Mobilisation massive en France contre la réforme des retraites

(AFP)

Plusieurs centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue jeudi partout en France et des secteurs entiers d'activité ont tourné au ralenti dans le cadre d'une mobilisation massive contre la réforme des retraites, promesse phare du quinquennat d'Emmanuel Macron, avec des incidents dans la capitale.

En fin d'après-midi, on comptait plus de 510.000 manifestants dans environ 70 villes, selon un décompte de l'AFP à partir de sources policières et préfectorales, qui ne prenait pas encore en compte l'importante manifestation parisienne.

"C'est beau cette manifestation avec les avocats, les gilets jaunes, les soignants, les pompiers, ça fait plaisir", s'est réjoui Pascal Marichala, chercheur au CNRS venu en famille à Bordeaux, où 20.000 personnes ont battu le pavé selon la préfecture, 53.000 selon la CGT.

On comptait au moins 33.000 personnes à Toulouse, 25.000 à Marseille, 20.000 à Lyon. A Paris, où le chiffre de la préfecture n'était pas encore disponible en fin d'après-midi, la CGT annonçait 250.000 personnes.

"Ca me rappelle 68 ! C'est bourré, il y a plein de monde !", commentait Désiré, 79 ans, 59 ans de militantisme à Lutte ouvrière, dans le cortège parisien, très compact et encadré d'un important service d'ordre syndical et de quelque 6.000 policiers et gendarmes, en présence de "blacks blocs".

Vers 16H00, des incidents ont éclaté à Paris. Une remorque de chantier a été retournée et incendiée et plusieurs vitrines brisées non loin de la place de la République, tandis que les forces de l'ordre essuyaient des jets de projectile et répliquaient par des tirs de lacrymogène. A 17H00, la police recensait 87 interpellations et le parquet 57 personnes en garde à vue en marge de la manifestation. Une partie des manifestants a dû quitter le cortège très tôt, certains tentant de le rattraper par la suite et exprimant leur frustration vis-à-vis de la police ou des "black blocs".

En dépit des incidents, le Premier ministre, Edouard Philippe, a "rendu hommage" aux syndicats, notant que dans "un très grand nombre de villes", les manifestations "se sont bien passées car elles ont été bien organisées".

"C'est une très forte mobilisation dans le public comme dans le privé", s'est réjoui plus tôt Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, dans le carré de tête parisien.

Face au mouvement, le président Emmanuel Macron est "calme et déterminé à mener cette réforme, dans l'écoute et la consultation", a indiqué l'Élysée, précisant que "le Premier ministre s'exprimerait vers le milieu de la semaine prochaine sur l'architecture générale de la réforme".

"Il reste des marges de négociation", a assuré la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, précisant que le système prendrait en compte les "situations spécifiques".

A l'origine de la mobilisation, le futur "système universel" de retraites par points, censé remplacer les 42 régimes existants (général, des fonctionnaires, privés, spéciaux, autonomes, complémentaires). L'exécutif promet un système "plus lisible" et "plus juste", quand les opposants craignent une "précarisation" des retraités.

- Dans la durée? -

Plusieurs récents sondages ont montré que le mouvement, à l'appel de la CGT, FO, la FSU et Solidaires ainsi que plusieurs organisations de jeunesse, était majoritairement soutenu par les Français.

Pour Pierre Malige, 42 ans, professeur à l'université manifestant à Nantes, "on ouvre la voie à la capitalisation, parce qu'on va avoir une baisse des pensions".

Dans les transports, on comptait 90% de TGV et 80% de TER annulés, et 10 lignes du métro parisien fermées. Le taux de grévistes à la SNCF a atteint 55,6% en moyenne, jamais vu depuis 2007, et 85,7% parmi les conducteurs, selon la direction.

Sept des huit raffineries françaises étaient en grève et les compagnies aériennes ont été priées de réduire de 20% leur programme jeudi et vendredi. Air France a annoncé l'annulation de 30% de ses vols intérieurs et 10% de ses moyen-courriers.

Nombre d'écoles sont restées closes. Le ministère de l'Éducation a recensé 51,15% d'enseignants grévistes dans le primaire et 42,32% dans le secondaire. Une partie des enseignants seront de nouveau en grève vendredi, sans que des prévisions sur l'ampleur du mouvement soient disponibles jeudi après-midi.

Grève aussi dans la police à l'appel de plusieurs syndicats. Les fonctionnaires ont effectué un service minimum, bloquant certains commissariats.

A EDF, le taux de grévistes atteignait 43,9% selon la direction. La CGT évoquait des pointes à 80% dans certaines centrales nucléaires. Éboueurs, avocats, retraités ou transporteurs routiers avaient aussi appelé à l'action. De même que des "gilets jaunes", le PS, LFI, le RN ou le PCF.

- "Se mettre un peu sur la figure" -

Des syndicats peu coutumiers des manifestations étaient de la partie, dont des fédérations de l'Unsa, qui réuni 200 personnes lors d'un rassemblement à Paris. Des syndicats de la CFTC et la CFE-CGC ont aussi appelé à manifester.

Seule la CFDT continue de soutenir l'idée d'une réforme "universelle". Mais son secrétaire général, Laurent Berger, a regretté que "la logique qui prévaut, c'est quand même de se mettre un peu sur la figure avant de commencer à discuter".

Aucune amélioration du trafic dans les transports publics franciliens n'est à attendre vendredi. A la RATP, la reconduction du mouvement a été votée jusqu'à lundi et la direction prévoyait un trafic "extrêmement perturbé" vendredi avec 10 lignes de métro fermées, comme jeudi. A la SNCF, la direction prévoit encore 90% de TGV et 70% de TER annulés vendredi.

burs-bow-cel/bfa/map

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Mobilisation massive en France contre la réforme des retraites

Le 05 décembre 2019 à18:53

Plusieurs centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue jeudi partout en France et des secteurs entiers d'activité ont tourné au ralenti dans le cadre d'une mobilisation massive contre la réforme des retraites, promesse phare du quinquennat d'Emmanuel Macron, avec des incidents dans la capitale.

En fin d'après-midi, on comptait plus de 510.000 manifestants dans environ 70 villes, selon un décompte de l'AFP à partir de sources policières et préfectorales, qui ne prenait pas encore en compte l'importante manifestation parisienne.

"C'est beau cette manifestation avec les avocats, les gilets jaunes, les soignants, les pompiers, ça fait plaisir", s'est réjoui Pascal Marichala, chercheur au CNRS venu en famille à Bordeaux, où 20.000 personnes ont battu le pavé selon la préfecture, 53.000 selon la CGT.

On comptait au moins 33.000 personnes à Toulouse, 25.000 à Marseille, 20.000 à Lyon. A Paris, où le chiffre de la préfecture n'était pas encore disponible en fin d'après-midi, la CGT annonçait 250.000 personnes.

"Ca me rappelle 68 ! C'est bourré, il y a plein de monde !", commentait Désiré, 79 ans, 59 ans de militantisme à Lutte ouvrière, dans le cortège parisien, très compact et encadré d'un important service d'ordre syndical et de quelque 6.000 policiers et gendarmes, en présence de "blacks blocs".

Vers 16H00, des incidents ont éclaté à Paris. Une remorque de chantier a été retournée et incendiée et plusieurs vitrines brisées non loin de la place de la République, tandis que les forces de l'ordre essuyaient des jets de projectile et répliquaient par des tirs de lacrymogène. A 17H00, la police recensait 87 interpellations et le parquet 57 personnes en garde à vue en marge de la manifestation. Une partie des manifestants a dû quitter le cortège très tôt, certains tentant de le rattraper par la suite et exprimant leur frustration vis-à-vis de la police ou des "black blocs".

En dépit des incidents, le Premier ministre, Edouard Philippe, a "rendu hommage" aux syndicats, notant que dans "un très grand nombre de villes", les manifestations "se sont bien passées car elles ont été bien organisées".

"C'est une très forte mobilisation dans le public comme dans le privé", s'est réjoui plus tôt Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, dans le carré de tête parisien.

Face au mouvement, le président Emmanuel Macron est "calme et déterminé à mener cette réforme, dans l'écoute et la consultation", a indiqué l'Élysée, précisant que "le Premier ministre s'exprimerait vers le milieu de la semaine prochaine sur l'architecture générale de la réforme".

"Il reste des marges de négociation", a assuré la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, précisant que le système prendrait en compte les "situations spécifiques".

A l'origine de la mobilisation, le futur "système universel" de retraites par points, censé remplacer les 42 régimes existants (général, des fonctionnaires, privés, spéciaux, autonomes, complémentaires). L'exécutif promet un système "plus lisible" et "plus juste", quand les opposants craignent une "précarisation" des retraités.

- Dans la durée? -

Plusieurs récents sondages ont montré que le mouvement, à l'appel de la CGT, FO, la FSU et Solidaires ainsi que plusieurs organisations de jeunesse, était majoritairement soutenu par les Français.

Pour Pierre Malige, 42 ans, professeur à l'université manifestant à Nantes, "on ouvre la voie à la capitalisation, parce qu'on va avoir une baisse des pensions".

Dans les transports, on comptait 90% de TGV et 80% de TER annulés, et 10 lignes du métro parisien fermées. Le taux de grévistes à la SNCF a atteint 55,6% en moyenne, jamais vu depuis 2007, et 85,7% parmi les conducteurs, selon la direction.

Sept des huit raffineries françaises étaient en grève et les compagnies aériennes ont été priées de réduire de 20% leur programme jeudi et vendredi. Air France a annoncé l'annulation de 30% de ses vols intérieurs et 10% de ses moyen-courriers.

Nombre d'écoles sont restées closes. Le ministère de l'Éducation a recensé 51,15% d'enseignants grévistes dans le primaire et 42,32% dans le secondaire. Une partie des enseignants seront de nouveau en grève vendredi, sans que des prévisions sur l'ampleur du mouvement soient disponibles jeudi après-midi.

Grève aussi dans la police à l'appel de plusieurs syndicats. Les fonctionnaires ont effectué un service minimum, bloquant certains commissariats.

A EDF, le taux de grévistes atteignait 43,9% selon la direction. La CGT évoquait des pointes à 80% dans certaines centrales nucléaires. Éboueurs, avocats, retraités ou transporteurs routiers avaient aussi appelé à l'action. De même que des "gilets jaunes", le PS, LFI, le RN ou le PCF.

- "Se mettre un peu sur la figure" -

Des syndicats peu coutumiers des manifestations étaient de la partie, dont des fédérations de l'Unsa, qui réuni 200 personnes lors d'un rassemblement à Paris. Des syndicats de la CFTC et la CFE-CGC ont aussi appelé à manifester.

Seule la CFDT continue de soutenir l'idée d'une réforme "universelle". Mais son secrétaire général, Laurent Berger, a regretté que "la logique qui prévaut, c'est quand même de se mettre un peu sur la figure avant de commencer à discuter".

Aucune amélioration du trafic dans les transports publics franciliens n'est à attendre vendredi. A la RATP, la reconduction du mouvement a été votée jusqu'à lundi et la direction prévoyait un trafic "extrêmement perturbé" vendredi avec 10 lignes de métro fermées, comme jeudi. A la SNCF, la direction prévoit encore 90% de TGV et 70% de TER annulés vendredi.

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