A Hong Kong, les "fake news" exacerbent la haine

(AFP)

Vidéos trafiquées pour tromper le public, meurtres imaginaires, informations biaisées: les Hongkongais sont assaillis par un déluge de fausses nouvelles sur internet, diffusées par le camp pro-démocratie comme par les pro-Pékin, et qui exacerbent la haine.

"Je pars du principe que tout est faux. Sauf si j'ai des sources des deux côtés et si plus de deux médias de confiance disent la même chose", témoigne Michael Wu, un Hongkongais de 27 ans.

Les membres de chaque camp tendent à se complaire dans leurs propres espaces de discussion en ligne, en vase clos, où ils s'échangent en boucle le même type d'informations.

"Même quand la vérité éclate, les gens sont encore prêts à croire n'importe quoi, du moment que ça fait avancer leur cause", déplore M. Wu.

Le mouvement de protestation a débuté en juin avec le rejet d'un projet de loi visant à autoriser les extraditions vers la Chine continentale. Celui-ci a depuis été suspendu, mais les manifestants ont élargi leurs revendications, et exigent notamment le suffrage universel.

Un responsable de Kauyim Media, une page Facebook qui fait de la vérification d'information sur l'actualité hongkongaise et compte 140.000 abonnés, juge que "la désinformation amplifie les peurs, la haine et la confusion parmi les Hongkongais".

- Suicide -

"Quand le mal est fait, il faut du temps pour rattraper le coup", affirme-t-il à l'AFP.

La propagation des rumeurs est alimentée par la profonde défiance des manifestants à l'égard de la police, accusée de violence disproportionnée.

Lorsque le corps d'une fille de 15 ans a été repêché dans le port de Hong Kong, des internautes ont lié l'incident aux manifestations. Malgré les images de vidéosurveillance et le démenti de sa mère assurant qu'il s'agit d'un suicide.

Début novembre, la mort d'un étudiant de 22 ans, tombé d'un parking à étages, a provoqué un tollé parmi les protestataires. Des rumeurs, également propagées par des élus sur Twitter, affirmaient sans preuve que l'homme avait été poussé par des policiers.

Le nouveau chef de la police hongkongaise, Chris Tang Ping-keung, a déclaré cette semaine que les fausses nouvelles pouvaient "porter atteinte à la crédibilité de la police".

Le camp d'en face n'est pas en reste, notamment les médias d'Etat chinois, hostiles aux protestataires qu'ils affublent invariablement du terme "d'émeutiers" -- qu'ils soient violents ou pacifiques.

Exemple avec une vidéo publiée sur le réseau social Weibo par la Ligue de la jeunesse communiste: elle montre des protestataires semblant menacer une vieille dame.

- 'Contenu manipulé' -

Après vérification, l'AFP a découvert que le clip a été monté. La personne âgée réprimandait en fait la police afin de protéger les manifestants.

"Le montage était très bien fait et c'est pourquoi les fausses nouvelles sont si malfaisantes", juge le caricaturiste chinois Badiucao, basé en Australie et devenu bête noire de Pékin.

Selon lui, les médias et réseaux sociaux de Chine continentale diffusent un "contenu manipulé" afin de "brosser un tableau trompeur des manifestants à Hong Kong".

Lorsque des émeutiers retranchés dans une université hongkongaise ont incendié le week-end dernier un véhicule de police, des photos prétendant montrer le conducteur affreusement brûlé se sont retrouvées sur internet en quelques heures.

Une manipulation, a découvert l'AFP: ce cliché date en fait de 2018 et provient de Malaisie.

"Un grand nombre de choses qu'on reçoit, on n'a aucun moyen de vérifier leur authenticité", explique à l'AFP une retraitée de 60 ans, qui dit être bombardée d'informations sur les réseaux sociaux à propos des manifestations. "Tu ne peux plus faire confiance à aucune source. Il y a trop d'informations, ça s'accumule dans ta tête. Et ce n'est pas très bon pour la santé."

ec-ry-rb-ceb/ehl/glr

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A Hong Kong, les "fake news" exacerbent la haine

Le 07 décembre 2019 à19:35

Modifié le 07 décembre 2019 à 19:35

Vidéos trafiquées pour tromper le public, meurtres imaginaires, informations biaisées: les Hongkongais sont assaillis par un déluge de fausses nouvelles sur internet, diffusées par le camp pro-démocratie comme par les pro-Pékin, et qui exacerbent la haine.

"Je pars du principe que tout est faux. Sauf si j'ai des sources des deux côtés et si plus de deux médias de confiance disent la même chose", témoigne Michael Wu, un Hongkongais de 27 ans.

Les membres de chaque camp tendent à se complaire dans leurs propres espaces de discussion en ligne, en vase clos, où ils s'échangent en boucle le même type d'informations.

"Même quand la vérité éclate, les gens sont encore prêts à croire n'importe quoi, du moment que ça fait avancer leur cause", déplore M. Wu.

Le mouvement de protestation a débuté en juin avec le rejet d'un projet de loi visant à autoriser les extraditions vers la Chine continentale. Celui-ci a depuis été suspendu, mais les manifestants ont élargi leurs revendications, et exigent notamment le suffrage universel.

Un responsable de Kauyim Media, une page Facebook qui fait de la vérification d'information sur l'actualité hongkongaise et compte 140.000 abonnés, juge que "la désinformation amplifie les peurs, la haine et la confusion parmi les Hongkongais".

- Suicide -

"Quand le mal est fait, il faut du temps pour rattraper le coup", affirme-t-il à l'AFP.

La propagation des rumeurs est alimentée par la profonde défiance des manifestants à l'égard de la police, accusée de violence disproportionnée.

Lorsque le corps d'une fille de 15 ans a été repêché dans le port de Hong Kong, des internautes ont lié l'incident aux manifestations. Malgré les images de vidéosurveillance et le démenti de sa mère assurant qu'il s'agit d'un suicide.

Début novembre, la mort d'un étudiant de 22 ans, tombé d'un parking à étages, a provoqué un tollé parmi les protestataires. Des rumeurs, également propagées par des élus sur Twitter, affirmaient sans preuve que l'homme avait été poussé par des policiers.

Le nouveau chef de la police hongkongaise, Chris Tang Ping-keung, a déclaré cette semaine que les fausses nouvelles pouvaient "porter atteinte à la crédibilité de la police".

Le camp d'en face n'est pas en reste, notamment les médias d'Etat chinois, hostiles aux protestataires qu'ils affublent invariablement du terme "d'émeutiers" -- qu'ils soient violents ou pacifiques.

Exemple avec une vidéo publiée sur le réseau social Weibo par la Ligue de la jeunesse communiste: elle montre des protestataires semblant menacer une vieille dame.

- 'Contenu manipulé' -

Après vérification, l'AFP a découvert que le clip a été monté. La personne âgée réprimandait en fait la police afin de protéger les manifestants.

"Le montage était très bien fait et c'est pourquoi les fausses nouvelles sont si malfaisantes", juge le caricaturiste chinois Badiucao, basé en Australie et devenu bête noire de Pékin.

Selon lui, les médias et réseaux sociaux de Chine continentale diffusent un "contenu manipulé" afin de "brosser un tableau trompeur des manifestants à Hong Kong".

Lorsque des émeutiers retranchés dans une université hongkongaise ont incendié le week-end dernier un véhicule de police, des photos prétendant montrer le conducteur affreusement brûlé se sont retrouvées sur internet en quelques heures.

Une manipulation, a découvert l'AFP: ce cliché date en fait de 2018 et provient de Malaisie.

"Un grand nombre de choses qu'on reçoit, on n'a aucun moyen de vérifier leur authenticité", explique à l'AFP une retraitée de 60 ans, qui dit être bombardée d'informations sur les réseaux sociaux à propos des manifestations. "Tu ne peux plus faire confiance à aucune source. Il y a trop d'informations, ça s'accumule dans ta tête. Et ce n'est pas très bon pour la santé."

ec-ry-rb-ceb/ehl/glr

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