Bolivie : appel à la grève générale, face à la victoire probable de Morales

(AFP)

Un appel à la grève générale a été lancé mardi en Bolivie devant l'imminence de l'annonce officielle d'une victoire du chef de l'Etat sortant Evo Morales au premier tour de la présidentielle, un revirement inexpliqué et critiqué par la communauté internationale

"Nous appelons à la grève jusqu'à nouvel ordre", a dit Luis Fernando Camacho, le président de l'influent Comité Pro-Santa Cruz, une organisation de la société civile établie à Santa Cruz, capitale économique du pays et bastion de l'opposition.

Ce mouvement doit commencer mercredi à 00H00 heure locale (04H00 GMT), a-t-il précisé, après une réunion avec des organisations d'autres régions.

Dès lundi soir, de longues files s'étaient formées aux stations-service, en prévision d'un long conflit social tandis que de violents incidents éclataient.

A Sucre (sud-est), la capitale constitutionnelle, et à Potosi (sud-ouest) la foule a ainsi mis le feu au tribunal électoral départemental. Dans le même temps, des affrontements avec la police se sont produits à La Paz (ouest) et le local de campagne du parti au pouvoir a été saccagé à Oruro (ouest), selon des médias, dont l'AFP.

"Fraude !", "fraude !", "fraude !", a-t-on pu entendre dans certaines des vidéos mises en ligne.

Ces manifestations sont survenues après que les autorités électorales, sans aucune explication, eurent repris lundi soir le comptage des bulletins interrompu la veille.

Dimanche soir, la présidente du Tribunal suprême électoral (TSE), Maria Eugenia Choque, avait annoncé que le chef de l'Etat socialiste, âgé de 59 ans, était en tête du premier tour de la présidentielle, avec 45,28% des voix, suivi par le centriste Carlos Mesa, 66 ans, avec 38,16% des votes, sur la base de près de 84% des bulletins dépouillés. Ces résultats semblaient ouvrir la voie à un second tour inédit.

Mais à la reprise du comptage lundi, l'écart s'est creusé. Mardi à 11H00 (15H00 GMT), la page web du TSE donnait 46,4% des voix à Evo Morales, contre 37,07% à Carlos Mesa, après dépouillement de 95,63% des bulletins. Soit une avance de 9,33 points de pourcentage pour le président sortant, au pouvoir depuis 2006 et toujours élu au premier tour.

Sachant que pour s'imposer dès le premier tour, le candidat en tête doit obtenir la majorité absolue ou au moins 40% des suffrages avec 10 points de pourcentage d'écart sur le deuxième.

- "Inquiétude et surprise" -

Une situation dénoncée dès lundi par les observateurs de l'Organisation des Etats américains (OEA) qui ont fait part de leur "profonde inquiétude et surprise face au changement radical et difficile à justifier concernant la tendance des résultats préliminaires".

"Nous n'allons pas reconnaître ces résultats qui font partie d'une fraude réalisée de manière honteuse et qui est en train de placer la société bolivienne dans une situation de tension inutile", a dénoncé lundi à Santa Cruz M. Mesa, qui exige un second tour.

Lundi matin, dans le hall de l'hôtel où s'est réuni le TSE, M. Mesa avait appelé à la "mobilisation citoyenne jusqu'à ce que le résultat final soit connu".

Les Etats-Unis ont rejeté "la tentative du tribunal électoral de corrompre la démocratie bolivienne en retardant le dépouillement et en prenant des décisions qui nuisent à la crédibilité des élections boliviennes".

L'Union européenne a pour sa part fait part mardi de "graves préoccupations", tandis que l'Espagne a appelé à la "transparence" et au "respect des processus".

La conférence épiscopale bolivienne a également appelé à "respecter la volonté du peuple".

Du côté du gouvernement, le ministre de la Communication Manuel Canelas a demandé d'attendre l'annonce du résultat final par le TSE, soulignant qu'"aucun de nous n'a intérêt à faire monter la tension".

Dimanche, après les élections, Evo Morales, le premier président indigène et de gauche de l'histoire de la Bolivie, avait dit, quant à lui, faire confiance au vote des zones rurales pour éviter un second tour.

Sa décision de briguer un quatrième mandat, alors que les électeurs s'étaient prononcés contre au référendum de février 2016, est très mal vue par une partie des Boliviens et critiquée par l'opposition, qui estime que le pays pourrait verser dans l'autocratie en cas de nouvelle victoire.

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Bolivie : appel à la grève générale, face à la victoire probable de Morales

Le 20 novembre 2019 à13:26

Modifié le 20 novembre 2019 à 13:26

Un appel à la grève générale a été lancé mardi en Bolivie devant l'imminence de l'annonce officielle d'une victoire du chef de l'Etat sortant Evo Morales au premier tour de la présidentielle, un revirement inexpliqué et critiqué par la communauté internationale

"Nous appelons à la grève jusqu'à nouvel ordre", a dit Luis Fernando Camacho, le président de l'influent Comité Pro-Santa Cruz, une organisation de la société civile établie à Santa Cruz, capitale économique du pays et bastion de l'opposition.

Ce mouvement doit commencer mercredi à 00H00 heure locale (04H00 GMT), a-t-il précisé, après une réunion avec des organisations d'autres régions.

Dès lundi soir, de longues files s'étaient formées aux stations-service, en prévision d'un long conflit social tandis que de violents incidents éclataient.

A Sucre (sud-est), la capitale constitutionnelle, et à Potosi (sud-ouest) la foule a ainsi mis le feu au tribunal électoral départemental. Dans le même temps, des affrontements avec la police se sont produits à La Paz (ouest) et le local de campagne du parti au pouvoir a été saccagé à Oruro (ouest), selon des médias, dont l'AFP.

"Fraude !", "fraude !", "fraude !", a-t-on pu entendre dans certaines des vidéos mises en ligne.

Ces manifestations sont survenues après que les autorités électorales, sans aucune explication, eurent repris lundi soir le comptage des bulletins interrompu la veille.

Dimanche soir, la présidente du Tribunal suprême électoral (TSE), Maria Eugenia Choque, avait annoncé que le chef de l'Etat socialiste, âgé de 59 ans, était en tête du premier tour de la présidentielle, avec 45,28% des voix, suivi par le centriste Carlos Mesa, 66 ans, avec 38,16% des votes, sur la base de près de 84% des bulletins dépouillés. Ces résultats semblaient ouvrir la voie à un second tour inédit.

Mais à la reprise du comptage lundi, l'écart s'est creusé. Mardi à 11H00 (15H00 GMT), la page web du TSE donnait 46,4% des voix à Evo Morales, contre 37,07% à Carlos Mesa, après dépouillement de 95,63% des bulletins. Soit une avance de 9,33 points de pourcentage pour le président sortant, au pouvoir depuis 2006 et toujours élu au premier tour.

Sachant que pour s'imposer dès le premier tour, le candidat en tête doit obtenir la majorité absolue ou au moins 40% des suffrages avec 10 points de pourcentage d'écart sur le deuxième.

- "Inquiétude et surprise" -

Une situation dénoncée dès lundi par les observateurs de l'Organisation des Etats américains (OEA) qui ont fait part de leur "profonde inquiétude et surprise face au changement radical et difficile à justifier concernant la tendance des résultats préliminaires".

"Nous n'allons pas reconnaître ces résultats qui font partie d'une fraude réalisée de manière honteuse et qui est en train de placer la société bolivienne dans une situation de tension inutile", a dénoncé lundi à Santa Cruz M. Mesa, qui exige un second tour.

Lundi matin, dans le hall de l'hôtel où s'est réuni le TSE, M. Mesa avait appelé à la "mobilisation citoyenne jusqu'à ce que le résultat final soit connu".

Les Etats-Unis ont rejeté "la tentative du tribunal électoral de corrompre la démocratie bolivienne en retardant le dépouillement et en prenant des décisions qui nuisent à la crédibilité des élections boliviennes".

L'Union européenne a pour sa part fait part mardi de "graves préoccupations", tandis que l'Espagne a appelé à la "transparence" et au "respect des processus".

La conférence épiscopale bolivienne a également appelé à "respecter la volonté du peuple".

Du côté du gouvernement, le ministre de la Communication Manuel Canelas a demandé d'attendre l'annonce du résultat final par le TSE, soulignant qu'"aucun de nous n'a intérêt à faire monter la tension".

Dimanche, après les élections, Evo Morales, le premier président indigène et de gauche de l'histoire de la Bolivie, avait dit, quant à lui, faire confiance au vote des zones rurales pour éviter un second tour.

Sa décision de briguer un quatrième mandat, alors que les électeurs s'étaient prononcés contre au référendum de février 2016, est très mal vue par une partie des Boliviens et critiquée par l'opposition, qui estime que le pays pourrait verser dans l'autocratie en cas de nouvelle victoire.

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