Canada: Trudeau accusé de conflits d'intérêt à deux mois des élections

(AFP)

Justin Trudeau a violé la loi sur les conflits d'intérêt en faisant pression sur sa ministre de la Justice dans une procédure judiciaire, a conclu mercredi un rapport du Commissaire à l'éthique: un coup dur pour le Premier ministre canadien à deux mois d'élections législatives indécises.

Ce rapport, rédigé par un haut-fonctionnaire indépendant relevant du Parlement, risque de relancer la polémique sur ce scandale qui a secoué le gouvernement libéral de Justin Trudeau en début d'année. M. Trudeau encourt une simple amende pouvant aller jusqu'à 500 dollars canadiens, mais les conséquences politiques risquent d'être plus lourdes.

Dans l'espoir d'éteindre rapidement l'incendie, M. Trudeau a immédiatement "assumé la responsabilité" de ses "erreurs", tout en réaffirmant qu'il avait agi pour tenter de sauver des emplois au sein d'une entreprise québécoise menacée d'un procès.

"Même si je suis en désaccord avec certaines de ses conclusions, j'accepte pleinement ce rapport et assume la responsabilité de ce qui s'est passé", a-t-il déclaré lors d'un point-presse. "Nous ferons en sorte que cela ne se reproduise plus jamais sous aucun gouvernement au Canada".

Le Premier ministre et son entourage avaient été plongés en février dans la pire crise politique de son mandat après avoir été accusés par l'ex-ministre de la Justice et procureure générale Jody Wilson-Raybould d'avoir exercé sur elle des pressions "inappropriées" pour éviter un procès au géant de l'ingénierie SNC-Lavalin, ce qu'elle a refusé de faire.

"La position d'autorité dont bénéficient le premier ministre et son Cabinet ont servi à contourner, à miner et finalement à tenter de discréditer la décision de la directrice des poursuites pénales ainsi que l'autorité de Mme Wilson-Raybould", a estimé dans un communiqué Mario Dion, Commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique.

L'entourage de M. Trudeau a ainsi "demandé de façon irrégulière à la procureure générale de tenir compte d'intérêts politiques partisans dans cette affaire, ce qui va à l'encontre des principes constitutionnels", précise le communiqué.

Suite à cette affaire, le Premier ministre avait demandé à un groupe d'experts un rapport sur la nécessité de changer le système actuel, qui veut que le ministre de la Justice occupe également les fonctions de procureur général, censé être indépendant.

M. Trudeau a publié ce rapport peu après la publication de celui du Commissaire à l'éthique: il conclut que cette "double casquette" peut être maintenue.

- Scandale SNC-Lavalin -

SNC-Lavalin a tenté d'obtenir du gouvernement un règlement à l'amiable des accusations de fraude et de corruption liées à ses activités en Libye, ce qui lui aurait permis de payer une amende et d'éviter des sanctions plus sévères en cas de procès.

M. Trudeau a toujours nié avoir agi de manière inappropriée, mettant en avant les nombreuses pertes d'emplois liées à une éventuelle condamnation, qui aurait privé l'entreprise de juteux contrats publics pendant 10 ans.

Mais son étoile avait pâli suite à ce scandale: en tête des sondages depuis son élection en 2015 face aux conservateurs, Justin Trudeau avait vu son taux d'approbation chuter. Libéraux et Conservateurs sont actuellement au coude-à-coude dans les intentions de vote.

Fin 2017, le Premier ministre avait déjà été reconnu coupable d'avoir enfreint la loi sur les conflits d'intérêt pour être allé à deux reprises aux frais de son hôte sur l'île privée aux Bahamas de l'Aga Khan, chef spirituel des ismaéliens nizârites, un mouvement musulman.

Le chef des conservateurs, Andrew Scheer, a jugé que le chef du gouvernement était "totalement impardonnable".

"Les Canadiens comprennent que nous devons être vigilants à l'égard de ceux qui veulent abuser du pouvoir de leur poste et se livrer à ce genre de comportement corrompu, et je crois que ce sera une priorité lors de cette élection", a-t-il ajouté.

La tempête politique déclenchée par le scandale SNC-Lavalin avait entraîné la démission de deux hauts responsables proches du Premier ministre et la démission de deux ministres, dont Mme Wilson-Raybould, qui ont ensuite été expulsées du Parti libéral.

SNC-Lavalin, dont le siège social se situe à Montréal et qui emploie quelque 9.000 salariés au Canada, a été accusé en 2015 par la police canadienne d'avoir payé 47 millions de dollars canadiens (31 millions d'euros) en pots-de-vin entre 2001 et 2011 pour obtenir des contrats en Libye pendant le régime de Mouammar Kadhafi.

Fin mai, un juge canadien avait statué qu'il existait suffisamment d'éléments à charge pour citer l'entreprise à comparaître.

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Canada: Trudeau accusé de conflits d'intérêt à deux mois des élections

Le 25 août 2019 à11:59

Modifié le 25 août 2019 à 11:59

Justin Trudeau a violé la loi sur les conflits d'intérêt en faisant pression sur sa ministre de la Justice dans une procédure judiciaire, a conclu mercredi un rapport du Commissaire à l'éthique: un coup dur pour le Premier ministre canadien à deux mois d'élections législatives indécises.

Ce rapport, rédigé par un haut-fonctionnaire indépendant relevant du Parlement, risque de relancer la polémique sur ce scandale qui a secoué le gouvernement libéral de Justin Trudeau en début d'année. M. Trudeau encourt une simple amende pouvant aller jusqu'à 500 dollars canadiens, mais les conséquences politiques risquent d'être plus lourdes.

Dans l'espoir d'éteindre rapidement l'incendie, M. Trudeau a immédiatement "assumé la responsabilité" de ses "erreurs", tout en réaffirmant qu'il avait agi pour tenter de sauver des emplois au sein d'une entreprise québécoise menacée d'un procès.

"Même si je suis en désaccord avec certaines de ses conclusions, j'accepte pleinement ce rapport et assume la responsabilité de ce qui s'est passé", a-t-il déclaré lors d'un point-presse. "Nous ferons en sorte que cela ne se reproduise plus jamais sous aucun gouvernement au Canada".

Le Premier ministre et son entourage avaient été plongés en février dans la pire crise politique de son mandat après avoir été accusés par l'ex-ministre de la Justice et procureure générale Jody Wilson-Raybould d'avoir exercé sur elle des pressions "inappropriées" pour éviter un procès au géant de l'ingénierie SNC-Lavalin, ce qu'elle a refusé de faire.

"La position d'autorité dont bénéficient le premier ministre et son Cabinet ont servi à contourner, à miner et finalement à tenter de discréditer la décision de la directrice des poursuites pénales ainsi que l'autorité de Mme Wilson-Raybould", a estimé dans un communiqué Mario Dion, Commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique.

L'entourage de M. Trudeau a ainsi "demandé de façon irrégulière à la procureure générale de tenir compte d'intérêts politiques partisans dans cette affaire, ce qui va à l'encontre des principes constitutionnels", précise le communiqué.

Suite à cette affaire, le Premier ministre avait demandé à un groupe d'experts un rapport sur la nécessité de changer le système actuel, qui veut que le ministre de la Justice occupe également les fonctions de procureur général, censé être indépendant.

M. Trudeau a publié ce rapport peu après la publication de celui du Commissaire à l'éthique: il conclut que cette "double casquette" peut être maintenue.

- Scandale SNC-Lavalin -

SNC-Lavalin a tenté d'obtenir du gouvernement un règlement à l'amiable des accusations de fraude et de corruption liées à ses activités en Libye, ce qui lui aurait permis de payer une amende et d'éviter des sanctions plus sévères en cas de procès.

M. Trudeau a toujours nié avoir agi de manière inappropriée, mettant en avant les nombreuses pertes d'emplois liées à une éventuelle condamnation, qui aurait privé l'entreprise de juteux contrats publics pendant 10 ans.

Mais son étoile avait pâli suite à ce scandale: en tête des sondages depuis son élection en 2015 face aux conservateurs, Justin Trudeau avait vu son taux d'approbation chuter. Libéraux et Conservateurs sont actuellement au coude-à-coude dans les intentions de vote.

Fin 2017, le Premier ministre avait déjà été reconnu coupable d'avoir enfreint la loi sur les conflits d'intérêt pour être allé à deux reprises aux frais de son hôte sur l'île privée aux Bahamas de l'Aga Khan, chef spirituel des ismaéliens nizârites, un mouvement musulman.

Le chef des conservateurs, Andrew Scheer, a jugé que le chef du gouvernement était "totalement impardonnable".

"Les Canadiens comprennent que nous devons être vigilants à l'égard de ceux qui veulent abuser du pouvoir de leur poste et se livrer à ce genre de comportement corrompu, et je crois que ce sera une priorité lors de cette élection", a-t-il ajouté.

La tempête politique déclenchée par le scandale SNC-Lavalin avait entraîné la démission de deux hauts responsables proches du Premier ministre et la démission de deux ministres, dont Mme Wilson-Raybould, qui ont ensuite été expulsées du Parti libéral.

SNC-Lavalin, dont le siège social se situe à Montréal et qui emploie quelque 9.000 salariés au Canada, a été accusé en 2015 par la police canadienne d'avoir payé 47 millions de dollars canadiens (31 millions d'euros) en pots-de-vin entre 2001 et 2011 pour obtenir des contrats en Libye pendant le régime de Mouammar Kadhafi.

Fin mai, un juge canadien avait statué qu'il existait suffisamment d'éléments à charge pour citer l'entreprise à comparaître.

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