"Je réessaierai": l'Albanie devenue étape pour les migrants

(AFP)

Aveuglé par les phares des 4x4 de la police albanaise qui percent la nuit, Hidaja Salah tente de rebrousser chemin vers la Grèce. En vain, son odyssée s'arrête là pour l'instant. "Je réessaierai", dit-il.

Cet Afghan et la dizaine de jeunes Egyptiens qui l'accompagnent comptent parmi les migrants qui, en nombre croissant, tentent depuis la Grèce de traverser l'Albanie puis le Monténégro pour aller "peu importe où en Occident".

Au point que l'agence européenne en charge du contrôle des frontières extérieures de l'UE, Frontex, a dépêché personnel et matériel pour aider l'Albanie, qui aspire à ouvrir des négociations d'adhésion avec Bruxelles, à maîtriser ce flux.

Après la fermeture dite de la "route des Balkans" début 2016 puis le renforcement des contrôles par la Macédoine du Nord, la Serbie et la Croatie, ce pays pauvre d'Europe du sud-est est devenu un point de passage de migrants. Après le Monténégro, parfois la Bosnie, ils tentent de rejoindre l'Union.

Agé d'une vingtaine d'années, en quête d'une "meilleure vie et de plus de sécurité", Hidaja Salah a rencontré ses compagnons d'odyssée en Turquie ou en Grèce, sur l'île de Lesbos, où ils ont été installés dans le camp de Moria, complètement saturé.

- Animation nocturne -

C'était une vie "sans dignité, pire que l'enfer qu'on a vécu dans nos pays", dit Ahmed, un Egyptien de 18 ans, qui cache son visage dans ses mains pour ne pas être filmé.

Après avoir tenté leur chance en Crète pour un emploi agricole précaire, ils ont repris leur route. Qui, après 15 kilomètres de nuit dans les montagnes, s'arrête cette fois à Poncarë, en terre albanaise, puis à la station de police de Kapshtica, où tous entameront sans doute une procédure de demande d'asile. Non pour rester en Albanie, mais pour gagner du temps avant de repartir vers le nord.

Depuis plusieurs mois, "les routes des Balkans sont à nouveau actives", confirme Aïda Hajnaj, directrice générale adjointe de la police albanaise. "Visiblement" en Albanie, "la tendance est à la hausse par rapport aux années précédentes en raison de la fermeture de la route des Balkans du Nord qui passait par la Macédoine du Nord, la Serbie et la Hongrie."

Pays montagneux, doté d'une frontière avec la Grèce difficile à contrôler, longue de près de 350 km, l'Albanie a bien du mal à gérer cet afflux.

"Le nombre de migrants a considérablement augmenté ces dernières semaines", confirme Hyqmet Hoxha, 55 ans, un habitant de Tresnik, un village proche de la frontière, qui connaît souvent une animation nocturne surprenante.

Ce matin là, une vingtaine de femmes et d'enfants ont été pris en charge par la police après avoir passé la nuit autour du feu allumé pour se réchauffer. "Parfois, on en a une cinquantaine dans la nuit, parfois aucun", dit Hyqmet Hoxha.

Selon les chiffres officiels, de fin mai à début septembre, 2.310 migrants ont été interceptés sur le territoire albanais, une hausse considérable par rapport aux années précédentes. Ils n'étaient que 206 sur l'ensemble de 2017 et 882 l'année suivante.

- "Polizei" -

"Nous soutenons nos collègues d'abord avec un équipement technique", notamment des caméras thermiques, "et avec des patrouilles", explique l'Allemand Dominik Matiske, un des membres de Frontex qui, "Polizei" écrit en grosses lettres dans le dos, patrouille aux alentours de Kapshtica, principale région de passage.

Derrière son écran, son collègue tchèque Pavel Dolezal montre les silhouettes en noir et blanc d'un groupe piégé par les caméras.

"Si nous repérons des migrants, nous transmettons l'information à nos collègues albanais qui appellent la patrouille", explique-t-il. Si celle-ci est composée de policiers de Frontex, Autrichiens, Tchèques ou Allemands, ils retiennent le groupe en attendant l'arrivée de leurs collègues locaux.

Selon Aïda Hajnaj, "la coopération entre Frontex et la police albanaise a permis d'améliorer la gestion de la migration clandestine et renforcé la sécurité aux frontières". Mais elles restent poreuses.

Avant de monter dans le 4x4 qui l'emmène au commissariat avec sa famille dans un autre groupe intercepté la même nuit, Esma, une Irakienne de 16 ans, une fois passé le choc à l'apparition de la police, dit aussi qu'il en faudra plus pour qu'elle et sa famille renoncent: "Après l'Albanie, nous irons au Monténégro. Puis en Bosnie avant de rejoindre l'Allemagne", détaille l'adolescente qui ne donne pas son nom.

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"Je réessaierai": l'Albanie devenue étape pour les migrants

Le 16 octobre 2019 à15:29

Modifié le 16 octobre 2019 à 15:29

Aveuglé par les phares des 4x4 de la police albanaise qui percent la nuit, Hidaja Salah tente de rebrousser chemin vers la Grèce. En vain, son odyssée s'arrête là pour l'instant. "Je réessaierai", dit-il.

Cet Afghan et la dizaine de jeunes Egyptiens qui l'accompagnent comptent parmi les migrants qui, en nombre croissant, tentent depuis la Grèce de traverser l'Albanie puis le Monténégro pour aller "peu importe où en Occident".

Au point que l'agence européenne en charge du contrôle des frontières extérieures de l'UE, Frontex, a dépêché personnel et matériel pour aider l'Albanie, qui aspire à ouvrir des négociations d'adhésion avec Bruxelles, à maîtriser ce flux.

Après la fermeture dite de la "route des Balkans" début 2016 puis le renforcement des contrôles par la Macédoine du Nord, la Serbie et la Croatie, ce pays pauvre d'Europe du sud-est est devenu un point de passage de migrants. Après le Monténégro, parfois la Bosnie, ils tentent de rejoindre l'Union.

Agé d'une vingtaine d'années, en quête d'une "meilleure vie et de plus de sécurité", Hidaja Salah a rencontré ses compagnons d'odyssée en Turquie ou en Grèce, sur l'île de Lesbos, où ils ont été installés dans le camp de Moria, complètement saturé.

- Animation nocturne -

C'était une vie "sans dignité, pire que l'enfer qu'on a vécu dans nos pays", dit Ahmed, un Egyptien de 18 ans, qui cache son visage dans ses mains pour ne pas être filmé.

Après avoir tenté leur chance en Crète pour un emploi agricole précaire, ils ont repris leur route. Qui, après 15 kilomètres de nuit dans les montagnes, s'arrête cette fois à Poncarë, en terre albanaise, puis à la station de police de Kapshtica, où tous entameront sans doute une procédure de demande d'asile. Non pour rester en Albanie, mais pour gagner du temps avant de repartir vers le nord.

Depuis plusieurs mois, "les routes des Balkans sont à nouveau actives", confirme Aïda Hajnaj, directrice générale adjointe de la police albanaise. "Visiblement" en Albanie, "la tendance est à la hausse par rapport aux années précédentes en raison de la fermeture de la route des Balkans du Nord qui passait par la Macédoine du Nord, la Serbie et la Hongrie."

Pays montagneux, doté d'une frontière avec la Grèce difficile à contrôler, longue de près de 350 km, l'Albanie a bien du mal à gérer cet afflux.

"Le nombre de migrants a considérablement augmenté ces dernières semaines", confirme Hyqmet Hoxha, 55 ans, un habitant de Tresnik, un village proche de la frontière, qui connaît souvent une animation nocturne surprenante.

Ce matin là, une vingtaine de femmes et d'enfants ont été pris en charge par la police après avoir passé la nuit autour du feu allumé pour se réchauffer. "Parfois, on en a une cinquantaine dans la nuit, parfois aucun", dit Hyqmet Hoxha.

Selon les chiffres officiels, de fin mai à début septembre, 2.310 migrants ont été interceptés sur le territoire albanais, une hausse considérable par rapport aux années précédentes. Ils n'étaient que 206 sur l'ensemble de 2017 et 882 l'année suivante.

- "Polizei" -

"Nous soutenons nos collègues d'abord avec un équipement technique", notamment des caméras thermiques, "et avec des patrouilles", explique l'Allemand Dominik Matiske, un des membres de Frontex qui, "Polizei" écrit en grosses lettres dans le dos, patrouille aux alentours de Kapshtica, principale région de passage.

Derrière son écran, son collègue tchèque Pavel Dolezal montre les silhouettes en noir et blanc d'un groupe piégé par les caméras.

"Si nous repérons des migrants, nous transmettons l'information à nos collègues albanais qui appellent la patrouille", explique-t-il. Si celle-ci est composée de policiers de Frontex, Autrichiens, Tchèques ou Allemands, ils retiennent le groupe en attendant l'arrivée de leurs collègues locaux.

Selon Aïda Hajnaj, "la coopération entre Frontex et la police albanaise a permis d'améliorer la gestion de la migration clandestine et renforcé la sécurité aux frontières". Mais elles restent poreuses.

Avant de monter dans le 4x4 qui l'emmène au commissariat avec sa famille dans un autre groupe intercepté la même nuit, Esma, une Irakienne de 16 ans, une fois passé le choc à l'apparition de la police, dit aussi qu'il en faudra plus pour qu'elle et sa famille renoncent: "Après l'Albanie, nous irons au Monténégro. Puis en Bosnie avant de rejoindre l'Allemagne", détaille l'adolescente qui ne donne pas son nom.

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