Avec le référendum ADP, les oppositions tentent une première victoire dans le quinquennat

(AFP)

Les oppositions de gauche et de droite veulent faire de la bataille qu'ils lancent jeudi pour un référendum sur la privatisation d'ADP un "tournant du quinquennat" d'Emmanuel Macron, certains y voyant même un "terreau fertile" pour la présidentielle de 2022.

Dix pour cent du corps électoral soit 4,7 millions de signatures à récolter en neuf mois: le défi qui attend les groupes parlementaires de l'opposition pour obtenir l'organisation d'un référendum d'initiative partagée (RIP) est de taille, après la procédure lancée début avril par le vote de quelque 250 députés et sénateurs de LFI à LR - avec le soutien symbolique du RN.

Tout ou partie des oppositions est en train de se mettre en ordre de marche. Elles se retrouvent sur le terrain commun de la défense des infrastructures et de la souveraineté nationales. Mardi, des représentants des groupes LR, LFI, PCF, Libertés et territoires et PS des deux chambres se sont réunis pour préparer leur visite au ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, qui doit leur préciser les modalités jeudi.

La première réunion d'une longue série puisque y a été décidé la création d'une Coordination nationale du référendum, dont l'acronyme CNR, rappelant le Conseil national de la résistance est significatif d'une volonté d'union sacrée.

Dans une tribune au Monde le même jour, le député insoumis François Ruffin, le secrétaire national d'EELV David Cormand ou encore la cofondatrice de Place Publique Claire Nouvian ont appelé à l'union pour "produire une contagion de signatures".

Et mercredi 19 juin aura lieu une "soirée de lancement de la campagne de recueil des signatures", à l'initiative du député PCF Stéphane Peu, qui réunira à la Bourse du travail de Saint-Denis des parlementaires communistes, socialistes, insoumis ou encore Les Républicains.

Cette campagne "peut être un tournant dans le quinquennat", estime Stéphane Peu auprès de l'AFP. Une victoire empêcherait "une erreur irréparable" et incarnerait la "résistance du Parlement à une pratique plébiscitaire du pouvoir par Emmanuel Macron", pense de son côté le député PS Boris Vallaud.

- Inconnue à droite -

D'autres y voient aussi un moyen de préparer 2022. Alors que le président de la République s'est donné l'objectif d'éviter une réémergence de la gauche, la campagne peut être "un terreau fertilisant pour les discussions à gauche quand les appareils sont réduits aux acquêts", affirme Sergio Coronado, ancien d'EELV désormais à LFI.

François Ruffin, qui a fait imprimer 70.000 affiches en faveur du RIP, abonde: "Si on met les gens autour d'une table en disant +Etes-vous communistes, socialistes, populistes, de gauche, écologistes?+, on ne s'en sort pas. En revanche mener au coude-à-coude une telle campagne sur le terrain créé une solidarité, et si jamais on fait reculer le gouvernement , la victoire appelle la victoire".

Cependant "le périmètre +partidaire+ dans cette affaire est secondaire: il y a plein de gens qui trouvent scandaleux de brader le patrimoine commun", et "pas parce qu'ils se sentent de gauche", prévient David Cormand chez EELV.

C'est le "piège à éviter", remarque aussi Stéphane Peu: convoquer "20.000 raisons de signer" plutôt qu'une. Or selon lui, "le plus petit dénominateur commun est déjà énorme, la privatisation d'aéroports" dans la foulée de privatisations polémiques comme les autoroutes.

La plus forte inconnue est à droite. Le Rassemblement national de Marine Le Pen, qui bénéficie du statut de premier opposant à Emmanuel Macron, ne s'est pas associé à la procédure de RIP, tout en la soutenant, ce qui entretient le flou sur son attitude dans la campagne à venir.

Chez Les Républicains, composante essentielle de la procédure avec 76 signatures parlementaires, la crise aggrave les divisions existantes sur ADP. "Il est important de ne pas oublier l'ADN politique de la droite", notamment sur "les privatisations", a estimé le vice-président du parti Damien Abad sur Public Sénat mercredi.

"La privatisation d'ADP, comment voulez-vous être contre ? On a privatisé à tire-larigot!", s'est exclamé de son côté Jean-François Copé sur BFMTV. Valérie Pécresse en a même fait un argument pour justifier son départ de LR, regrettant que certains parlementaires de son ex-parti se soient associés à LFI "qui casse dans nos centre-villes".

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Avec le référendum ADP, les oppositions tentent une première victoire dans le quinquennat

Le 26 juin 2019 à10:57

Modifié le 26 juin 2019 à 10:57

Les oppositions de gauche et de droite veulent faire de la bataille qu'ils lancent jeudi pour un référendum sur la privatisation d'ADP un "tournant du quinquennat" d'Emmanuel Macron, certains y voyant même un "terreau fertile" pour la présidentielle de 2022.

Dix pour cent du corps électoral soit 4,7 millions de signatures à récolter en neuf mois: le défi qui attend les groupes parlementaires de l'opposition pour obtenir l'organisation d'un référendum d'initiative partagée (RIP) est de taille, après la procédure lancée début avril par le vote de quelque 250 députés et sénateurs de LFI à LR - avec le soutien symbolique du RN.

Tout ou partie des oppositions est en train de se mettre en ordre de marche. Elles se retrouvent sur le terrain commun de la défense des infrastructures et de la souveraineté nationales. Mardi, des représentants des groupes LR, LFI, PCF, Libertés et territoires et PS des deux chambres se sont réunis pour préparer leur visite au ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, qui doit leur préciser les modalités jeudi.

La première réunion d'une longue série puisque y a été décidé la création d'une Coordination nationale du référendum, dont l'acronyme CNR, rappelant le Conseil national de la résistance est significatif d'une volonté d'union sacrée.

Dans une tribune au Monde le même jour, le député insoumis François Ruffin, le secrétaire national d'EELV David Cormand ou encore la cofondatrice de Place Publique Claire Nouvian ont appelé à l'union pour "produire une contagion de signatures".

Et mercredi 19 juin aura lieu une "soirée de lancement de la campagne de recueil des signatures", à l'initiative du député PCF Stéphane Peu, qui réunira à la Bourse du travail de Saint-Denis des parlementaires communistes, socialistes, insoumis ou encore Les Républicains.

Cette campagne "peut être un tournant dans le quinquennat", estime Stéphane Peu auprès de l'AFP. Une victoire empêcherait "une erreur irréparable" et incarnerait la "résistance du Parlement à une pratique plébiscitaire du pouvoir par Emmanuel Macron", pense de son côté le député PS Boris Vallaud.

- Inconnue à droite -

D'autres y voient aussi un moyen de préparer 2022. Alors que le président de la République s'est donné l'objectif d'éviter une réémergence de la gauche, la campagne peut être "un terreau fertilisant pour les discussions à gauche quand les appareils sont réduits aux acquêts", affirme Sergio Coronado, ancien d'EELV désormais à LFI.

François Ruffin, qui a fait imprimer 70.000 affiches en faveur du RIP, abonde: "Si on met les gens autour d'une table en disant +Etes-vous communistes, socialistes, populistes, de gauche, écologistes?+, on ne s'en sort pas. En revanche mener au coude-à-coude une telle campagne sur le terrain créé une solidarité, et si jamais on fait reculer le gouvernement , la victoire appelle la victoire".

Cependant "le périmètre +partidaire+ dans cette affaire est secondaire: il y a plein de gens qui trouvent scandaleux de brader le patrimoine commun", et "pas parce qu'ils se sentent de gauche", prévient David Cormand chez EELV.

C'est le "piège à éviter", remarque aussi Stéphane Peu: convoquer "20.000 raisons de signer" plutôt qu'une. Or selon lui, "le plus petit dénominateur commun est déjà énorme, la privatisation d'aéroports" dans la foulée de privatisations polémiques comme les autoroutes.

La plus forte inconnue est à droite. Le Rassemblement national de Marine Le Pen, qui bénéficie du statut de premier opposant à Emmanuel Macron, ne s'est pas associé à la procédure de RIP, tout en la soutenant, ce qui entretient le flou sur son attitude dans la campagne à venir.

Chez Les Républicains, composante essentielle de la procédure avec 76 signatures parlementaires, la crise aggrave les divisions existantes sur ADP. "Il est important de ne pas oublier l'ADN politique de la droite", notamment sur "les privatisations", a estimé le vice-président du parti Damien Abad sur Public Sénat mercredi.

"La privatisation d'ADP, comment voulez-vous être contre ? On a privatisé à tire-larigot!", s'est exclamé de son côté Jean-François Copé sur BFMTV. Valérie Pécresse en a même fait un argument pour justifier son départ de LR, regrettant que certains parlementaires de son ex-parti se soient associés à LFI "qui casse dans nos centre-villes".

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