Elections en Bolivie: Morales brigue un 4e mandat, l'opposition craint des fraudes

(AFP)

Les Boliviens votaient dimanche pour décider s'ils maintiennent leur confiance jusqu'en 2025 à Evo Morales, au pouvoir depuis 13 ans, ou s'ils tournent le dos au premier président indigène et de gauche du pays, déçus par la corruption et le virage autoritaire du pouvoir.

Neuf candidats aspirent à diriger la Bolivie, mais seul le centriste Carlos Mesa, un journaliste de 66 ans qui fut déjà président entre 2003 et 2005, semble en mesure de faire trébucher le chef de l'Etat socialiste de 59 ans, jusqu'ici systématiquement élu dès le premier tour, en l'obligeant à disputer un second tour.

Dans le centre de La Paz, à deux rues du palais présidentiel, les électeurs patientaient en fin de matinée dans le gymnase du collège Santa Ana.

Tania Villaroel Lopez, étudiante de 22 ans, est venue avec sa mère, Maria Cristina, 44 ans. "Nous avons besoin de changement. Je pense que n'importe quel parti, aussi bon qu'il soit, s'il reste trop longtemps en place, il se corrompt", déclare Tania.

Au sud de la ville, Pilar Rosas, femme au foyer aymara de 38 ans, a voté pour Evo Morales, "un bon dirigeant". "Je pense que l'économie va bien jusqu'à présent", explique-t-elle.

Les bureaux de vote doivent fermer à 16H00 (20H00 GMT), dans ce pays de 11,3 millions d'habitants où le vote est obligatoire.

Un des derniers sondages, celui de l'université publique, donne Morales en tête (32,3%), mais suivi de près par Carlos Mesa (27%). Pour éviter un second tour, le candidat en tête doit obtenir la majorité absolue ou au moins 40% des voix avec 10 points de pourcentage d'écart sur le second.

L'opposition appelle au "vote sanction" face au "vote sûr" du camp présidentiel. Après avoir glissé son bulletin dans l'urne, le vice-président Alvaro Garcia Linera a appelé les électeurs à "penser à la tranquillité de la Bolivie", en mentionnant les violentes manifestations au Chili et en Equateur.

Collier de fleurs et chemisette blanche, le chef de l'Etat a voté dans son fief du Chaparé (centre), une des régions de production de coca. Avant de repartir pour La Paz, Evo Morales s'est dit "optimiste" et "confiant en la démocratie".

De son côté, Carlos Mesa a dit dans un entretien à l'AFP craindre des fraudes car le parti de Morales "contrôle tous les organes de l'Etat".

Pour la politologue bolivienne, Maria Teresa Zegada, "le pouvoir a remplacé les politiques destinées à toute la population par d'autres qui ne servent les intérêts que de certains secteurs, et des leaders de l'opposition ont été persécutés". "Tout cela a provoqué un malaise citoyen et donné l'impression que la démocratie était en danger", analyse-t-elle dans un entretien à l'AFP.

- Appel à la "rébellion" -

En outre, la décision de M. Morales de briguer un quatrième mandat, malgré le "non" lors du référendum de février 2016, est très mal vue par une partie des Boliviens et critiquée par l'opposition, qui estime que le pays pourrait verser dans l'autocratie en cas de nouvelle victoire.

Tant les partisans du Mouvement vers le socialisme (MAS) au pouvoir que ceux de l'opposition, dont certains secteurs ont appelé à la "rébellion", ont promis de descendre dans la rue en cas de victoire du camp adverse.

Enfin, les gigantesques incendies qui ont ravagé en août et septembre une zone presque de la taille de la Suisse ont provoqué l'indignation des peuples indigènes, qui accusent Evo Morales d'avoir sacrifié la Pachamama, la Terre mère en langue quechua, pour étendre les terres agricoles et augmenter la production de viande destinée à la Chine.

Les défenseurs de l'environnement mettent en cause une récente loi autorisant une augmentation de 5 à 20 hectares de la déforestation par brûlis.

De son côté, M. Morales a fait campagne en insistant sur sa réussite économique (maintien d'une croissance économique élevée, forte réduction de la pauvreté, niveau record de réserves internationales), qui a fait de la Bolivie un des pays avec le meilleur taux de croissance de la région.

"Le modèle économique bolivien (basé sur l'exploitation des matières premières), qui a fonctionné durant des années, n'est plus tenable", prévient toutefois Michael Shifter, président du groupe de réflexion Dialogue interaméricain à Washington.

Les 7,3 millions d'électeurs boliviens choisissent, outre leur prochain président et vice-président, leurs 130 députés et 36 sénateurs.

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Elections en Bolivie: Morales brigue un 4e mandat, l'opposition craint des fraudes

Le 17 novembre 2019 à13:28

Modifié le 17 novembre 2019 à 13:28

Les Boliviens votaient dimanche pour décider s'ils maintiennent leur confiance jusqu'en 2025 à Evo Morales, au pouvoir depuis 13 ans, ou s'ils tournent le dos au premier président indigène et de gauche du pays, déçus par la corruption et le virage autoritaire du pouvoir.

Neuf candidats aspirent à diriger la Bolivie, mais seul le centriste Carlos Mesa, un journaliste de 66 ans qui fut déjà président entre 2003 et 2005, semble en mesure de faire trébucher le chef de l'Etat socialiste de 59 ans, jusqu'ici systématiquement élu dès le premier tour, en l'obligeant à disputer un second tour.

Dans le centre de La Paz, à deux rues du palais présidentiel, les électeurs patientaient en fin de matinée dans le gymnase du collège Santa Ana.

Tania Villaroel Lopez, étudiante de 22 ans, est venue avec sa mère, Maria Cristina, 44 ans. "Nous avons besoin de changement. Je pense que n'importe quel parti, aussi bon qu'il soit, s'il reste trop longtemps en place, il se corrompt", déclare Tania.

Au sud de la ville, Pilar Rosas, femme au foyer aymara de 38 ans, a voté pour Evo Morales, "un bon dirigeant". "Je pense que l'économie va bien jusqu'à présent", explique-t-elle.

Les bureaux de vote doivent fermer à 16H00 (20H00 GMT), dans ce pays de 11,3 millions d'habitants où le vote est obligatoire.

Un des derniers sondages, celui de l'université publique, donne Morales en tête (32,3%), mais suivi de près par Carlos Mesa (27%). Pour éviter un second tour, le candidat en tête doit obtenir la majorité absolue ou au moins 40% des voix avec 10 points de pourcentage d'écart sur le second.

L'opposition appelle au "vote sanction" face au "vote sûr" du camp présidentiel. Après avoir glissé son bulletin dans l'urne, le vice-président Alvaro Garcia Linera a appelé les électeurs à "penser à la tranquillité de la Bolivie", en mentionnant les violentes manifestations au Chili et en Equateur.

Collier de fleurs et chemisette blanche, le chef de l'Etat a voté dans son fief du Chaparé (centre), une des régions de production de coca. Avant de repartir pour La Paz, Evo Morales s'est dit "optimiste" et "confiant en la démocratie".

De son côté, Carlos Mesa a dit dans un entretien à l'AFP craindre des fraudes car le parti de Morales "contrôle tous les organes de l'Etat".

Pour la politologue bolivienne, Maria Teresa Zegada, "le pouvoir a remplacé les politiques destinées à toute la population par d'autres qui ne servent les intérêts que de certains secteurs, et des leaders de l'opposition ont été persécutés". "Tout cela a provoqué un malaise citoyen et donné l'impression que la démocratie était en danger", analyse-t-elle dans un entretien à l'AFP.

- Appel à la "rébellion" -

En outre, la décision de M. Morales de briguer un quatrième mandat, malgré le "non" lors du référendum de février 2016, est très mal vue par une partie des Boliviens et critiquée par l'opposition, qui estime que le pays pourrait verser dans l'autocratie en cas de nouvelle victoire.

Tant les partisans du Mouvement vers le socialisme (MAS) au pouvoir que ceux de l'opposition, dont certains secteurs ont appelé à la "rébellion", ont promis de descendre dans la rue en cas de victoire du camp adverse.

Enfin, les gigantesques incendies qui ont ravagé en août et septembre une zone presque de la taille de la Suisse ont provoqué l'indignation des peuples indigènes, qui accusent Evo Morales d'avoir sacrifié la Pachamama, la Terre mère en langue quechua, pour étendre les terres agricoles et augmenter la production de viande destinée à la Chine.

Les défenseurs de l'environnement mettent en cause une récente loi autorisant une augmentation de 5 à 20 hectares de la déforestation par brûlis.

De son côté, M. Morales a fait campagne en insistant sur sa réussite économique (maintien d'une croissance économique élevée, forte réduction de la pauvreté, niveau record de réserves internationales), qui a fait de la Bolivie un des pays avec le meilleur taux de croissance de la région.

"Le modèle économique bolivien (basé sur l'exploitation des matières premières), qui a fonctionné durant des années, n'est plus tenable", prévient toutefois Michael Shifter, président du groupe de réflexion Dialogue interaméricain à Washington.

Les 7,3 millions d'électeurs boliviens choisissent, outre leur prochain président et vice-président, leurs 130 députés et 36 sénateurs.

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