Brésil: une brève éclaircie au goût amer pour Lula

(AFP)

L'allègement surprise de la peine de prison de Lula n'est qu'une brève éclaircie pour l'ex-président brésilien incarcéré depuis plus d'un an pour corruption, car d'autres affaires pourraient l'amener à rester plus longtemps derrière les barreaux.

Après une série de revers judiciaires, Luiz Inacio Lula da Silva, accusé d'avoir reçu un appartement en bord de mer en guise de pot de vin, a vu le Tribunal supérieur de justice (STJ), réduire mardi sa peine de 12 ans et un mois de prison à huit ans et 10 mois.

Cela pourrait lui permettre de passer dès fin septembre ou début octobre au régime "semi-ouvert", qui autorise un condamné à sortir pendant la journée pour travailler, mais l'oblige à rentrer le soir dans sa cellule pour y dormir.

Cet espoir risque toutefois d'être réduit à néant si le tribunal d'appel TRF4 confirme auparavant une autre condamnation, à 12 ans et 11 mois, contre Lula pour avoir fait financer des travaux dans une autre propriété, en échange de son intercession dans l'attribution de contrats publics.

Lula, 73 ans, est par ailleurs mis en cause dans une demi-douzaine d'autres affaires qui sont autant d'épées de Damoclès. Une nouvelle condamnation en première instance pourrait tomber prochainement.

Dans l'une de ses affaires, il est accusé d'avoir accepté des dessous de table dans la négociation d'achat d'avions de chasse suédois.

- "Guerre judiciaire" -

Sur le fond, l'allègement de sa peine est une victoire au goût amer pour Lula, les juges du STJ n'ayant pas remis en cause la culpabilité de l'icône de la gauche, qui clame pourtant haut et fort son innocence.

Les principaux journaux brésiliens ne s'y trompaient pas mercredi, titrant sur le fait que "la condamnation a été maintenue".

"Lula a connu une victoire et une défaite hier, parce que sa condamnation a été maintenue et sa peine allégée, mais la guerre judiciaire continue", résumait Eliane Cantanhêde, éditorialiste du quotidien Estado de S. Paulo.

Lula lui-même a réagi de façon désabusée: "Je ne m'attendais à rien, parce que jusqu'à présent je n'ai pas eu droit à un procès équitable", a-t-il affirmé, selon un de ses avocats qui lui a rendu visite après le jugement dans sa prison de Curitiba (sud).

"Il n'a pas grand-chose à célébrer, c'est juste un allègement de peine. Pour les autres procès à venir, son image reste associée à celle d'une personne qui a commis un délit, une vision confirmée par une instance supérieure comme le STJ", explique Michael Mohallem, professeur de droit à la Fondation Getulio Vargas.

Les avocats de l'ex-président (2003-2010) ont déjà annoncé leur intention de faire appel, réaffirmant mardi soir que "l'acquittement est la seule issue possible, car l'ex-président Lula n'a commis aucun crime".

- Revers en série -

Pour Thomaz Favaro, du cabinet de consultants Control Risks, la décision du STJ et la perspective d'un aménagement de la peine pourrait tout de même permettre à Lula de "conduire à nouveau la destinée du Parti des Travailleurs (...), aucun nouveau leader crédible n'étant apparu" depuis son incarcération.

Mais le quotidien O Globo rappelle dans un éditorial que, même si "l'allègement de la peine est une bonne nouvelle pour Lula en tant qu'individu", la décision du STJ n'en est pas moins défavorable "pour l'homme politique, dont le casier reste entaché d'une condamnation, confirmée par une nouvelle instance".

Le STJ est la troisième instance de la justice brésilienne, juste en-dessous de la Cour suprême, dont on attend prochainement d'autres jugements qui pourraient changer la situation de Lula.

Depuis son incarcération, l'ex-président avait vu ses recours rejetés les uns après les autres, y compris par la Cour suprême.

Il s'est même vu refuser le droit de sortir de prison pour participer aux obsèques de son frère fin janvier.

Et quand il a pu faire ses adieux à son petit-fils mort brutalement d'une méningite, un mois plus tard, Lula était entouré d'une escorte policière armée jusqu'aux dents, comme s'il était une figure du grand banditisme.

Empêché par ses déboires judiciaires de concourir à la présidentielle, Lula a vu depuis sa cellule l'élection de Jair Bolsonaro, qui avait souhaité pendant la campagne le voir "pourrir en prison".

Le nouveau président d'extrême droite avait par la suite nommé ministre de la Justice l'ennemi intime de Lula, Sergio Moro, juge anticorruption qui l'avait condamné en première instance, en juillet 2017.

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Brésil: une brève éclaircie au goût amer pour Lula

Le 19 août 2019 à15:37

Modifié le 19 août 2019 à 15:37

L'allègement surprise de la peine de prison de Lula n'est qu'une brève éclaircie pour l'ex-président brésilien incarcéré depuis plus d'un an pour corruption, car d'autres affaires pourraient l'amener à rester plus longtemps derrière les barreaux.

Après une série de revers judiciaires, Luiz Inacio Lula da Silva, accusé d'avoir reçu un appartement en bord de mer en guise de pot de vin, a vu le Tribunal supérieur de justice (STJ), réduire mardi sa peine de 12 ans et un mois de prison à huit ans et 10 mois.

Cela pourrait lui permettre de passer dès fin septembre ou début octobre au régime "semi-ouvert", qui autorise un condamné à sortir pendant la journée pour travailler, mais l'oblige à rentrer le soir dans sa cellule pour y dormir.

Cet espoir risque toutefois d'être réduit à néant si le tribunal d'appel TRF4 confirme auparavant une autre condamnation, à 12 ans et 11 mois, contre Lula pour avoir fait financer des travaux dans une autre propriété, en échange de son intercession dans l'attribution de contrats publics.

Lula, 73 ans, est par ailleurs mis en cause dans une demi-douzaine d'autres affaires qui sont autant d'épées de Damoclès. Une nouvelle condamnation en première instance pourrait tomber prochainement.

Dans l'une de ses affaires, il est accusé d'avoir accepté des dessous de table dans la négociation d'achat d'avions de chasse suédois.

- "Guerre judiciaire" -

Sur le fond, l'allègement de sa peine est une victoire au goût amer pour Lula, les juges du STJ n'ayant pas remis en cause la culpabilité de l'icône de la gauche, qui clame pourtant haut et fort son innocence.

Les principaux journaux brésiliens ne s'y trompaient pas mercredi, titrant sur le fait que "la condamnation a été maintenue".

"Lula a connu une victoire et une défaite hier, parce que sa condamnation a été maintenue et sa peine allégée, mais la guerre judiciaire continue", résumait Eliane Cantanhêde, éditorialiste du quotidien Estado de S. Paulo.

Lula lui-même a réagi de façon désabusée: "Je ne m'attendais à rien, parce que jusqu'à présent je n'ai pas eu droit à un procès équitable", a-t-il affirmé, selon un de ses avocats qui lui a rendu visite après le jugement dans sa prison de Curitiba (sud).

"Il n'a pas grand-chose à célébrer, c'est juste un allègement de peine. Pour les autres procès à venir, son image reste associée à celle d'une personne qui a commis un délit, une vision confirmée par une instance supérieure comme le STJ", explique Michael Mohallem, professeur de droit à la Fondation Getulio Vargas.

Les avocats de l'ex-président (2003-2010) ont déjà annoncé leur intention de faire appel, réaffirmant mardi soir que "l'acquittement est la seule issue possible, car l'ex-président Lula n'a commis aucun crime".

- Revers en série -

Pour Thomaz Favaro, du cabinet de consultants Control Risks, la décision du STJ et la perspective d'un aménagement de la peine pourrait tout de même permettre à Lula de "conduire à nouveau la destinée du Parti des Travailleurs (...), aucun nouveau leader crédible n'étant apparu" depuis son incarcération.

Mais le quotidien O Globo rappelle dans un éditorial que, même si "l'allègement de la peine est une bonne nouvelle pour Lula en tant qu'individu", la décision du STJ n'en est pas moins défavorable "pour l'homme politique, dont le casier reste entaché d'une condamnation, confirmée par une nouvelle instance".

Le STJ est la troisième instance de la justice brésilienne, juste en-dessous de la Cour suprême, dont on attend prochainement d'autres jugements qui pourraient changer la situation de Lula.

Depuis son incarcération, l'ex-président avait vu ses recours rejetés les uns après les autres, y compris par la Cour suprême.

Il s'est même vu refuser le droit de sortir de prison pour participer aux obsèques de son frère fin janvier.

Et quand il a pu faire ses adieux à son petit-fils mort brutalement d'une méningite, un mois plus tard, Lula était entouré d'une escorte policière armée jusqu'aux dents, comme s'il était une figure du grand banditisme.

Empêché par ses déboires judiciaires de concourir à la présidentielle, Lula a vu depuis sa cellule l'élection de Jair Bolsonaro, qui avait souhaité pendant la campagne le voir "pourrir en prison".

Le nouveau président d'extrême droite avait par la suite nommé ministre de la Justice l'ennemi intime de Lula, Sergio Moro, juge anticorruption qui l'avait condamné en première instance, en juillet 2017.

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