Présidentielle en Bolivie : malaise face à la lenteur du décompte des voix

(AFP)

L'incertitude régnait lundi en Bolivie face à la lenteur des autorités électorales à publier le résultat définitif de la présidentielle de la veille, Washington appelant à la "transparence" et l'opposition à la mobilisation dans la rue.

Alors qu'on se dirigeait dimanche soir vers un second tour inédit entre le socialiste Evo Morales, qui brigue un quatrième mandat, et le centriste Carlos Mesa, le silence de l'organisme électoral fait désormais craindre des fraudes.

"Les Etats-Unis suivent avec attention le premier tour des élections en Bolivie, notamment l'interruption soudaine du décompte des voix" par le Tribunal suprême électoral bolivien (TSE), a déclaré le secrétaire d'Etat adjoint chargé de l'Amérique Latine, Michael Kozak, dans un tweet.

"Les autorités électorales devraient rétablir immédiatement la crédibilité et la transparence du processus électoral afin que la volonté du peuple bolivien soit respectée", a-t-il ajouté.

La transmission des résultats partiels sur le site internet du TSE a été inexplicablement interrompue dimanche peu avant 20H00 (00H00 GMT), alors que la présidente de l'institution, Maria Eugenia Choque, venait d'annoncer que le chef de l'Etat était en tête du premier tour, avec 45,28% des voix, suivi par le centriste Carlos Mesa, avec 38,16% des votes, sur la base de 84% des bulletins dépouillés.

Lundi matin, dans l'entrée de l'hôtel de La Paz où étaient réunies les autorités électorales, le principal adversaire d'Evo Morales a dénoncé devant les médias "une tentative de manipulation qui met en péril la démocratie". Carlos Mesa, 66 ans, a appelé à la "mobilisation citoyenne jusqu'à ce que le résultat final soit connu".

- Vote rural -

"Nous n'avons pas peur !" scandaient des dizaines de ses partisans à l'extérieur du bâtiment.

Des veillées citoyennes ont également eu lieu dans la nuit devant les centres électoraux à Potosi (sud), Cochabamba (centre) et Santa Cruz (est).

L'Organisation des Etats américains (OEA), qui avait déployé une centaine d'observateurs internationaux, a demandé des comptes dès dimanche soir : "il est essentiel que le TSE explique pourquoi la transmission des résultats partiels a été interrompue".

Dans la foulée des premiers résultats, le journaliste et ex-président Mesa (2003-2005) s'était réjoui devant des partisans survoltés d'être "au second tour !".

Depuis le palais présidentiel, dans le centre de La Paz, le chef de l'Etat de 59 ans avait dit, lui, faire confiance au vote des zones rurales pour éviter un second tour, face à des centaines de partisans du Mouvement vers le socialisme (MAS) qui scandaient "Evo, tu n'es pas seul !".

"Je suis sûre que les résultats vont se confirmer en faveur d'Evo Morales", estimait Alejandra Guzman, 40 ans, dans l'enceinte du palais présidentiel.

- "Usure" du gouvernement -

Pour éviter un second tour, le candidat en tête doit obtenir la majorité absolue ou au moins 40% des voix avec 10 points de pourcentage d'écart sur le second.

"Ca semble désormais très difficile que le résultat change. Il faudrait pour cela que 75% des votes manquant soient en faveur du MAS et cela ne va pas arriver car il y a une usure" du gouvernement, soulignait l'analyste Daniel Valverde.

"En cas de second tour, ça devient un référendum" pour ou contre Evo Morales, analysait pour sa part Gaspard Estrada, spécialiste de l'Amérique latine à Sciences Po Paris.

Huit candidats étaient en lice contre Evo Morales dans ce pays de 11,3 millions d'habitants où le vote est obligatoire.

La décision de M. Morales de briguer un quatrième mandat, malgré le "non" lors du référendum de février 2016, est très mal vue par une partie des Boliviens et critiquée par l'opposition, qui estime que le pays pourrait verser dans l'autocratie en cas de nouvelle victoire.

En outre, les gigantesques incendies qui ont ravagé en août et septembre une zone presque de la taille de la Suisse ont provoqué l'indignation des peuples indigènes, qui accusent Evo Morales d'avoir sacrifié la Pachamama, la Terre mère en langue quechua, pour étendre les terres agricoles et augmenter la production de viande destinée à la Chine.

Les défenseurs de l'environnement mettent en cause une récente loi autorisant une augmentation de 5 à 20 hectares de la déforestation par brûlis.

Les 7,3 millions d'électeurs boliviens ont voté dimanche pour leurs président et vice-président, ainsi que pour leurs 130 députés et 36 sénateurs.

Quoi de neuf ?
Rendez-vous Partenaires
  • Newsletter

    Abonnez-vous à nos newsletters et alertes.
(AFP)

Présidentielle en Bolivie : malaise face à la lenteur du décompte des voix

Le 20 novembre 2019 à05:41

Modifié le 20 novembre 2019 à 05:41

L'incertitude régnait lundi en Bolivie face à la lenteur des autorités électorales à publier le résultat définitif de la présidentielle de la veille, Washington appelant à la "transparence" et l'opposition à la mobilisation dans la rue.

Alors qu'on se dirigeait dimanche soir vers un second tour inédit entre le socialiste Evo Morales, qui brigue un quatrième mandat, et le centriste Carlos Mesa, le silence de l'organisme électoral fait désormais craindre des fraudes.

"Les Etats-Unis suivent avec attention le premier tour des élections en Bolivie, notamment l'interruption soudaine du décompte des voix" par le Tribunal suprême électoral bolivien (TSE), a déclaré le secrétaire d'Etat adjoint chargé de l'Amérique Latine, Michael Kozak, dans un tweet.

"Les autorités électorales devraient rétablir immédiatement la crédibilité et la transparence du processus électoral afin que la volonté du peuple bolivien soit respectée", a-t-il ajouté.

La transmission des résultats partiels sur le site internet du TSE a été inexplicablement interrompue dimanche peu avant 20H00 (00H00 GMT), alors que la présidente de l'institution, Maria Eugenia Choque, venait d'annoncer que le chef de l'Etat était en tête du premier tour, avec 45,28% des voix, suivi par le centriste Carlos Mesa, avec 38,16% des votes, sur la base de 84% des bulletins dépouillés.

Lundi matin, dans l'entrée de l'hôtel de La Paz où étaient réunies les autorités électorales, le principal adversaire d'Evo Morales a dénoncé devant les médias "une tentative de manipulation qui met en péril la démocratie". Carlos Mesa, 66 ans, a appelé à la "mobilisation citoyenne jusqu'à ce que le résultat final soit connu".

- Vote rural -

"Nous n'avons pas peur !" scandaient des dizaines de ses partisans à l'extérieur du bâtiment.

Des veillées citoyennes ont également eu lieu dans la nuit devant les centres électoraux à Potosi (sud), Cochabamba (centre) et Santa Cruz (est).

L'Organisation des Etats américains (OEA), qui avait déployé une centaine d'observateurs internationaux, a demandé des comptes dès dimanche soir : "il est essentiel que le TSE explique pourquoi la transmission des résultats partiels a été interrompue".

Dans la foulée des premiers résultats, le journaliste et ex-président Mesa (2003-2005) s'était réjoui devant des partisans survoltés d'être "au second tour !".

Depuis le palais présidentiel, dans le centre de La Paz, le chef de l'Etat de 59 ans avait dit, lui, faire confiance au vote des zones rurales pour éviter un second tour, face à des centaines de partisans du Mouvement vers le socialisme (MAS) qui scandaient "Evo, tu n'es pas seul !".

"Je suis sûre que les résultats vont se confirmer en faveur d'Evo Morales", estimait Alejandra Guzman, 40 ans, dans l'enceinte du palais présidentiel.

- "Usure" du gouvernement -

Pour éviter un second tour, le candidat en tête doit obtenir la majorité absolue ou au moins 40% des voix avec 10 points de pourcentage d'écart sur le second.

"Ca semble désormais très difficile que le résultat change. Il faudrait pour cela que 75% des votes manquant soient en faveur du MAS et cela ne va pas arriver car il y a une usure" du gouvernement, soulignait l'analyste Daniel Valverde.

"En cas de second tour, ça devient un référendum" pour ou contre Evo Morales, analysait pour sa part Gaspard Estrada, spécialiste de l'Amérique latine à Sciences Po Paris.

Huit candidats étaient en lice contre Evo Morales dans ce pays de 11,3 millions d'habitants où le vote est obligatoire.

La décision de M. Morales de briguer un quatrième mandat, malgré le "non" lors du référendum de février 2016, est très mal vue par une partie des Boliviens et critiquée par l'opposition, qui estime que le pays pourrait verser dans l'autocratie en cas de nouvelle victoire.

En outre, les gigantesques incendies qui ont ravagé en août et septembre une zone presque de la taille de la Suisse ont provoqué l'indignation des peuples indigènes, qui accusent Evo Morales d'avoir sacrifié la Pachamama, la Terre mère en langue quechua, pour étendre les terres agricoles et augmenter la production de viande destinée à la Chine.

Les défenseurs de l'environnement mettent en cause une récente loi autorisant une augmentation de 5 à 20 hectares de la déforestation par brûlis.

Les 7,3 millions d'électeurs boliviens ont voté dimanche pour leurs président et vice-président, ainsi que pour leurs 130 députés et 36 sénateurs.

  • Newsletter

    Abonnez-vous à nos newsletters et alertes.
Quoi de neuf ?

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.