Uber et Lyft bientôt contraints de requalifier leurs chauffeurs en salariés en Californie

(AFP)

Le parlement de Californie a porté un coup dur aux porte-drapeaux de la "gig economy", l'économie des employés indépendants, comme Uber ou Lyft, dont les chauffeurs aujourd'hui sans protection ni garanties devraient bientôt bénéficier du statut d'employé. Un exemple qui pourrait avoir un effet boule de neige.

Le Sénat californien a adopté mardi soir, à 29 voix pour et 11 contre, un projet de loi contraignant les géants de la réservation de voitures à requalifier les chauffeurs de VTC en employés, alors qu'ils sont pour l'heure considérés comme des travailleurs indépendants.

Le texte doit désormais être approuvé par le gouverneur de l'Etat Gavin Newsom, qui s'y est déjà déclaré favorable.

Selon le Wall Street Journal, M. Newsom a toutefois affirmé avoir l'intention de "rester à la table des négociations et de continuer à négocier" même s'il ne parvenait pas à trouver un accord avec Uber et Lyft avant la fin de la session parlementaire.

A la Bourse new-yorkaise, l'action de Lyft grimpait de 4% et celle de Uber montait de 1,8% vers 18H15 GMT. Ces deux titres en ont bien besoin ayant affiché des performances médiocres depuis leur entrée en bourse et continuant à enregistrer de lourdes pertes trimestre après trimestre.

- Protéger les chauffeurs -

Après le vote au Sénat de mardi, Adrian Durbin, un porte-parole de Lyft a dit regretter que la Chambre ait "raté une occasion importante de soutenir l'écrasante majorité des conducteurs favorables à une solution réfléchie conciliant la flexibilité et des rémunérations et avantages encadrés par le droit du travail."

"Nous sommes absolument prêts à présenter cette question aux électeurs californiens afin de sauvegarder la liberté et l'accès dont les chauffeurs et les passagers ont besoin", a ajouté M. Durbin.

Mais pour Lorena Gonzalez, membre démocrate du Sénat de Californie à l'origine du texte, le projet vise à protéger les conducteurs et à forcer les entreprises à payer leurs charges sociales.

"On ne peut pas rester sans rien faire alors que ces entreprises font payer aux contribuables californiens et aux entreprises responsables leurs charges et privent des millions de travailleurs des protections du droit du travail auxquelles ils ont droit", a indiqué Mme Gonzalez dans un communiqué.

Le syndicat California Labor Federation s'est lui réjoui du résultat, le qualifiant d'"immense victoire pour les travailleurs à travers le pays !"

"Il est temps de remettre sur pied la classe moyenne et de s'assurer que TOUS les travailleurs aient les protections de base qu'ils méritent", a tweeté le syndicat.

En cas d'adoption, cette loi, qui entrerait en vigueur le 1er janvier 2020, pourrait remodeler en profondeur l'économie du partage et valoir d'exemple aux Etats-Unis et dans le monde entier.

- Filet de sécurité -

Lyft et Uber défendent l'idée selon laquelle un grand nombre de leurs conducteurs souhaitent travailler aux horaires de leur choix sans les contraintes d'un emploi à plein temps.

Pour Arun Sundararajan, professeur à la New York University et auteur de l'ouvrage "The Sharing Economy" (l'économie du partage) les législateurs californiens n'ont pas réussi à proposer des avantages sociaux aux conducteurs tout en préservant la flexibilité de l'emploi propre à la "gig economy".

Ce texte "affectera toutes les plateformes via une hausse des coûts structurels", a indiqué M. Sundararajan à l'AFP.

"Mais il affectera particulièrement les plus petites plateformes qui auront moins la possibilité de répartir la demande au sein de leurs effectifs", a ajouté l'universitaire.

En plus d'une hausse des prix, M. Sundararajan estime que la nouvelle loi "rendrait virtuellement impossible" l'émergence d'un nouveau concurrent dans le secteur des réservations de voiture en ligne.

Mais pour l'expert, cette industrie devrait continuer sa croissance en dépit des restrictions législatives.

"Je ne dirais pas qu'il s'agit d'un tournant", a-t-il souligné. Cela veut simplement dire qu'il y a encore beaucoup de travail pour façonner un filet de sécurité sociale", a-t-il souligné.

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Uber et Lyft bientôt contraints de requalifier leurs chauffeurs en salariés en Californie

Le 21 septembre 2019 à11:49

Modifié le 21 septembre 2019 à 11:49

Le parlement de Californie a porté un coup dur aux porte-drapeaux de la "gig economy", l'économie des employés indépendants, comme Uber ou Lyft, dont les chauffeurs aujourd'hui sans protection ni garanties devraient bientôt bénéficier du statut d'employé. Un exemple qui pourrait avoir un effet boule de neige.

Le Sénat californien a adopté mardi soir, à 29 voix pour et 11 contre, un projet de loi contraignant les géants de la réservation de voitures à requalifier les chauffeurs de VTC en employés, alors qu'ils sont pour l'heure considérés comme des travailleurs indépendants.

Le texte doit désormais être approuvé par le gouverneur de l'Etat Gavin Newsom, qui s'y est déjà déclaré favorable.

Selon le Wall Street Journal, M. Newsom a toutefois affirmé avoir l'intention de "rester à la table des négociations et de continuer à négocier" même s'il ne parvenait pas à trouver un accord avec Uber et Lyft avant la fin de la session parlementaire.

A la Bourse new-yorkaise, l'action de Lyft grimpait de 4% et celle de Uber montait de 1,8% vers 18H15 GMT. Ces deux titres en ont bien besoin ayant affiché des performances médiocres depuis leur entrée en bourse et continuant à enregistrer de lourdes pertes trimestre après trimestre.

- Protéger les chauffeurs -

Après le vote au Sénat de mardi, Adrian Durbin, un porte-parole de Lyft a dit regretter que la Chambre ait "raté une occasion importante de soutenir l'écrasante majorité des conducteurs favorables à une solution réfléchie conciliant la flexibilité et des rémunérations et avantages encadrés par le droit du travail."

"Nous sommes absolument prêts à présenter cette question aux électeurs californiens afin de sauvegarder la liberté et l'accès dont les chauffeurs et les passagers ont besoin", a ajouté M. Durbin.

Mais pour Lorena Gonzalez, membre démocrate du Sénat de Californie à l'origine du texte, le projet vise à protéger les conducteurs et à forcer les entreprises à payer leurs charges sociales.

"On ne peut pas rester sans rien faire alors que ces entreprises font payer aux contribuables californiens et aux entreprises responsables leurs charges et privent des millions de travailleurs des protections du droit du travail auxquelles ils ont droit", a indiqué Mme Gonzalez dans un communiqué.

Le syndicat California Labor Federation s'est lui réjoui du résultat, le qualifiant d'"immense victoire pour les travailleurs à travers le pays !"

"Il est temps de remettre sur pied la classe moyenne et de s'assurer que TOUS les travailleurs aient les protections de base qu'ils méritent", a tweeté le syndicat.

En cas d'adoption, cette loi, qui entrerait en vigueur le 1er janvier 2020, pourrait remodeler en profondeur l'économie du partage et valoir d'exemple aux Etats-Unis et dans le monde entier.

- Filet de sécurité -

Lyft et Uber défendent l'idée selon laquelle un grand nombre de leurs conducteurs souhaitent travailler aux horaires de leur choix sans les contraintes d'un emploi à plein temps.

Pour Arun Sundararajan, professeur à la New York University et auteur de l'ouvrage "The Sharing Economy" (l'économie du partage) les législateurs californiens n'ont pas réussi à proposer des avantages sociaux aux conducteurs tout en préservant la flexibilité de l'emploi propre à la "gig economy".

Ce texte "affectera toutes les plateformes via une hausse des coûts structurels", a indiqué M. Sundararajan à l'AFP.

"Mais il affectera particulièrement les plus petites plateformes qui auront moins la possibilité de répartir la demande au sein de leurs effectifs", a ajouté l'universitaire.

En plus d'une hausse des prix, M. Sundararajan estime que la nouvelle loi "rendrait virtuellement impossible" l'émergence d'un nouveau concurrent dans le secteur des réservations de voiture en ligne.

Mais pour l'expert, cette industrie devrait continuer sa croissance en dépit des restrictions législatives.

"Je ne dirais pas qu'il s'agit d'un tournant", a-t-il souligné. Cela veut simplement dire qu'il y a encore beaucoup de travail pour façonner un filet de sécurité sociale", a-t-il souligné.

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