La chasse à l'homme se poursuit dans un Sri Lanka sous tension

(AFP)

La chasse à l'homme se poursuivait jeudi dans un Sri Lanka sous tension, où les craintes de nouveaux attentats offraient un terreau fertile aux rumeurs, quatre jours après le bain de sang des attaques jihadistes de Pâques.

Signe de la fébrilité extrême qui règne dans l'île d'Asie du Sud, la capitale Colombo a connu une série de fausses alertes à la bombe, qui ont vu des employés barricadés dans leurs bureaux et des rues fermées pour des interventions de forces de sécurité.

Le Sri Lanka a lancé une gigantesque traque de suspects en lien avec les attaques qui ont fait 359 morts et autour de 500 blessés dimanche, revendiquées par l'organisation Etat islamique (EI). Des kamikazes ont frappé dimanche matin trois hôtels de luxe de Colombo et trois églises chrétiennes bondées en pleine messe de Pâques.

Seize nouvelles arrestations sont intervenues dans la nuit de mercredi à jeudi, portant le total des personnes interpellées à près de 75 depuis dimanche. En fin d'après-midi, la police a publié les photos et noms de trois jeunes hommes et trois jeunes femmes recherchés par les autorités.

La polémique gronde sur l'incapacité du Sri Lanka à empêcher ces attentats suicides en amont, alors qu'il disposait d'informations cruciales. Dans ce contexte, le plus haut responsable du ministère de la Défense a démissionné jeudi, disant "accepter la responsabilité" de cet échec, a rapporté à l'AFP une source ministérielle.

- Portes closes -

Les églises catholiques du Sri Lanka, particulièrement visées lors de ces attentats, garderont leurs portes closes jusqu'à l'amélioration de la situation sécuritaire. "Il n'y aura aucune messe publique jusqu'à nouvel ordre",a annoncé un responsable de l'Église locale. Les funérailles de victimes pourront se tenir lors de cérémonies à caractère privé.

Le gouvernement a appelé la minorité musulmane du pays à ne pas tenir ses prières du vendredi dans les mosquées en signe de solidarité. La police craint que les lieux de culte musulmans puissent être la cible de représailles.

Des centaines de réfugiés musulmans ahmadis, originaires du Pakistan, d'Afghanistan, du Yémen et d'Iran, se sont abrités dans des mosquées et un poste de police par crainte pour leur sécurité. Les propriétaires de certains d'entre eux les ont expulsés car ils redoutaient que leurs propriétés ne soient visées par des groupes cherchant à se venger.

Les autorités attribuent les attentats au groupe extrémiste local National Thowheeth Jama'ath (NTJ) et n'ont pas confirmé officiellement l'implication de l'EI. Les jihadistes de l'EI ont revendiqué le massacre en publiant une vidéo de huit hommes prêtant allégeance à leur "calife", Abou Bakr al-Baghdadi.

L'armée sri-lankaise a déployé des milliers de soldats supplémentaires pour épauler la police dans sa traque.

"Nous sommes armés du pouvoir de chercher, confisquer, arrêter et détenir grâce à la législation de l'état d'urgence", en place depuis lundi minuit, a affirmé un général de brigade.

De son côté, le président Maithripala Sirisena a annoncé qu'il allait remettre sur pied une structure militaire, qui existait au pic de la guerre civile entre séparatistes tamouls et la majorité cingalaise, pour coordonner les opérations sécuritaires.

- Rentrer chez soi -

Des rumeurs ont agité jeudi Colombo, le bouche-à-oreille et les réseaux sociaux affirmant que des véhicules chargés d'explosifs circulaient en ville. La police a inspecté plusieurs véhicules suspects mais les craintes ne se sont pas concrétisées.

Un commerçanta témoigné qu'il fermait boutique plus tôt pour permettre à ses employés paniqués de rentrer chez eux. Les autorités ont imposé des restrictions de circulation aux poids lourds dans la capitale.

À Batticaloa, ville de l'est du pays où un kamikaze s'est fait exploser dans une église évangélique, les forces de sécurité étaient omniprésentes. "Nous travaillons sans arrêt, 21 heures par jour", a confié un policier posté à un barrage.

Colombo a reconnu une "défaillance" de l'État en matière de sécurité, les autorités n'ayant pas su empêcher ce bain de sang alors qu'elles disposaient d'informations très précises.

Une alerte rédigée le 11 avril par le chef de la police, prévenant que le NTJ préparait des attentats, n'a pas été communiquée au Premier ministre et à des ministres de haut rang.

À plusieurs reprises ces derniers temps, l'Inde a averti le Sri Lanka du risque d'attentats suicides, a rapporté jeudi à l'AFP une source proche du dossier. New Delhi avait mis la main sur des contenus "menaçants", dont des vidéos, lors d'arrestations dans le sud du pays de personnes soupçonnées de liens avec l'EI.

"Les vidéos montraient un leader radical au Sri Lanka qui tenait des propos menaçants indiquant que des attaques suicides étaient possibles", a précisé la source, qui a requis l'anonymat. Selon la presse indienne, l'homme sur les images est Zahran Hashim, le chef du NTJ, dont le sort est inconnu à ce jour.

Le Sri Lanka a aussi suspendu un projet d'exemptions de visa touristique destiné à doper la fréquentation en basse saison. Les attentats pourraient dissuader de nombreux voyageurs de se rendre dans cette île prisée pour ses plages idylliques et sa nature verdoyante, qui avait connu une année record en 2018 avec 2,33 millions de touristes.

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La chasse à l'homme se poursuit dans un Sri Lanka sous tension

Le 25 mai 2019 à01:27

Modifié le 25 mai 2019 à 01:27

La chasse à l'homme se poursuivait jeudi dans un Sri Lanka sous tension, où les craintes de nouveaux attentats offraient un terreau fertile aux rumeurs, quatre jours après le bain de sang des attaques jihadistes de Pâques.

Signe de la fébrilité extrême qui règne dans l'île d'Asie du Sud, la capitale Colombo a connu une série de fausses alertes à la bombe, qui ont vu des employés barricadés dans leurs bureaux et des rues fermées pour des interventions de forces de sécurité.

Le Sri Lanka a lancé une gigantesque traque de suspects en lien avec les attaques qui ont fait 359 morts et autour de 500 blessés dimanche, revendiquées par l'organisation Etat islamique (EI). Des kamikazes ont frappé dimanche matin trois hôtels de luxe de Colombo et trois églises chrétiennes bondées en pleine messe de Pâques.

Seize nouvelles arrestations sont intervenues dans la nuit de mercredi à jeudi, portant le total des personnes interpellées à près de 75 depuis dimanche. En fin d'après-midi, la police a publié les photos et noms de trois jeunes hommes et trois jeunes femmes recherchés par les autorités.

La polémique gronde sur l'incapacité du Sri Lanka à empêcher ces attentats suicides en amont, alors qu'il disposait d'informations cruciales. Dans ce contexte, le plus haut responsable du ministère de la Défense a démissionné jeudi, disant "accepter la responsabilité" de cet échec, a rapporté à l'AFP une source ministérielle.

- Portes closes -

Les églises catholiques du Sri Lanka, particulièrement visées lors de ces attentats, garderont leurs portes closes jusqu'à l'amélioration de la situation sécuritaire. "Il n'y aura aucune messe publique jusqu'à nouvel ordre",a annoncé un responsable de l'Église locale. Les funérailles de victimes pourront se tenir lors de cérémonies à caractère privé.

Le gouvernement a appelé la minorité musulmane du pays à ne pas tenir ses prières du vendredi dans les mosquées en signe de solidarité. La police craint que les lieux de culte musulmans puissent être la cible de représailles.

Des centaines de réfugiés musulmans ahmadis, originaires du Pakistan, d'Afghanistan, du Yémen et d'Iran, se sont abrités dans des mosquées et un poste de police par crainte pour leur sécurité. Les propriétaires de certains d'entre eux les ont expulsés car ils redoutaient que leurs propriétés ne soient visées par des groupes cherchant à se venger.

Les autorités attribuent les attentats au groupe extrémiste local National Thowheeth Jama'ath (NTJ) et n'ont pas confirmé officiellement l'implication de l'EI. Les jihadistes de l'EI ont revendiqué le massacre en publiant une vidéo de huit hommes prêtant allégeance à leur "calife", Abou Bakr al-Baghdadi.

L'armée sri-lankaise a déployé des milliers de soldats supplémentaires pour épauler la police dans sa traque.

"Nous sommes armés du pouvoir de chercher, confisquer, arrêter et détenir grâce à la législation de l'état d'urgence", en place depuis lundi minuit, a affirmé un général de brigade.

De son côté, le président Maithripala Sirisena a annoncé qu'il allait remettre sur pied une structure militaire, qui existait au pic de la guerre civile entre séparatistes tamouls et la majorité cingalaise, pour coordonner les opérations sécuritaires.

- Rentrer chez soi -

Des rumeurs ont agité jeudi Colombo, le bouche-à-oreille et les réseaux sociaux affirmant que des véhicules chargés d'explosifs circulaient en ville. La police a inspecté plusieurs véhicules suspects mais les craintes ne se sont pas concrétisées.

Un commerçanta témoigné qu'il fermait boutique plus tôt pour permettre à ses employés paniqués de rentrer chez eux. Les autorités ont imposé des restrictions de circulation aux poids lourds dans la capitale.

À Batticaloa, ville de l'est du pays où un kamikaze s'est fait exploser dans une église évangélique, les forces de sécurité étaient omniprésentes. "Nous travaillons sans arrêt, 21 heures par jour", a confié un policier posté à un barrage.

Colombo a reconnu une "défaillance" de l'État en matière de sécurité, les autorités n'ayant pas su empêcher ce bain de sang alors qu'elles disposaient d'informations très précises.

Une alerte rédigée le 11 avril par le chef de la police, prévenant que le NTJ préparait des attentats, n'a pas été communiquée au Premier ministre et à des ministres de haut rang.

À plusieurs reprises ces derniers temps, l'Inde a averti le Sri Lanka du risque d'attentats suicides, a rapporté jeudi à l'AFP une source proche du dossier. New Delhi avait mis la main sur des contenus "menaçants", dont des vidéos, lors d'arrestations dans le sud du pays de personnes soupçonnées de liens avec l'EI.

"Les vidéos montraient un leader radical au Sri Lanka qui tenait des propos menaçants indiquant que des attaques suicides étaient possibles", a précisé la source, qui a requis l'anonymat. Selon la presse indienne, l'homme sur les images est Zahran Hashim, le chef du NTJ, dont le sort est inconnu à ce jour.

Le Sri Lanka a aussi suspendu un projet d'exemptions de visa touristique destiné à doper la fréquentation en basse saison. Les attentats pourraient dissuader de nombreux voyageurs de se rendre dans cette île prisée pour ses plages idylliques et sa nature verdoyante, qui avait connu une année record en 2018 avec 2,33 millions de touristes.

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