Plus de morts en Irak où internet est de nouveau coupé

(AFP)

De nouveaux morts, des affrontements aux abords de bâtiments officiels à Bagdad ou du principal port du pays et la coupure d'internet font redouter mardi que l'Irak, théâtre d'un mouvement réclamant "la chute du régime", ne plonge dans le chaos.

Depuis le début de ce mouvement spontané lancé il y a un peu plus d'un mois, plus de 270 personnes --en majorité des manifestants-- ont perdu la vie dans les violences, selon un bilan compilé par l'AFP.

Les autorités ont proposé réformes sociales et élections anticipées. Une commission chargée de rédiger des amendements constitutionnels a même commencé ses travaux mardi. Mais les manifestants réclament le départ de tous les responsables et un nouveau système politique.

Les protestataires ont afflué de nouveau mardi dans la capitale, assurant "ne pas avoir peur", après la mort en 36 heures d'au moins dix manifestants, tués par les forces de l'ordre à travers le pays, selon des sources médicales.

Et dans plusieurs villes du Sud, les administrations sont à l'arrêt en raison d'un mouvement de désobéissance civile.

- Port bloqué -

Lundi, des affrontements ont eu lieu dans la capitale entre manifestants et forces de l'ordre tirant à balles réelles, faisant deux morts, de source médicale.

Les heurts, qui se sont poursuivis jusque tard dans la nuit de lundi à mardi, ont notamment eu lieu sur des ponts menant vers l'ambassade d'Iran, le siège du gouvernement et les ministères des Affaires étrangères et de la Justice.

Dans la nuit, deux manifestants ont été tués par les forces de l'ordre à Nassiriya, selon des sources médicales.

Dans la province pétrolière de Bassora, les manifestants bloquent depuis plusieurs jours l'accès au port d'Oum Qasr --vital pour les importations. La plupart des navires l'ont quitté sans avoir pu décharger, de source portuaire.

Tôt mardi, les forces ont chargé pour disperser la foule, tuant deux manifestants, de source médicale.

Ailleurs dans le Sud, à Nassiriya, Kout et Diwaniya, les piquets de grève paralysent la totalité des administrations publiques, selon des correspondants de l'AFP.

Les autorités ont coupé internet de minuit à 9H00, puis l'ont de nouveau interrompu à la mi-journée.

"Ils ont déjà coupé internet et une fois de plus, ça ne servira à rien", assure mardi l'un d'eux, Ammar, 41 ans, à l'AFP sur la place Tahrir à Bagdad.

Internet avait été coupé du 3 au 17 octobre. Le blocus sur les réseaux sociaux continue depuis le 2 octobre, bien que contourné grâce à des applications VPN.

"Les dirigeants ne nous font pas peur, ce sont eux qui sont effrayés par nous, parce que nous sommes pacifiques", lance une manifestante à l'AFP. "Les tyrans passent mais les peuples restent", renchérit un vieil homme, keffieh sur la tête.

Le Sud chiite est particulièrement touché par le mouvement: quatre manifestants ont été tués dans la nuit de dimanche à lundi dans la ville sainte chiite de Kerbala, à 100 kilomètres au sud de Bagdad, où des protestataires avaient tenté d'incendier le consulat d'Iran, pays qui tire les ficelles du "régime" selon les manifestants.

- Tirs à balles réelles -

Les forces de l'ordre ont tiré avec balles réelles sur les protestataires, lors d'une journée qui a réveillé les douloureux souvenirs du début du mois.

Dans un pays alors coupé du monde --sans internet ni réseaux sociaux--, des snipers que l'Etat assure ne toujours pas pouvoir identifier avaient tiré sur la foule durant cinq jours.

Du 1er au 6 octobre, selon le rapport officiel des autorités, 157 personnes --en grande majorité des manifestants-- ont été tuées.

Après 18 jours de calme pour le plus grand pèlerinage chiite du monde, la contestation a repris le 24 octobre.

Elle a eu cette fois-ci des airs de gigantesque désobéissance civile pacifique, émaillée de violences meurtrières lors d'attaques de QG de partis et de milices.

Mais depuis lundi, les violences ont repris de plus belle et mardi --signe de l'inquiétude autour d'une escalade-- les dirigeants du Kurdistan autonome, jusqu'ici resté à l'écart, ont rencontré dans leur région le président irakien Barham Saleh, lui-même Kurde.

Depuis quelques jours, la colère de la rue se concentre sur l'Iran, puissance agissante en Irak avec les Etats-Unis.

Le général Qassem Soleimani, commandant des forces chargées des opérations extérieures de l'armée idéologique iranienne, a multiplié les visites en Irak. Et les commentaires du guide suprême iranien Ali Khamenei, qui dénonce un "complot" américain et israélien, ont exacerbé l'ire des Irakiens.

"Ce sont les Iraniens qui dirigent le pays, on préfère mourir plutôt que de rester sous leur joug", lance mardi une manifestante sur la place Tahrir, où une potence et un "tribunal du peuple" symbolique ont été installés lundi soir.

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(AFP)

Plus de morts en Irak où internet est de nouveau coupé

Le 07 décembre 2019 à19:37

Modifié le 07 décembre 2019 à 19:37

De nouveaux morts, des affrontements aux abords de bâtiments officiels à Bagdad ou du principal port du pays et la coupure d'internet font redouter mardi que l'Irak, théâtre d'un mouvement réclamant "la chute du régime", ne plonge dans le chaos.

Depuis le début de ce mouvement spontané lancé il y a un peu plus d'un mois, plus de 270 personnes --en majorité des manifestants-- ont perdu la vie dans les violences, selon un bilan compilé par l'AFP.

Les autorités ont proposé réformes sociales et élections anticipées. Une commission chargée de rédiger des amendements constitutionnels a même commencé ses travaux mardi. Mais les manifestants réclament le départ de tous les responsables et un nouveau système politique.

Les protestataires ont afflué de nouveau mardi dans la capitale, assurant "ne pas avoir peur", après la mort en 36 heures d'au moins dix manifestants, tués par les forces de l'ordre à travers le pays, selon des sources médicales.

Et dans plusieurs villes du Sud, les administrations sont à l'arrêt en raison d'un mouvement de désobéissance civile.

- Port bloqué -

Lundi, des affrontements ont eu lieu dans la capitale entre manifestants et forces de l'ordre tirant à balles réelles, faisant deux morts, de source médicale.

Les heurts, qui se sont poursuivis jusque tard dans la nuit de lundi à mardi, ont notamment eu lieu sur des ponts menant vers l'ambassade d'Iran, le siège du gouvernement et les ministères des Affaires étrangères et de la Justice.

Dans la nuit, deux manifestants ont été tués par les forces de l'ordre à Nassiriya, selon des sources médicales.

Dans la province pétrolière de Bassora, les manifestants bloquent depuis plusieurs jours l'accès au port d'Oum Qasr --vital pour les importations. La plupart des navires l'ont quitté sans avoir pu décharger, de source portuaire.

Tôt mardi, les forces ont chargé pour disperser la foule, tuant deux manifestants, de source médicale.

Ailleurs dans le Sud, à Nassiriya, Kout et Diwaniya, les piquets de grève paralysent la totalité des administrations publiques, selon des correspondants de l'AFP.

Les autorités ont coupé internet de minuit à 9H00, puis l'ont de nouveau interrompu à la mi-journée.

"Ils ont déjà coupé internet et une fois de plus, ça ne servira à rien", assure mardi l'un d'eux, Ammar, 41 ans, à l'AFP sur la place Tahrir à Bagdad.

Internet avait été coupé du 3 au 17 octobre. Le blocus sur les réseaux sociaux continue depuis le 2 octobre, bien que contourné grâce à des applications VPN.

"Les dirigeants ne nous font pas peur, ce sont eux qui sont effrayés par nous, parce que nous sommes pacifiques", lance une manifestante à l'AFP. "Les tyrans passent mais les peuples restent", renchérit un vieil homme, keffieh sur la tête.

Le Sud chiite est particulièrement touché par le mouvement: quatre manifestants ont été tués dans la nuit de dimanche à lundi dans la ville sainte chiite de Kerbala, à 100 kilomètres au sud de Bagdad, où des protestataires avaient tenté d'incendier le consulat d'Iran, pays qui tire les ficelles du "régime" selon les manifestants.

- Tirs à balles réelles -

Les forces de l'ordre ont tiré avec balles réelles sur les protestataires, lors d'une journée qui a réveillé les douloureux souvenirs du début du mois.

Dans un pays alors coupé du monde --sans internet ni réseaux sociaux--, des snipers que l'Etat assure ne toujours pas pouvoir identifier avaient tiré sur la foule durant cinq jours.

Du 1er au 6 octobre, selon le rapport officiel des autorités, 157 personnes --en grande majorité des manifestants-- ont été tuées.

Après 18 jours de calme pour le plus grand pèlerinage chiite du monde, la contestation a repris le 24 octobre.

Elle a eu cette fois-ci des airs de gigantesque désobéissance civile pacifique, émaillée de violences meurtrières lors d'attaques de QG de partis et de milices.

Mais depuis lundi, les violences ont repris de plus belle et mardi --signe de l'inquiétude autour d'une escalade-- les dirigeants du Kurdistan autonome, jusqu'ici resté à l'écart, ont rencontré dans leur région le président irakien Barham Saleh, lui-même Kurde.

Depuis quelques jours, la colère de la rue se concentre sur l'Iran, puissance agissante en Irak avec les Etats-Unis.

Le général Qassem Soleimani, commandant des forces chargées des opérations extérieures de l'armée idéologique iranienne, a multiplié les visites en Irak. Et les commentaires du guide suprême iranien Ali Khamenei, qui dénonce un "complot" américain et israélien, ont exacerbé l'ire des Irakiens.

"Ce sont les Iraniens qui dirigent le pays, on préfère mourir plutôt que de rester sous leur joug", lance mardi une manifestante sur la place Tahrir, où une potence et un "tribunal du peuple" symbolique ont été installés lundi soir.

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