Retraites: Philippe présente le projet mercredi, la mobilisation s'installe dans la durée

(AFP)

Face à une mobilisation qui ne faiblit pas contre la réforme des retraites, le Premier ministre a accéléré le calendrier et prévoit d'annoncer "l'intégralité" de son projet mercredi, au lendemain d'une deuxième journée de grèves et manifestations décidée par l'intersyndicale après l'essai réussi du 5 décembre.

Pressé de s'exprimer sur les contours de cette réforme discutée depuis deux ans, Édouard Philippe a annoncé vendredi que "l'intégralité du projet" serait présentée mercredi à 12H00 devant le Conseil économique, social et environnemental (Cese).

Sur le fond de la réforme, il n'a rien dévoilé, se montrant ferme sur "la disparition des régimes spéciaux" tout en se disant prêt à des "transitions progressives".

"Ma logique n'est pas, et ma logique ne sera jamais celle de la confrontation", a-t-il déclaré depuis Matignon, au lendemain d'une mobilisation qui a rassemblé au moins 800.000 personnes dans les rues, selon l'Intérieur, pour protester contre le futur "système universel" de retraite par points.

Tous les partenaires sociaux vont d'abord être reçus lundi par la ministre des Solidarités Agnès Buzyn et le haut-commissaire aux Retraites Jean-Paul Delevoye.

Il s'agira de "tirer les conclusions" de la concertation avec les différents acteurs, a précisé dans la matinée M. Delevoye, pour les remettre au Premier ministre et au président Emmanuel Macron, qui rendront leurs arbitrages.

Se montrant satisfaits de la mobilisation de jeudi, l'intersyndicale CGT, FO, Solidaires, FSU et quatre organisations de jeunesse ont appelé vendredi à une nouvelle grève interprofessionnelle le mardi 10 décembre, avec manifestations. Une nouvelle intersyndicale sera réunie le soir même pour "décider de la suite". La CFE-CGC, qui a participé à l'intersyndicale vendredi, a préféré de son côté attendre les annonces du gouvernement.

"Nous sommes déterminés, ce n'est pas un mouvement d'humeur de quelques jours", a assuré Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU, première fédération chez les enseignants, profession particulièrement remontée et présente dans les cortèges jeudi.

- "Revalorisation" pour les enseignants -

Le Premier ministre a d'ailleurs assuré aux enseignants une "revalorisation progressive" de leur traitement de façon à ce que leurs pensions de retraite ne baissent pas avec les nouvelles règles de calcul.

Beaucoup de profs étaient néanmoins retournés en salle de cours vendredi avant une nouvelle journée de grève mardi. Le taux de grévistes est tombé à 4,55% dans le primaire et 5,42% dans le secondaire (collèges et lycées), selon le ministère.

La contestation, d'ampleur, a touché les transports, l'éducation, la police, la justice mais aussi les entreprises privées. Ou encore les raffineries: au moins quatre (La Mède, Lavera, Grandpuits et Gonfreville) étaient de nouveau bloquées vendredi, selon la CGT.

Dans le secteur de l'énergie, les grèves reconduites vendredi ont surtout pour objectif de "préparer le temps fort de mardi", a indiqué à l'AFP Sébastien Menesplier de la CGT Énergie.

Deux syndicats, Alliance et Unsa Police, ont appelé leurs troupes "à continuer le service minimum" et "à se tenir prêts à toutes autres actions" pour défendre leur régime spécifique de retraite.

La situation dans les transports restait extrêmement perturbée. A Paris, la reconduction du mouvement à la RATP a été votée jusqu'à lundi et neuf lignes de métro restaient fermées, même si une légère amélioration était constatée.

Côté SNCF, près d'un tiers des cheminots étaient en grève vendredi, 87,2% des conducteurs, selon la direction et les nerfs des usagers des transports publics étaient parfois mis à rude épreuve.

"C'est un cauchemar, les gens sont encore plus fous que d'habitude. En arrivant à Gare du Nord, ils ne nous laissaient pas descendre", a commenté Lola, dans le RER B.

- Trafic SNCF perturbé samedi et dimanche -

Le trafic restera "très perturbé" samedi et dimanche avec 5 TGV sur 6 annulés, 85% des Transilien supprimés, et 1 ou 2 TER sur dix en circulation en moyenne, selon la SNCF. L'entreprise a recommandé "aux voyageurs qui le peuvent d'annuler ou de reporter leurs déplacements".

Les trois syndicats représentatifs ayant appelé ensemble à la grève illimitée, la CGT-Cheminots, l'Unsa ferroviaire et SUD-Rail, se réuniront de nouveau samedi à 10H00 au siège de la CGT.

La RATP a annoncé un service "extrêmement perturbé" tout le week-end et "très perturbé" lundi.

Les routes de l'agglomération parisienne totalisaient plus de 560 km de bouchons vendredi à 17H30, après un pic dans la matinée.

Dans les airs, Air France a annoncé l'annulation vendredi de 30% de ses vols intérieurs et 10% de ses moyen-courriers, EasyJet, Transavia et Ryanair laissant également des avions au sol. Les compagnies aériennes ont été priées de réduire de 20% leur programme.

La journée de samedi devrait être plus calme: seuls des retards et perturbations sont à prévoir, selon des prévisions de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC).

A l'origine de la colère: le "système universel" de retraite par points censé remplacer à partir de 2025 les 42 régimes de retraites existants (général, des fonctionnaires, privés, spéciaux, autonomes, complémentaires).

L'exécutif promet un dispositif "plus juste", quand les opposants redoutent une "précarisation" des retraités. Côté syndicats, seule la CFDT continue de soutenir l'idée d'un régime "universel".

burs-jlo/lum/sp

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Retraites: Philippe présente le projet mercredi, la mobilisation s'installe dans la durée

Le 19 janvier 2020 à13:49

Modifié le 19 janvier 2020 à 13:49

Face à une mobilisation qui ne faiblit pas contre la réforme des retraites, le Premier ministre a accéléré le calendrier et prévoit d'annoncer "l'intégralité" de son projet mercredi, au lendemain d'une deuxième journée de grèves et manifestations décidée par l'intersyndicale après l'essai réussi du 5 décembre.

Pressé de s'exprimer sur les contours de cette réforme discutée depuis deux ans, Édouard Philippe a annoncé vendredi que "l'intégralité du projet" serait présentée mercredi à 12H00 devant le Conseil économique, social et environnemental (Cese).

Sur le fond de la réforme, il n'a rien dévoilé, se montrant ferme sur "la disparition des régimes spéciaux" tout en se disant prêt à des "transitions progressives".

"Ma logique n'est pas, et ma logique ne sera jamais celle de la confrontation", a-t-il déclaré depuis Matignon, au lendemain d'une mobilisation qui a rassemblé au moins 800.000 personnes dans les rues, selon l'Intérieur, pour protester contre le futur "système universel" de retraite par points.

Tous les partenaires sociaux vont d'abord être reçus lundi par la ministre des Solidarités Agnès Buzyn et le haut-commissaire aux Retraites Jean-Paul Delevoye.

Il s'agira de "tirer les conclusions" de la concertation avec les différents acteurs, a précisé dans la matinée M. Delevoye, pour les remettre au Premier ministre et au président Emmanuel Macron, qui rendront leurs arbitrages.

Se montrant satisfaits de la mobilisation de jeudi, l'intersyndicale CGT, FO, Solidaires, FSU et quatre organisations de jeunesse ont appelé vendredi à une nouvelle grève interprofessionnelle le mardi 10 décembre, avec manifestations. Une nouvelle intersyndicale sera réunie le soir même pour "décider de la suite". La CFE-CGC, qui a participé à l'intersyndicale vendredi, a préféré de son côté attendre les annonces du gouvernement.

"Nous sommes déterminés, ce n'est pas un mouvement d'humeur de quelques jours", a assuré Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU, première fédération chez les enseignants, profession particulièrement remontée et présente dans les cortèges jeudi.

- "Revalorisation" pour les enseignants -

Le Premier ministre a d'ailleurs assuré aux enseignants une "revalorisation progressive" de leur traitement de façon à ce que leurs pensions de retraite ne baissent pas avec les nouvelles règles de calcul.

Beaucoup de profs étaient néanmoins retournés en salle de cours vendredi avant une nouvelle journée de grève mardi. Le taux de grévistes est tombé à 4,55% dans le primaire et 5,42% dans le secondaire (collèges et lycées), selon le ministère.

La contestation, d'ampleur, a touché les transports, l'éducation, la police, la justice mais aussi les entreprises privées. Ou encore les raffineries: au moins quatre (La Mède, Lavera, Grandpuits et Gonfreville) étaient de nouveau bloquées vendredi, selon la CGT.

Dans le secteur de l'énergie, les grèves reconduites vendredi ont surtout pour objectif de "préparer le temps fort de mardi", a indiqué à l'AFP Sébastien Menesplier de la CGT Énergie.

Deux syndicats, Alliance et Unsa Police, ont appelé leurs troupes "à continuer le service minimum" et "à se tenir prêts à toutes autres actions" pour défendre leur régime spécifique de retraite.

La situation dans les transports restait extrêmement perturbée. A Paris, la reconduction du mouvement à la RATP a été votée jusqu'à lundi et neuf lignes de métro restaient fermées, même si une légère amélioration était constatée.

Côté SNCF, près d'un tiers des cheminots étaient en grève vendredi, 87,2% des conducteurs, selon la direction et les nerfs des usagers des transports publics étaient parfois mis à rude épreuve.

"C'est un cauchemar, les gens sont encore plus fous que d'habitude. En arrivant à Gare du Nord, ils ne nous laissaient pas descendre", a commenté Lola, dans le RER B.

- Trafic SNCF perturbé samedi et dimanche -

Le trafic restera "très perturbé" samedi et dimanche avec 5 TGV sur 6 annulés, 85% des Transilien supprimés, et 1 ou 2 TER sur dix en circulation en moyenne, selon la SNCF. L'entreprise a recommandé "aux voyageurs qui le peuvent d'annuler ou de reporter leurs déplacements".

Les trois syndicats représentatifs ayant appelé ensemble à la grève illimitée, la CGT-Cheminots, l'Unsa ferroviaire et SUD-Rail, se réuniront de nouveau samedi à 10H00 au siège de la CGT.

La RATP a annoncé un service "extrêmement perturbé" tout le week-end et "très perturbé" lundi.

Les routes de l'agglomération parisienne totalisaient plus de 560 km de bouchons vendredi à 17H30, après un pic dans la matinée.

Dans les airs, Air France a annoncé l'annulation vendredi de 30% de ses vols intérieurs et 10% de ses moyen-courriers, EasyJet, Transavia et Ryanair laissant également des avions au sol. Les compagnies aériennes ont été priées de réduire de 20% leur programme.

La journée de samedi devrait être plus calme: seuls des retards et perturbations sont à prévoir, selon des prévisions de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC).

A l'origine de la colère: le "système universel" de retraite par points censé remplacer à partir de 2025 les 42 régimes de retraites existants (général, des fonctionnaires, privés, spéciaux, autonomes, complémentaires).

L'exécutif promet un dispositif "plus juste", quand les opposants redoutent une "précarisation" des retraités. Côté syndicats, seule la CFDT continue de soutenir l'idée d'un régime "universel".

burs-jlo/lum/sp

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