La BCE sous pression pour livrer sa potion anti-crise

(AFP)

La Banque centrale européenne a beau soutenir énergiquement l'économie depuis des années, elle se retrouve acculée à agir une fois encore jeudi, malgré ses débats internes, tant la conjoncture demeure fragile en zone euro.

Baisse de taux, nouveaux rachats de dettes publiques et privées, système de taux dégressif et prêts géants pour soulager la banque: l'institut pourrait annoncer pas moins de quatre mesures simultanément, soit un "paquet" guetté tout l'été par les marchés financiers.

Il y a six semaines, Mario Draghi, le président italien de l'institut monétaire, avait jugé nécessaire de garder un "degré significatif de stimulus monétaire" face au coup de froid conjoncturel, surtout perceptible en Allemagne, sur fond de guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis.

Le climat ne s'est pas amélioré depuis, aussi l'institut "n'hésitera pas à annoncer des mesures fortes", prédit Eric Bourguignon, dirigeant chez Swiss Life Asset Management, même si les marges de manœuvre de la BCE ont été rongées par des années de soutien à l'économie.

D'autant qu'avant d'achever fin octobre ses huit ans de mandat, M. Draghi devrait préparer une transition en douceur avec la directrice sortante du Fonds monétaire international, la Française Christine Lagarde.

- Contrarier Trump -

Si la BCE "devait décevoir en septembre, il lui faudrait en faire davantage plus tard, avec des chances de réussite réduites", explique d'ailleurs Frédéric Ducrozet, stratégiste chez Pictet Wealth Management.

Même si l'institut livre dès jeudi le cocktail attendu, les réactions pourraient être vives: en pesant sur le cours de l'euro face au dollar, de telles mesures "pourraient être perçues par le président des États-Unis comme un comportement anticoncurrentiel de la BCE", selon Chiara Zangarelli, économiste à la banque Nomura.

Et le risque n'est pas seulement de déclencher sur Twitter les foudres de Donald Trump, mais surtout de voir son administration "centrer ses efforts sur les tarifs douaniers" frappant les importations d'automobiles, un dossier reporté à novembre par Washington et qui menace particulièrement les constructeurs allemands.

Quoi qu'il arrive, la BCE devra surmonter les dissensions nées cet été au sein de son Conseil des gouverneurs, divisé sur l'opportunité de sortir maintenant le grand jeu monétaire.

L'institut francfortois pourra s'appuyer sur de nouvelles prévisions économiques, alors que celles de juin tablaient sur une inflation de 1,3% dans la zone euro en 2019 et 1,6% à l'horizon 2021, encore loin de l'objectif de la BCE "proche de 2%" à moyen terme.

Au minimum, la BCE devrait laisser son taux de refinancement des banques à zéro, et il est acquis pour les observateurs qu'elle va abaisser celui sur les dépôts.

- Compromis sur les achats de dette ? -

Déjà négatif de 0,40%, il revient à taxer les banques pour les liquidités qu'elles choisissent de confier à la Banque centrale plutôt que de les prêter aux entreprises et aux ménages.

En parallèle pourrait être annoncé un système de taux par paliers pour alléger la charge d'intérêt pesant pour plus de 7 milliards par an sur les banques.

Mais le plus délicat sera de relancer les achats de dette, le fameux "Quantitative Easing" ou "QE" mis en sommeil fin 2018. Plusieurs banquiers centraux, notamment l'Allemand Jens Weidmann et le Néerlandais Klaas Knot, s'y sont publiquement opposés.

"Une enveloppe totale de 600 milliards d'euros serait justifiée aujourd'hui", juge cependant Frederik Ducrozet, mais les débats internes à la BCE "suggèrent d'en faire moins".

L'institut va en outre confirmer la nouvelle vague à compter du 19 septembre de prêts géants aux banques, alloués à des conditions préférentielles, pour stimuler la distribution de crédit dans l'économie.

Enfin, la BCE pourrait ajuster la communication sur ses intentions, destinée à piloter les attentes des investisseurs pour éviter toute embardée sur les marchés et préserver sa crédibilité.

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La BCE sous pression pour livrer sa potion anti-crise

Le 17 septembre 2019 à09:39

Modifié le 17 septembre 2019 à 09:39

La Banque centrale européenne a beau soutenir énergiquement l'économie depuis des années, elle se retrouve acculée à agir une fois encore jeudi, malgré ses débats internes, tant la conjoncture demeure fragile en zone euro.

Baisse de taux, nouveaux rachats de dettes publiques et privées, système de taux dégressif et prêts géants pour soulager la banque: l'institut pourrait annoncer pas moins de quatre mesures simultanément, soit un "paquet" guetté tout l'été par les marchés financiers.

Il y a six semaines, Mario Draghi, le président italien de l'institut monétaire, avait jugé nécessaire de garder un "degré significatif de stimulus monétaire" face au coup de froid conjoncturel, surtout perceptible en Allemagne, sur fond de guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis.

Le climat ne s'est pas amélioré depuis, aussi l'institut "n'hésitera pas à annoncer des mesures fortes", prédit Eric Bourguignon, dirigeant chez Swiss Life Asset Management, même si les marges de manœuvre de la BCE ont été rongées par des années de soutien à l'économie.

D'autant qu'avant d'achever fin octobre ses huit ans de mandat, M. Draghi devrait préparer une transition en douceur avec la directrice sortante du Fonds monétaire international, la Française Christine Lagarde.

- Contrarier Trump -

Si la BCE "devait décevoir en septembre, il lui faudrait en faire davantage plus tard, avec des chances de réussite réduites", explique d'ailleurs Frédéric Ducrozet, stratégiste chez Pictet Wealth Management.

Même si l'institut livre dès jeudi le cocktail attendu, les réactions pourraient être vives: en pesant sur le cours de l'euro face au dollar, de telles mesures "pourraient être perçues par le président des États-Unis comme un comportement anticoncurrentiel de la BCE", selon Chiara Zangarelli, économiste à la banque Nomura.

Et le risque n'est pas seulement de déclencher sur Twitter les foudres de Donald Trump, mais surtout de voir son administration "centrer ses efforts sur les tarifs douaniers" frappant les importations d'automobiles, un dossier reporté à novembre par Washington et qui menace particulièrement les constructeurs allemands.

Quoi qu'il arrive, la BCE devra surmonter les dissensions nées cet été au sein de son Conseil des gouverneurs, divisé sur l'opportunité de sortir maintenant le grand jeu monétaire.

L'institut francfortois pourra s'appuyer sur de nouvelles prévisions économiques, alors que celles de juin tablaient sur une inflation de 1,3% dans la zone euro en 2019 et 1,6% à l'horizon 2021, encore loin de l'objectif de la BCE "proche de 2%" à moyen terme.

Au minimum, la BCE devrait laisser son taux de refinancement des banques à zéro, et il est acquis pour les observateurs qu'elle va abaisser celui sur les dépôts.

- Compromis sur les achats de dette ? -

Déjà négatif de 0,40%, il revient à taxer les banques pour les liquidités qu'elles choisissent de confier à la Banque centrale plutôt que de les prêter aux entreprises et aux ménages.

En parallèle pourrait être annoncé un système de taux par paliers pour alléger la charge d'intérêt pesant pour plus de 7 milliards par an sur les banques.

Mais le plus délicat sera de relancer les achats de dette, le fameux "Quantitative Easing" ou "QE" mis en sommeil fin 2018. Plusieurs banquiers centraux, notamment l'Allemand Jens Weidmann et le Néerlandais Klaas Knot, s'y sont publiquement opposés.

"Une enveloppe totale de 600 milliards d'euros serait justifiée aujourd'hui", juge cependant Frederik Ducrozet, mais les débats internes à la BCE "suggèrent d'en faire moins".

L'institut va en outre confirmer la nouvelle vague à compter du 19 septembre de prêts géants aux banques, alloués à des conditions préférentielles, pour stimuler la distribution de crédit dans l'économie.

Enfin, la BCE pourrait ajuster la communication sur ses intentions, destinée à piloter les attentes des investisseurs pour éviter toute embardée sur les marchés et préserver sa crédibilité.

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