Liban: le gouvernement annonce des réformes, sans calmer la colère de la rue

(AFP)

Confronté à une mobilisation populaire sans précédent, le gouvernement libanais a adopté lundi une série de réformes longtemps bloquées, mais les manifestants ont continué de crier leur colère face à une classe politique accusée d'avoir laissé couler le pays.

A l'issue d'un conseil des ministres extraordinaire, le Premier ministre Rafic Hariri a annoncé devant la presse l'adoption par la coalition gouvernementale qu'il dirige de "mesures essentielles et nécessaires".

Il a notamment promis un "budget 2020 sans impôts supplémentaires pour la population", une baisse de 50% des salaires du président et des ex-présidents, des ministres et des députés, ainsi que de nouvelles taxes sur les banques.

M. Hariri a aussi assuré soutenir la demande des manifestants d'élections anticipées. "Votre voix est entendue, et si vous réclamez des élections anticipées (...) moi Saad Hariri je suis personnellement avec vous".

Les dernières législatives ont eu lieu en mai 2018.

- "Mensonge" -

Retransmises en direct par haut-parleurs sur les lieux des rassemblements géants du centre-ville de Beyrouth, les annonces de M. Hariri n'ont apparemment pas convaincu: elles ont été accueillies par les dizaines de milliers de manifestants aux cris de "Révolution, révolution" et "le peuple veut la chute du régime", les slogans phares de la contestation.

"Mensonge, c'est du mensonge", s'exclamait Chantal, une manifestante de 40 ans, un drapeau libanais dessiné sur le visage. "C'est de la poudre aux yeux. Qui peut garantir que ces réformes seront appliquées?", demandait-elle.

S'adressant à la foule rassemblée dans les rues pour une 5e journée consécutive, le Premier ministre a fait profil bas. "Ces décisions n'ont pas été prises pour vous demander de cesser de manifester ou d'exprimer votre colère", a-t-il dit, ajoutant: "c'est vous qui déciderez de le faire, personne ne vous impose de délai".

"Vous êtes la boussole, c'est vous qui avez fait bouger le Conseil des ministres, c'est votre mouvement qui a conduit aux décisions", a encore assuré M. Hariri.

Mais les appels au départ de toute la classe politique, jugée corrompue et incompétente sans exception, continuait lundi soir de faire l'unanimité: "Tous, cela veut dire tous!".

La colère populaire avait éclaté jeudi avec l'annonce surprise d'une nouvelle taxe sur les appels effectués via les applications de messagerie Internet comme WhatsApp. La mesure a été rapidement annulée mais la contestation a continué de grandir.

"Il est difficile d'éteindre le volcan avec des solutions de dernière minute", estimait Imad Salamey, professeur de sciences politiques à l'Université libanaise américaine de Beyrouth, interrogé lundi par l'AFP avant l'annonce du plan.

- Pénuries d'eau et d'électricité -

L'objectif de M. Hariri, selon la presse libanaise, était de susciter un "choc" en promettant la mise en oeuvre de réformes rendues impossibles par les divisions et les bisbilles politiciennes.

Pendant ce temps, le quotidien a continué de se dégrader pour les Libanais, toujours confrontés à d'incessantes coupures d'eau et d'électricité 30 ans après la fin de la guerre civile (1975-1990). Plus du quart de la population vit sous le seuil de pauvreté, d'après la Banque mondiale.

Lundi matin, des manifestants ont coupé de nombreuses routes à travers le pays pour empêcher les employés d'aller au travail, tandis que les appels à descendre dans la rue se multipliaient sur les réseaux sociaux.

Banques, universités et écoles sont restées fermées, paralysant à nouveau le pays.

Dimanche, jour de repos, ils étaient des centaines de milliers dans les rues de tout le pays, du sud à majorité chiite aux villes chrétiennes ou druzes de l'est.

Dans une ambiance festive, les manifestants s'en sont pris directement à des leaders longtemps craints et respectés. Fait extraordinaire, ces slogans parfois insultants ont été scandés au coeur même de leurs fiefs.

Président du Parlement depuis près de 30 ans, le dirigeant chiite Nabih Berri était ainsi fustigé pour s'être accroché depuis si longtemps au pouvoir. "Qu'y avait-il avant Nabih Berri? Adam et Eve!", pouvait-on lire sur une pancarte brandie dans la capitale.

M. Hariri avait menacé vendredi de manière voilée de démissionner en cas de rejet de son plan mais, selon la presse libanaise, Paris et Washington sont montés au créneau pour l'en dissuader.

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Liban: le gouvernement annonce des réformes, sans calmer la colère de la rue

Le 21 novembre 2019 à01:27

Modifié le 21 novembre 2019 à 01:27

Confronté à une mobilisation populaire sans précédent, le gouvernement libanais a adopté lundi une série de réformes longtemps bloquées, mais les manifestants ont continué de crier leur colère face à une classe politique accusée d'avoir laissé couler le pays.

A l'issue d'un conseil des ministres extraordinaire, le Premier ministre Rafic Hariri a annoncé devant la presse l'adoption par la coalition gouvernementale qu'il dirige de "mesures essentielles et nécessaires".

Il a notamment promis un "budget 2020 sans impôts supplémentaires pour la population", une baisse de 50% des salaires du président et des ex-présidents, des ministres et des députés, ainsi que de nouvelles taxes sur les banques.

M. Hariri a aussi assuré soutenir la demande des manifestants d'élections anticipées. "Votre voix est entendue, et si vous réclamez des élections anticipées (...) moi Saad Hariri je suis personnellement avec vous".

Les dernières législatives ont eu lieu en mai 2018.

- "Mensonge" -

Retransmises en direct par haut-parleurs sur les lieux des rassemblements géants du centre-ville de Beyrouth, les annonces de M. Hariri n'ont apparemment pas convaincu: elles ont été accueillies par les dizaines de milliers de manifestants aux cris de "Révolution, révolution" et "le peuple veut la chute du régime", les slogans phares de la contestation.

"Mensonge, c'est du mensonge", s'exclamait Chantal, une manifestante de 40 ans, un drapeau libanais dessiné sur le visage. "C'est de la poudre aux yeux. Qui peut garantir que ces réformes seront appliquées?", demandait-elle.

S'adressant à la foule rassemblée dans les rues pour une 5e journée consécutive, le Premier ministre a fait profil bas. "Ces décisions n'ont pas été prises pour vous demander de cesser de manifester ou d'exprimer votre colère", a-t-il dit, ajoutant: "c'est vous qui déciderez de le faire, personne ne vous impose de délai".

"Vous êtes la boussole, c'est vous qui avez fait bouger le Conseil des ministres, c'est votre mouvement qui a conduit aux décisions", a encore assuré M. Hariri.

Mais les appels au départ de toute la classe politique, jugée corrompue et incompétente sans exception, continuait lundi soir de faire l'unanimité: "Tous, cela veut dire tous!".

La colère populaire avait éclaté jeudi avec l'annonce surprise d'une nouvelle taxe sur les appels effectués via les applications de messagerie Internet comme WhatsApp. La mesure a été rapidement annulée mais la contestation a continué de grandir.

"Il est difficile d'éteindre le volcan avec des solutions de dernière minute", estimait Imad Salamey, professeur de sciences politiques à l'Université libanaise américaine de Beyrouth, interrogé lundi par l'AFP avant l'annonce du plan.

- Pénuries d'eau et d'électricité -

L'objectif de M. Hariri, selon la presse libanaise, était de susciter un "choc" en promettant la mise en oeuvre de réformes rendues impossibles par les divisions et les bisbilles politiciennes.

Pendant ce temps, le quotidien a continué de se dégrader pour les Libanais, toujours confrontés à d'incessantes coupures d'eau et d'électricité 30 ans après la fin de la guerre civile (1975-1990). Plus du quart de la population vit sous le seuil de pauvreté, d'après la Banque mondiale.

Lundi matin, des manifestants ont coupé de nombreuses routes à travers le pays pour empêcher les employés d'aller au travail, tandis que les appels à descendre dans la rue se multipliaient sur les réseaux sociaux.

Banques, universités et écoles sont restées fermées, paralysant à nouveau le pays.

Dimanche, jour de repos, ils étaient des centaines de milliers dans les rues de tout le pays, du sud à majorité chiite aux villes chrétiennes ou druzes de l'est.

Dans une ambiance festive, les manifestants s'en sont pris directement à des leaders longtemps craints et respectés. Fait extraordinaire, ces slogans parfois insultants ont été scandés au coeur même de leurs fiefs.

Président du Parlement depuis près de 30 ans, le dirigeant chiite Nabih Berri était ainsi fustigé pour s'être accroché depuis si longtemps au pouvoir. "Qu'y avait-il avant Nabih Berri? Adam et Eve!", pouvait-on lire sur une pancarte brandie dans la capitale.

M. Hariri avait menacé vendredi de manière voilée de démissionner en cas de rejet de son plan mais, selon la presse libanaise, Paris et Washington sont montés au créneau pour l'en dissuader.

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