Hong Kong : chaos au Parlement, Carrie Lam renonce à un discours

(AFP)

L'escalade se poursuit à Hong Kong, où un leader du mouvement de contestation a été, selon ses proches, violemment agressé mercredi, tandis que la cheffe de l'exécutif a dû interrompre un discours de politique générale sous les huées de parlementaires de l'opposition.

Jimmy Sham, le dirigeant du Front civil des droits de l'homme (FCDH), a été attaqué à coups de marteau et blessé à la tête par des inconnus, a annoncé mercredi l'organisation, qui a immédiatement dénoncé un acte de "terreur politique".

M. Sham, qui avait déjà subi une attaque en août, a été hospitalisé, a précisé cette organisation non violente, à l'origine des plus grands rassemblements de ces derniers mois dans l'ex-colonie britannique.

Quelques heures auparavant, Carrie Lam avait été contrainte d'interrompre son discours très attendu de politique générale, au milieu de scènes chaotiques au Parlement local.

Cette allocution de la cheffe de l'exécutif était présentée comme une tentative de reconquérir la confiance de la population après plus de quatre mois d'une crise politique sans précédent.

Des parlementaires partisans de réformes démocratiques à Hong Kong l'ont huée, l'obligeant à battre en retraite et à quitter le Conseil législatif ("LegCo", Parlement local), dominé par les élus loyaux à Pékin.

Ce discours de rentrée parlementaire était particulièrement important après un été de manifestations et d'autres actions quasi-quotidiennes pour réclamer plus de démocratie, sur fond de dénonciation de l'ingérence grandissante des autorités centrales chinoises.

Mais ce nouvel épisode a une fois de plus souligné le profond clivage au sein de la société hongkongaise. Les manifestants ont immédiatement appelé à un nouveau rassemblement dimanche.

C'est la première fois qu'un dirigeant de Hong Kong se trouve dans l'impossibilité de prononcer son discours annuel de politique générale depuis le début de cette pratique qui remonte à 1948.

Très vite, une vidéo pré-enregistrée de son allocution a été diffusée. Mme Lam y annonce des aides financières et son intention d'accroître l'offre de logements et de terrains afin de régler le problème de la pénurie de logements.

Les loyers dans cette région semi-autonome sont parmi les plus élevés du monde.

- "Surmonter cette tempête" -

"Je suis fermement convaincue que Hong Kong sera capable de surmonter cette tempête et d'aller de l'avant", a-t-elle déclaré.

Conformément aux attentes, elle n'a fait aucune concession aux manifestants, suscitant aussitôt des critiques au sein du mouvement pour des réformes démocratiques.

"Tant de choses se sont passées dans les rues de Hong Kong au cours des quatre derniers mois, mais Mme Lam s'est cachée dans un abîme ou a agi comme un mannequin de cire", a déploré Tanya Chan, une parlementaire pro-démocratie.

"Nous exhortons Carrie Lam à cesser de détruire Hong Kong, à répondre à nos cinq principales revendications et à démissionner", a ajouté le Front civil des droits de l'homme.

Parmi ces revendications figurent l'introduction du suffrage universel et l'ouverture d'une enquête indépendante sur l'usage de la force par la police hongkongaise.

Le Front civil a dit avoir déposé pour dimanche une demande d'autorisation de manifester même si ses dernières actions n'ont pas reçu le feu vert du pouvoir local.

Des groupes de contestataires radicaux ont donc organisé des rassemblements non autorisés, donnant lieu à de violents affrontements avec la police.

Pour Willy Lam, un expert en politique à l'Université chinoise de Hong Kong, dans son allocution, "Carrie Lam suit les instructions données par Pékin". "Même les subventions économiques ne semblent pas particulièrement impressionnantes et il faudra attendre quelques années pour qu'elles se concrétisent", a-t-il déclaré à l'AFP, ce qui, selon lui, ne peut que faiblement contribuer à apaiser le mouvement de protestation, alimenté par des années de colère en raison du recul grandissant des libertés et de l'absence d'un véritable suffrage universel.

La mobilisation est née du rejet d'un projet de loi qui visait à autoriser les extraditions vers la Chine. Ce texte a depuis été retiré, mais trop tardivement selon les manifestants qui ont depuis considérablement élargi leurs revendications.

L'exécutif hongkongais et Pékin ont à plusieurs reprises rejeté ces revendications, soutenant que les libertés à Hong Kong étaient protégées.

Le discours de Mme Lam est intervenu quelques heures après le vote par la Chambre des représentants américains d'une "loi sur les droits de l'homme et la démocratie à Hong Kong" qui menace de suspendre le statut économique spécial accordé par Washington à ce territoire.

En Norvège, une députée du parti libéral membre de la coalition au pouvoir, Guri Melby, a quant à elle proposé le "peuple de Hong Kong" au prix Nobel de la paix 2020, au risque de fâcher une nouvelle fois la Chine.

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Hong Kong : chaos au Parlement, Carrie Lam renonce à un discours

Le 17 novembre 2019 à12:57

Modifié le 17 novembre 2019 à 12:57

L'escalade se poursuit à Hong Kong, où un leader du mouvement de contestation a été, selon ses proches, violemment agressé mercredi, tandis que la cheffe de l'exécutif a dû interrompre un discours de politique générale sous les huées de parlementaires de l'opposition.

Jimmy Sham, le dirigeant du Front civil des droits de l'homme (FCDH), a été attaqué à coups de marteau et blessé à la tête par des inconnus, a annoncé mercredi l'organisation, qui a immédiatement dénoncé un acte de "terreur politique".

M. Sham, qui avait déjà subi une attaque en août, a été hospitalisé, a précisé cette organisation non violente, à l'origine des plus grands rassemblements de ces derniers mois dans l'ex-colonie britannique.

Quelques heures auparavant, Carrie Lam avait été contrainte d'interrompre son discours très attendu de politique générale, au milieu de scènes chaotiques au Parlement local.

Cette allocution de la cheffe de l'exécutif était présentée comme une tentative de reconquérir la confiance de la population après plus de quatre mois d'une crise politique sans précédent.

Des parlementaires partisans de réformes démocratiques à Hong Kong l'ont huée, l'obligeant à battre en retraite et à quitter le Conseil législatif ("LegCo", Parlement local), dominé par les élus loyaux à Pékin.

Ce discours de rentrée parlementaire était particulièrement important après un été de manifestations et d'autres actions quasi-quotidiennes pour réclamer plus de démocratie, sur fond de dénonciation de l'ingérence grandissante des autorités centrales chinoises.

Mais ce nouvel épisode a une fois de plus souligné le profond clivage au sein de la société hongkongaise. Les manifestants ont immédiatement appelé à un nouveau rassemblement dimanche.

C'est la première fois qu'un dirigeant de Hong Kong se trouve dans l'impossibilité de prononcer son discours annuel de politique générale depuis le début de cette pratique qui remonte à 1948.

Très vite, une vidéo pré-enregistrée de son allocution a été diffusée. Mme Lam y annonce des aides financières et son intention d'accroître l'offre de logements et de terrains afin de régler le problème de la pénurie de logements.

Les loyers dans cette région semi-autonome sont parmi les plus élevés du monde.

- "Surmonter cette tempête" -

"Je suis fermement convaincue que Hong Kong sera capable de surmonter cette tempête et d'aller de l'avant", a-t-elle déclaré.

Conformément aux attentes, elle n'a fait aucune concession aux manifestants, suscitant aussitôt des critiques au sein du mouvement pour des réformes démocratiques.

"Tant de choses se sont passées dans les rues de Hong Kong au cours des quatre derniers mois, mais Mme Lam s'est cachée dans un abîme ou a agi comme un mannequin de cire", a déploré Tanya Chan, une parlementaire pro-démocratie.

"Nous exhortons Carrie Lam à cesser de détruire Hong Kong, à répondre à nos cinq principales revendications et à démissionner", a ajouté le Front civil des droits de l'homme.

Parmi ces revendications figurent l'introduction du suffrage universel et l'ouverture d'une enquête indépendante sur l'usage de la force par la police hongkongaise.

Le Front civil a dit avoir déposé pour dimanche une demande d'autorisation de manifester même si ses dernières actions n'ont pas reçu le feu vert du pouvoir local.

Des groupes de contestataires radicaux ont donc organisé des rassemblements non autorisés, donnant lieu à de violents affrontements avec la police.

Pour Willy Lam, un expert en politique à l'Université chinoise de Hong Kong, dans son allocution, "Carrie Lam suit les instructions données par Pékin". "Même les subventions économiques ne semblent pas particulièrement impressionnantes et il faudra attendre quelques années pour qu'elles se concrétisent", a-t-il déclaré à l'AFP, ce qui, selon lui, ne peut que faiblement contribuer à apaiser le mouvement de protestation, alimenté par des années de colère en raison du recul grandissant des libertés et de l'absence d'un véritable suffrage universel.

La mobilisation est née du rejet d'un projet de loi qui visait à autoriser les extraditions vers la Chine. Ce texte a depuis été retiré, mais trop tardivement selon les manifestants qui ont depuis considérablement élargi leurs revendications.

L'exécutif hongkongais et Pékin ont à plusieurs reprises rejeté ces revendications, soutenant que les libertés à Hong Kong étaient protégées.

Le discours de Mme Lam est intervenu quelques heures après le vote par la Chambre des représentants américains d'une "loi sur les droits de l'homme et la démocratie à Hong Kong" qui menace de suspendre le statut économique spécial accordé par Washington à ce territoire.

En Norvège, une députée du parti libéral membre de la coalition au pouvoir, Guri Melby, a quant à elle proposé le "peuple de Hong Kong" au prix Nobel de la paix 2020, au risque de fâcher une nouvelle fois la Chine.

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