"Le Mediator tue toujours": un nouveau décès dix ans après le retrait du médicament

(AFP)

Dix ans après son retrait du marché, "le Mediator tue toujours": une femme de 55 ans, qui a pris ce médicament de 2006 à 2009, est décédée des suites d'une lésion des valves cardiaques lundi, alors que se poursuit le procès de ce scandale sanitaire à Paris.

"Quand le scandale a éclaté, elle a eu peur. Elle disait: + J'espère que je ne suis pas dans le lot +", raconte à l'AFP la soeur de Mme B. (ses proches ont demandé de préserver son anonymat).

Elle sera enterrée en Haute-Garonne jeudi, le jour où pour la première fois depuis l'ouverture du procès le 23 septembre, des victimes vont s'avancer à la barre du tribunal correctionnel pour raconter leur vie après le Mediator.

Mme B. a pris du Mediator pendant trois ans, afin de soigner son diabète. Sa soeur se souvient qu'en "2010 ou 2011", elle a commencé à dire qu'elle n'était "pas bien". "Elle se plaignait de douleurs, d'insomnies. Elle était très essoufflée". Après des examens, une grave valvulopathie est identifiée. "Le Mediator l'a massacrée", accuse la soeur de la victime.

Le Mediator, commercialisé pendant trente-trois ans, jusqu'en 2009, par les laboratoires Servier, est tenu pour responsable de centaines de morts. Il a provoqué des HTAP (hypertension artérielle pulmonaire), une pathologie rare et grave, qui perturbe la circulation du sang à l'intérieur des poumons. Il est également à l'origine de valvulopathies, une maladie qui survient quand une ou plusieurs valvules cardiaques ne fonctionnent pas correctement.

Mme B. subit une première opération en 2012 pour une valvulopathie aortique. Elle se fait poser une prothèse. Son statut de travailleur handicapé lui est reconnu.

Sa soeur décrit "une battante", avec "une forte envie de vivre". "Elle avait une vie saine, faisait du sport. On allait marcher ensemble".

Deux ans plus tard, le collège d'experts de l'ONIAM (Office national des indemnisations des victimes d'accidents médicaux) fait le lien entre cette valvulopathie et la prise de Mediator, selon un rapport qu'a pu consulter l'AFP. En juillet 2015, Mme B. est indemnisée par les laboratoires Servier à hauteur de 40.000 euros.

- "Continuer le combat" -

Mais son état de santé se détériore encore. Mme B., avec son avocat Charles Joseph-Oudin, saisit à nouveau l'ONIAM en 2017 qui confirme la gravité de la situation. "L'aggravation du dommage (...) est imputable au Benfluorex", le principe actif du Mediator, concluent les experts. Ils estiment que son état nécessite qu'elle soit aidée 4 heures par jour "pour les actes de la vie courante". "La réparation des préjudices incombe à la société Les Laboratoires Servier ou à son assureur", ajoutent les experts.

Le 19 avril 2019, Mme B. et Servier signent un protocole transactionnel. Les laboratoires s'engagent à lui verser 48.360 euros "à titre d'indemnisation totale, ferme et définitive concernant l'intégralité des préjudices subis du fait de la prise du produit Mediator". Mais, se défendent-ils, ce versement "n'emporte de la part de la société aucune reconnaissance quant à l'existence d'une responsabilité quelle qu'elle soit".

En septembre, Mme B. doit être réopérée pour remplacer la valve mécanique. "Sa valve fuyait", explique sa sœur. "Même en parlant elle était essoufflée". "Elle était très inquiète avant cette opération. Elle disait: + Je vais m'en aller, mais pour les autres, j'espère que vous allez continuer le combat +".

L'opération a échoué: le cœur était trop abimé. Elle a fait un AVC, avec une période de coma. "Elle s'est battue pendant deux mois", raconte Me Joseph-Oudin. "Ce décès est incontestablement causé par le Mediator, responsable de la valvulopathie très grave. Cette affaire tellement triste illustre que le Mediator tue toujours, même dix ans après le retrait du marché", déplore l'avocat.

"Chaque décès qui pourrait être lié à la prise de Mediator constitue un drame et nous réitérons nos sincères regrets aux patients et à leur famille", ont réagi pour leur part les laboratoires Servier.

Ils sont jugés notamment pour "tromperie aggravée" et "homicides et blessures involontaires", une dernière qualification également retenue contre l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM, ex-Afssaps), poursuivie pour avoir tardé à suspendre le Mediator.

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(AFP)

"Le Mediator tue toujours": un nouveau décès dix ans après le retrait du médicament

Le 09 décembre 2019 à07:57

Modifié le 09 décembre 2019 à 07:57

Dix ans après son retrait du marché, "le Mediator tue toujours": une femme de 55 ans, qui a pris ce médicament de 2006 à 2009, est décédée des suites d'une lésion des valves cardiaques lundi, alors que se poursuit le procès de ce scandale sanitaire à Paris.

"Quand le scandale a éclaté, elle a eu peur. Elle disait: + J'espère que je ne suis pas dans le lot +", raconte à l'AFP la soeur de Mme B. (ses proches ont demandé de préserver son anonymat).

Elle sera enterrée en Haute-Garonne jeudi, le jour où pour la première fois depuis l'ouverture du procès le 23 septembre, des victimes vont s'avancer à la barre du tribunal correctionnel pour raconter leur vie après le Mediator.

Mme B. a pris du Mediator pendant trois ans, afin de soigner son diabète. Sa soeur se souvient qu'en "2010 ou 2011", elle a commencé à dire qu'elle n'était "pas bien". "Elle se plaignait de douleurs, d'insomnies. Elle était très essoufflée". Après des examens, une grave valvulopathie est identifiée. "Le Mediator l'a massacrée", accuse la soeur de la victime.

Le Mediator, commercialisé pendant trente-trois ans, jusqu'en 2009, par les laboratoires Servier, est tenu pour responsable de centaines de morts. Il a provoqué des HTAP (hypertension artérielle pulmonaire), une pathologie rare et grave, qui perturbe la circulation du sang à l'intérieur des poumons. Il est également à l'origine de valvulopathies, une maladie qui survient quand une ou plusieurs valvules cardiaques ne fonctionnent pas correctement.

Mme B. subit une première opération en 2012 pour une valvulopathie aortique. Elle se fait poser une prothèse. Son statut de travailleur handicapé lui est reconnu.

Sa soeur décrit "une battante", avec "une forte envie de vivre". "Elle avait une vie saine, faisait du sport. On allait marcher ensemble".

Deux ans plus tard, le collège d'experts de l'ONIAM (Office national des indemnisations des victimes d'accidents médicaux) fait le lien entre cette valvulopathie et la prise de Mediator, selon un rapport qu'a pu consulter l'AFP. En juillet 2015, Mme B. est indemnisée par les laboratoires Servier à hauteur de 40.000 euros.

- "Continuer le combat" -

Mais son état de santé se détériore encore. Mme B., avec son avocat Charles Joseph-Oudin, saisit à nouveau l'ONIAM en 2017 qui confirme la gravité de la situation. "L'aggravation du dommage (...) est imputable au Benfluorex", le principe actif du Mediator, concluent les experts. Ils estiment que son état nécessite qu'elle soit aidée 4 heures par jour "pour les actes de la vie courante". "La réparation des préjudices incombe à la société Les Laboratoires Servier ou à son assureur", ajoutent les experts.

Le 19 avril 2019, Mme B. et Servier signent un protocole transactionnel. Les laboratoires s'engagent à lui verser 48.360 euros "à titre d'indemnisation totale, ferme et définitive concernant l'intégralité des préjudices subis du fait de la prise du produit Mediator". Mais, se défendent-ils, ce versement "n'emporte de la part de la société aucune reconnaissance quant à l'existence d'une responsabilité quelle qu'elle soit".

En septembre, Mme B. doit être réopérée pour remplacer la valve mécanique. "Sa valve fuyait", explique sa sœur. "Même en parlant elle était essoufflée". "Elle était très inquiète avant cette opération. Elle disait: + Je vais m'en aller, mais pour les autres, j'espère que vous allez continuer le combat +".

L'opération a échoué: le cœur était trop abimé. Elle a fait un AVC, avec une période de coma. "Elle s'est battue pendant deux mois", raconte Me Joseph-Oudin. "Ce décès est incontestablement causé par le Mediator, responsable de la valvulopathie très grave. Cette affaire tellement triste illustre que le Mediator tue toujours, même dix ans après le retrait du marché", déplore l'avocat.

"Chaque décès qui pourrait être lié à la prise de Mediator constitue un drame et nous réitérons nos sincères regrets aux patients et à leur famille", ont réagi pour leur part les laboratoires Servier.

Ils sont jugés notamment pour "tromperie aggravée" et "homicides et blessures involontaires", une dernière qualification également retenue contre l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM, ex-Afssaps), poursuivie pour avoir tardé à suspendre le Mediator.

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