Jean-Bernard Lévy, le choix de la continuité à EDF

(AFP)

Le PDG d'EDF Jean-Bernard Lévy, dont un nouveau mandat vient d'être validé par les actionnaires, incarne le choix de la continuité pour l'exécutif: ce grand patron assume l'héritage nucléaire du groupe public tout en préparant sa mue.

PDG depuis novembre 2014 du géant de l'électricité aux 150.000 salariés dans le monde, il va rempiler après le feu vert sans surprise des actionnaires, au premier rang desquels l'Etat.

Cela fait de lui le premier patron d'EDF à effectuer plus d'un mandat depuis Marcel Boiteux (président en 1979-1987). Ce doublé est même inédit depuis la transformation de l'entreprise en société anonyme en 2005.

"Il a à la fois réussi à gérer les tempêtes qu'a pu affronter l'entreprise en toute sérénité et à ménager la relation avec son actionnaire principal (l'État). Tout cela concourt au fait que personne ne soit surpris qu'il soit reconduit", résumait Nicolas Goldberg, du cabinet Colombus Consulting, lorsque l'Elysée avait annoncé souhaiter sa reconduction en février.

Les dernières années ont en effet été marquées par de nombreux défis, de l'érosion des parts de marché d'EDF à la volonté affichée des gouvernements successifs de réduire la part du nucléaire dans la production d'électricité.

Le choix de maintenir Jean-Bernard Lévy intervient aussi à un moment crucial pour le groupe, alors que l'État a présenté sa programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) pour les dix prochaines années, une feuille de route qui prévoit notamment quatre à six fermetures de réacteurs nucléaires d'ici à 2028.

- La chèvre et le chou -

Dans le débat sur la place de l'atome en France, M. Lévy s'est fait ces dernières années le défenseur des 58 réacteurs d'EDF, au risque parfois d'agacer. "Si le patron d'EDF veut faire la loi à la place des députés, qu'il se présente aux élections législatives", pestait l'an dernier François de Rugy, alors président de l'Assemblée nationale.

"La production d'électricité nucléaire constitue l'un des rares avantages compétitifs de notre pays, au service des entreprises et du pouvoir d'achat, et c'est l'existence du parc nucléaire qui permet à notre pays d'émettre presque deux fois moins de dioxyde de carbone par habitant que nos voisins allemands", déclarait Jean-Bernard Lévy aux députés l'an dernier.

Ce gros travailleur quelque peu austère a aussi hérité des difficultés du chantier de l'EPR de Flamanville (Manche), marqué par d'important retards et surcoûts, au moment où l'État hésite encore à lancer la construction de nouveaux réacteurs. A l'étranger, il a donné son feu vert au projet de deux nouveaux réacteurs à Hinkley Point en Angleterre, malgré la démission du directeur financier d'EDF, qui jugeait alors le risque financier trop important.

Sous sa direction, EDF a aussi accentué le développement de son activité dans les renouvelables, même si c'est essentiellement à l'étranger. Sous la pression de l’État, Jean-Bernard Lévy a présenté ces dernières années des plans de développement ambitieux dans le solaire, le stockage d'électricité ou la mobilité électrique.

A la demande du gouvernement, il doit aussi plancher sur une possible évolution de la structure de l'entreprise, un dossier explosif suivi de près par les syndicats. "Quelqu'un qui connaît l'entreprise, qui a su ménager la chèvre et le chou... est le mieux placé pour ça", relève Nicolas Goldberg.

- Pacificateur -

D'autant que Jean-Bernard Lévy a plus d'une corde à son arc. Ce grand amateur de ski et de musique, en particulier d'opéra, bénéficie d'un triple profil d'ingénieur, d'homme de cabinet et de grand patron.

Né le 18 mars 1955 à Suresnes dans les Hauts-de-Seine, il est passé par la prestigieuse École polytechnique puis l'École nationale supérieure des télécommunications (ParisTech) avant d'entrer dans l'administration des télécommunications.

Il fait ensuite carrière entre le monde de l'entreprise et celui des cabinets ministériels dans des gouvernements de droite.

En 2002, il intègre Vivendi, en devenant le directeur général adjoint puis président du directoire en 2005. Il a contribué à rétablir le groupe, en pleine tourmente après le départ de Jean-Marie Messier.

Il est parachuté en décembre 2012 à la tête de Thales, un groupe de technologies pour l'aéronautique et la défense dans lequel l’État est actionnaire. Il y joue les pacificateurs, alors que son prédécesseur était très contesté en interne, et met l'accent sur l'international.

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Jean-Bernard Lévy, le choix de la continuité à EDF

Le 18 août 2019 à03:51

Modifié le 18 août 2019 à 03:51

Le PDG d'EDF Jean-Bernard Lévy, dont un nouveau mandat vient d'être validé par les actionnaires, incarne le choix de la continuité pour l'exécutif: ce grand patron assume l'héritage nucléaire du groupe public tout en préparant sa mue.

PDG depuis novembre 2014 du géant de l'électricité aux 150.000 salariés dans le monde, il va rempiler après le feu vert sans surprise des actionnaires, au premier rang desquels l'Etat.

Cela fait de lui le premier patron d'EDF à effectuer plus d'un mandat depuis Marcel Boiteux (président en 1979-1987). Ce doublé est même inédit depuis la transformation de l'entreprise en société anonyme en 2005.

"Il a à la fois réussi à gérer les tempêtes qu'a pu affronter l'entreprise en toute sérénité et à ménager la relation avec son actionnaire principal (l'État). Tout cela concourt au fait que personne ne soit surpris qu'il soit reconduit", résumait Nicolas Goldberg, du cabinet Colombus Consulting, lorsque l'Elysée avait annoncé souhaiter sa reconduction en février.

Les dernières années ont en effet été marquées par de nombreux défis, de l'érosion des parts de marché d'EDF à la volonté affichée des gouvernements successifs de réduire la part du nucléaire dans la production d'électricité.

Le choix de maintenir Jean-Bernard Lévy intervient aussi à un moment crucial pour le groupe, alors que l'État a présenté sa programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) pour les dix prochaines années, une feuille de route qui prévoit notamment quatre à six fermetures de réacteurs nucléaires d'ici à 2028.

- La chèvre et le chou -

Dans le débat sur la place de l'atome en France, M. Lévy s'est fait ces dernières années le défenseur des 58 réacteurs d'EDF, au risque parfois d'agacer. "Si le patron d'EDF veut faire la loi à la place des députés, qu'il se présente aux élections législatives", pestait l'an dernier François de Rugy, alors président de l'Assemblée nationale.

"La production d'électricité nucléaire constitue l'un des rares avantages compétitifs de notre pays, au service des entreprises et du pouvoir d'achat, et c'est l'existence du parc nucléaire qui permet à notre pays d'émettre presque deux fois moins de dioxyde de carbone par habitant que nos voisins allemands", déclarait Jean-Bernard Lévy aux députés l'an dernier.

Ce gros travailleur quelque peu austère a aussi hérité des difficultés du chantier de l'EPR de Flamanville (Manche), marqué par d'important retards et surcoûts, au moment où l'État hésite encore à lancer la construction de nouveaux réacteurs. A l'étranger, il a donné son feu vert au projet de deux nouveaux réacteurs à Hinkley Point en Angleterre, malgré la démission du directeur financier d'EDF, qui jugeait alors le risque financier trop important.

Sous sa direction, EDF a aussi accentué le développement de son activité dans les renouvelables, même si c'est essentiellement à l'étranger. Sous la pression de l’État, Jean-Bernard Lévy a présenté ces dernières années des plans de développement ambitieux dans le solaire, le stockage d'électricité ou la mobilité électrique.

A la demande du gouvernement, il doit aussi plancher sur une possible évolution de la structure de l'entreprise, un dossier explosif suivi de près par les syndicats. "Quelqu'un qui connaît l'entreprise, qui a su ménager la chèvre et le chou... est le mieux placé pour ça", relève Nicolas Goldberg.

- Pacificateur -

D'autant que Jean-Bernard Lévy a plus d'une corde à son arc. Ce grand amateur de ski et de musique, en particulier d'opéra, bénéficie d'un triple profil d'ingénieur, d'homme de cabinet et de grand patron.

Né le 18 mars 1955 à Suresnes dans les Hauts-de-Seine, il est passé par la prestigieuse École polytechnique puis l'École nationale supérieure des télécommunications (ParisTech) avant d'entrer dans l'administration des télécommunications.

Il fait ensuite carrière entre le monde de l'entreprise et celui des cabinets ministériels dans des gouvernements de droite.

En 2002, il intègre Vivendi, en devenant le directeur général adjoint puis président du directoire en 2005. Il a contribué à rétablir le groupe, en pleine tourmente après le départ de Jean-Marie Messier.

Il est parachuté en décembre 2012 à la tête de Thales, un groupe de technologies pour l'aéronautique et la défense dans lequel l’État est actionnaire. Il y joue les pacificateurs, alors que son prédécesseur était très contesté en interne, et met l'accent sur l'international.

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