Erdogan se félicite de l'achat des missiles russes en commémorant le putsch manqué

(AFP)

Le président Recep Tayyip Erdogan s'est félicité lundi de l'acquisition par la Turquie de missiles russes malgré les mises en garde américaines, en commémorant l'échec d'une tentative de putsch en 2016 qui a creusé un fossé entre Ankara et l'Occident.

"Nous avons commencé à recevoir nos (missiles russes) S-400. +Ils ne pourront pas les acheter+, entendait-on. (...) Si Dieu le veut, nous mettrons un point final (à la livraison) en avril 2020", a déclaré M. Erdogan.

Le président turc s'exprimait lors d'une cérémonie marquant le troisième anniversaire de la mise en échec d'une sanglante tentative de coup d'Etat qui a fait près de 250 morts, hors putschistes.

Cette année, les commémorations interviennent dans un contexte délicat pour M. Erdogan : Washington menace d'imposer des sanctions pour l'achat des S-400, l'économie est chancelante et une spectaculaire défaite électorale à Istanbul a fragilisé le camp du président.

Après avoir pris part à plusieurs cérémonies à Ankara, dont l'inauguration d'un nouveau siège de la police, M. Erdogan devait se rendre à Istanbul dans la soirée pour y prononcer un discours et inaugurer, à 19H00 GMT, un musée consacré au putsch avorté.

Il y a trois ans, dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016, des éléments factieux de l'armée avaient tenté de s'emparer du pouvoir en bombardant des sites stratégiques à Ankara et en déployant des chars dans les rues de la capitale et d'Istanbul.

L'intervention d'éléments loyalistes au sein des forces de sécurité et de milliers de partisans de M. Erdogan descendus dans la rue à l'appel du président avait permis de mettre le putsch en échec. Près de 250 personnes, hors putschistes, avaient été tuées.

Ankara impute la tentative de putsch au prédicateur Fethullah Gülen, un ancien allié de M. Erdogan devenu son pire ennemi. M. Gülen, qui réside depuis une vingtaine d'années aux Etats-Unis, nie toute implication.

- "Trancher les bras" -

Depuis le putsch avorté, le 15 juillet, un jour férié en Turquie, donne lieu à des rassemblements à travers le pays. Ils étaient ainsi plusieurs milliers à assister à l'inauguration du siège de la police à Ankara, brandissant des drapeaux.

"Nous avons contrecarré les plans de ceux qui voulaient faire un coup d'Etat, et nous recommencerons s'il le faut", lance une septuagénaire venue écouter M. Erdogan.

"Ils nous ont rasé la barbe, mais elle a repoussé encore plus dru. Quant à nous, nous leur avons tranché les bras", a déclaré le président turc, en référence aux purges lancées contre les partisans présumés de M. Gülen.

Les procédures judiciaires lancées après ce coup de force avorté sont d'une ampleur sans précédent en Turquie. Plus de 55.000 personnes ont été arrêtées et plus de 150.000 limogées de la fonction publique.

Trois ans après, les arrestations se poursuivent à un rythme soutenu, avec de nouveaux coups de filet chaque semaine.

Ces purges, qui ont aussi touché des opposants prokurdes, des médias et les milieux universitaires, ont suscité l'inquiétude des pays européens qui ont multiplié les critiques.

Accusant l'Occident de "manquer d'empathie", la Turquie a pris ses distances après le putsch manqué pour se rapprocher de la Russie.

La commémoration du putsch manqué coïncide avec un regain de tension entre la Turquie et ses partenaires occidentaux lié à l'achat par Ankara des S-400, mais aussi aux forages gaziers turcs au large de Chypre, menés en dépit des pressions européennes.

La livraison des batteries antiaériennes russes a débuté en fin de semaine dernière et se poursuivait lundi avec l'arrivée de deux nouveaux avions transportant des éléments du système de défense.

Dans son allocution à Ankara, M. Erdogan a déclaré que l'objectif était désormais de "produire conjointement" des S-400 avec Moscou.

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Erdogan se félicite de l'achat des missiles russes en commémorant le putsch manqué

Le 18 août 2019 à22:41

Modifié le 18 août 2019 à 22:41

Le président Recep Tayyip Erdogan s'est félicité lundi de l'acquisition par la Turquie de missiles russes malgré les mises en garde américaines, en commémorant l'échec d'une tentative de putsch en 2016 qui a creusé un fossé entre Ankara et l'Occident.

"Nous avons commencé à recevoir nos (missiles russes) S-400. +Ils ne pourront pas les acheter+, entendait-on. (...) Si Dieu le veut, nous mettrons un point final (à la livraison) en avril 2020", a déclaré M. Erdogan.

Le président turc s'exprimait lors d'une cérémonie marquant le troisième anniversaire de la mise en échec d'une sanglante tentative de coup d'Etat qui a fait près de 250 morts, hors putschistes.

Cette année, les commémorations interviennent dans un contexte délicat pour M. Erdogan : Washington menace d'imposer des sanctions pour l'achat des S-400, l'économie est chancelante et une spectaculaire défaite électorale à Istanbul a fragilisé le camp du président.

Après avoir pris part à plusieurs cérémonies à Ankara, dont l'inauguration d'un nouveau siège de la police, M. Erdogan devait se rendre à Istanbul dans la soirée pour y prononcer un discours et inaugurer, à 19H00 GMT, un musée consacré au putsch avorté.

Il y a trois ans, dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016, des éléments factieux de l'armée avaient tenté de s'emparer du pouvoir en bombardant des sites stratégiques à Ankara et en déployant des chars dans les rues de la capitale et d'Istanbul.

L'intervention d'éléments loyalistes au sein des forces de sécurité et de milliers de partisans de M. Erdogan descendus dans la rue à l'appel du président avait permis de mettre le putsch en échec. Près de 250 personnes, hors putschistes, avaient été tuées.

Ankara impute la tentative de putsch au prédicateur Fethullah Gülen, un ancien allié de M. Erdogan devenu son pire ennemi. M. Gülen, qui réside depuis une vingtaine d'années aux Etats-Unis, nie toute implication.

- "Trancher les bras" -

Depuis le putsch avorté, le 15 juillet, un jour férié en Turquie, donne lieu à des rassemblements à travers le pays. Ils étaient ainsi plusieurs milliers à assister à l'inauguration du siège de la police à Ankara, brandissant des drapeaux.

"Nous avons contrecarré les plans de ceux qui voulaient faire un coup d'Etat, et nous recommencerons s'il le faut", lance une septuagénaire venue écouter M. Erdogan.

"Ils nous ont rasé la barbe, mais elle a repoussé encore plus dru. Quant à nous, nous leur avons tranché les bras", a déclaré le président turc, en référence aux purges lancées contre les partisans présumés de M. Gülen.

Les procédures judiciaires lancées après ce coup de force avorté sont d'une ampleur sans précédent en Turquie. Plus de 55.000 personnes ont été arrêtées et plus de 150.000 limogées de la fonction publique.

Trois ans après, les arrestations se poursuivent à un rythme soutenu, avec de nouveaux coups de filet chaque semaine.

Ces purges, qui ont aussi touché des opposants prokurdes, des médias et les milieux universitaires, ont suscité l'inquiétude des pays européens qui ont multiplié les critiques.

Accusant l'Occident de "manquer d'empathie", la Turquie a pris ses distances après le putsch manqué pour se rapprocher de la Russie.

La commémoration du putsch manqué coïncide avec un regain de tension entre la Turquie et ses partenaires occidentaux lié à l'achat par Ankara des S-400, mais aussi aux forages gaziers turcs au large de Chypre, menés en dépit des pressions européennes.

La livraison des batteries antiaériennes russes a débuté en fin de semaine dernière et se poursuivait lundi avec l'arrivée de deux nouveaux avions transportant des éléments du système de défense.

Dans son allocution à Ankara, M. Erdogan a déclaré que l'objectif était désormais de "produire conjointement" des S-400 avec Moscou.

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