", et appelé à confier le pouvoir à l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), qui regroupe les principales formations de la contestation.

L'ALC, qui avait prévu d'annoncer dimanche la formation d'une instance civile censée, a dit qu'elle le ferait "dans quelques jours".

Déclenché le 19 décembre pour protester contre la décision du gouvernement de tripler le prix du pain dans un pays à l'économie exsangue, le mouvement populaire au Soudan s'est rapidement transformé en contestation inédite contre M. Béchir, aujourd'hui déchu et emprisonné, et plus largement contre le système en place.

Arrivé au pouvoir par un coup d'Etat le 30 juin 1989, M. Béchir a dirigé d'une main de fer un pays miné par des rébellions dans plusieurs régions. La Cour pénale internationale (CPI) a lancé des mandats d'arrêt contre lui pour "crimes de guerre" et "génocide" dans la région du Darfour (ouest).

Selon l'agence officielle Suna, des assaillants ont "attaqué" dimanche les bureaux du Service national de renseignement et de sécurité (NISS) dans l'Etat du Darfour-Nord. Onze personnes, dont un policier, ont été blessées dans les heurts.

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Soudan: les manifestants sommés de lever les barrages, sommet africain mardi

Le 25 mai 2019 à01:02

Modifié le 25 mai 2019 à 01:02

Les nouveaux dirigeants militaires au Soudan ont sommé lundi les manifestants de démanteler les barrages devant le QG de l'armée dans la capitale Khartoum, les tensions s'amplifiant après la suspension des discussions entre les deux camps.

Craignant un dérapage, un sommet réunissant des dirigeants africains autour de l'Egyptien Abdel Fattah al-Sissi, président en exercice de l'Union africaine (UA), se tiendra mardi au Caire pour "discuter des moyens les plus appropriés pour (...) contribuer à la stabilité et la paix" au Soudan, selon la présidence égyptienne.

Après la destitution le 11 avril par l'armée du président Omar el-Béchir sous la pression de la rue, les chefs de la contestation populaire et le Conseil militaire de transition qui a pris les commandes, campent sur leurs positions. Les premiers veulent un transfert du pouvoir à une autorité civile et les seconds refusent de le faire jusqu'à présent.

Mobilisés à l'initiative des chefs de la contestation, les manifestants, rassemblés jour et nuit devant le QG de l'armée depuis le 6 avril, ont promis "d'intensifier le mouvement" pour obtenir le transfert du pouvoir.

Sur le lieu du sit-in, les Soudanais doivent passer par plusieurs points de contrôle pour accéder aux abords du QG militaire, avec une fouille corporelle et une vérification de sacs par d'autres manifestants, ont constaté les correspondants de l'AFP.

Dans un communiqué, le Conseil militaire de transition a réclamé la "réouverture immédiate des routes pour faciliter la circulation des trains et des autres moyens de transport".

La veille, son chef, le général Abdel Fattah al-Burhane, a "condamné le blocage de routes et la fouille de personnes sans en avoir l'autorité". "Cela ne peut plus continuer, la sécurité relève de la responsabilité de l'Etat".

- "Prolongement" -

Mais des manifestants sont demeurés insensibles à ces injonctions.

"Les check-points vont continuer de fonctionner comme avant", a déclaré à l'AFP Kawthar Hasaballah, une manifestante de 23 ans.

"Je suis pour la suspension des discussions. Je n'ai pas peur de la violence et je ne pense pas qu'ils (l'armée, ndlr) vont disperser violemment la manifestation", a confié Mounira Moustafa al-Badawi, une psychiatre participant au sit-in.

En fin de journée, les manifestants étaient moins nombreux que la veille au soir, mais d'autres contestataires sont attendus en soirée.

Les tensions se sont exacerbées après la suspension dimanche par les dirigeants de la contestation des discussions tenues ces derniers jours avec les militaires au pouvoir, faute de garanties suffisantes sur un transfert rapide du pouvoir.

Le général Burhane a affirmé le même jour à la télévision son "engagement à remettre le pouvoir au peuple", et promis que l'armée répondrait dans la semaine aux demandes des manifestants.

Mais ces déclarations ont été jugées trop vagues par les chefs de la contestation qui ont accusé le Conseil militaire d'être "le prolongement" du régime Béchir.

- "Face sombre" -

"Le Conseil militaire a montré sa face sombre", a déclaré une figure de la protestation, Wagdi Saleh. Selon lui, un responsable militaire a déclaré à une délégation du mouvement que ses revendications seraient examinées "parmi une centaine d'autres émanant d'autres partis politiques".

Le parti al-Oumma, première formation de l'opposition, a accusé "des membres du Conseil militaire" de vouloir "recycler le régime renversé", et appelé à confier le pouvoir à l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), qui regroupe les principales formations de la contestation.

L'ALC, qui avait prévu d'annoncer dimanche la formation d'une instance civile censée, a dit qu'elle le ferait "dans quelques jours".

Déclenché le 19 décembre pour protester contre la décision du gouvernement de tripler le prix du pain dans un pays à l'économie exsangue, le mouvement populaire au Soudan s'est rapidement transformé en contestation inédite contre M. Béchir, aujourd'hui déchu et emprisonné, et plus largement contre le système en place.

Arrivé au pouvoir par un coup d'Etat le 30 juin 1989, M. Béchir a dirigé d'une main de fer un pays miné par des rébellions dans plusieurs régions. La Cour pénale internationale (CPI) a lancé des mandats d'arrêt contre lui pour "crimes de guerre" et "génocide" dans la région du Darfour (ouest).

Selon l'agence officielle Suna, des assaillants ont "attaqué" dimanche les bureaux du Service national de renseignement et de sécurité (NISS) dans l'Etat du Darfour-Nord. Onze personnes, dont un policier, ont été blessées dans les heurts.

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