Le retour au bercail des médecins cubains, un coup dur pour l'île

(AFP)

En un an, 9.000 médecins cubains employés à l'étranger ont dû rentrer chez eux après l'annulation de leurs contrats, applaudie par Washington qui dénonce un système esclavagiste et politisé: pour l'île, c'est un coup dur politique et financier.

Après le Brésil en 2018, le Salvador, l'Equateur et la Bolivie ont mis fin au programme, l'un des plus emblématiques de Cuba, qui a envoyé depuis 1963 plus de 400.000 professionnels de santé dans 164 pays.

Pour La Havane, le coupable est évident: Donald Trump. "La croisade du gouvernement américain contre la coopération médicale internationale de Cuba est une injure", a tweeté jeudi le ministre des Affaires étrangères Bruno Rodriguez.

Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a d'ailleurs félicité les pays concernés "pour avoir refusé de permettre au régime de Cuba de bénéficier du trafic de médecins", dont "75% du salaire" est gardé par les autorités cubaines, selon le sous-secrétaire Michael Kozak.

Les Etats-Unis accusent le gouvernement socialiste d'"exploiter une main d'oeuvre esclave" et d'utiliser parfois ces docteurs comme militants politiques dans leur pays d'affectation. Leur allié, le président brésilien d'extrême-droite Jair Bolsonaro, affirme que parmi les rangs des médecins s'étaient infiltrés des agents du renseignement.

Mais Cuba pâtit aussi de la reconfiguration politique de l'Amérique latine, qui a largement basculé à droite.

- Principale source de revenus -

Dans le cas de la Bolivie et du Salvador, l'envoi de médecins était un service fourni gratuitement par l'île à ses alliés.

"Des milliers de patients se retrouvent privés de services médicaux", regrettait la docteure Luisa Garcia à son retour de La Paz. Elle et ses collègues ont été accueillis comme des héros par une délégation officielle à l'aéroport.

En Equateur toutefois, les 382 professionnels dont le contrat a été rompu étaient payés par le gouvernement local, de même que les 8.000 médecins qui ont quitté fin 2018 le Brésil.

La facture de ces retours forcés? Elle n'apparaît pas encore dans les statistiques officielles, qui faisaient état de recettes de 6,398 milliards de dollars en 2018. Cette somme permet de financer la gratuité du système de santé local.

L'envoi de médecins à l'étranger "reste la principale source de revenus externes pour l'économie, et ce sont des contrats difficiles à relocaliser car ils dépendent d'accords avec les gouvernements, très sensibles aux cycles politiques", observe l'économiste cubain Pavel Vidal, de l'Université Javeriana en Colombie.

Dans un entretien à l'AFP, le docteur Michael Cabrera, sous-directeur de l'Unité centrale de coopération médicale - organisme d'Etat qui supervise l'envoi de médecins cubains à l'étranger -, se veut confiant.

"On savait qu'on n'allait pas continuer au Brésil et nous avons préparé (2019) en fonction de cette réalité (...). Nous sommes en ligne avec nos prévisions, à l'exception du Brésil qui évidemment représente un pourcentage parmi toutes nos opérations", explique-t-il.

- Taux de désertion faible -

Alors que Washington dénonce les menaces contre les professionnels souhaitant quitter le programme, le docteur Cabrera rappelle qu'un médecin travaillant à l'étranger obtient "des bénéfices supérieurs à ceux qu'il peut obtenir à Cuba": il reçoit pour son alimentation 300 à 900 dollars par mois, selon le pays, outre son salaire, d'environ 50 dollars, qu'il continue de toucher sur l'île.

Au retour, il retrouve son poste et peut importer facilement de l'électroménager.

En 2018, 34.000 professionnels de santé cubain travaillaient dans 66 pays, avec un taux de désertion faible selon le docteur Cabrera. Habituellement "plus de 95%" d'entre eux reviennent, "99%" depuis 2016.

Fin novembre, ils étaient 29.071 dans 63 pays, dont 22 où le programme est gratuit, financé par Cuba.

Premier récepteur: le Venezuela, qui accueille 20.070 professionnels de santé, dont 5.322 médecins.

A l'avenir, Cuba espère gonfler son contingent en Chine, en Arabie Saoudite, au Koweit, au Vietnam et en Afrique du Sud.

En encourageant les pays à renoncer aux médecins cubains, les Etats-Unis, qui ont renforcé leur embargo contre l'île, en vigueur depuis 1962, poursuivent leur "agression économique contre Cuba, comme (les sanctions contre) le tourisme et l'envoi d'argent des Cubains de l'étranger", avec comme objectif de "priver Cuba de revenus", explique le politologue Esteban Morales.

La prochaine étape pourrait être de réactiver le programme "Parole", suspendu en 2015, qui accueillait les médecins cubains désertant à l'étranger: la politique de Trump "a été en augmentant et on peut donc s'y attendre", selon Morales.

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Le retour au bercail des médecins cubains, un coup dur pour l'île

Le 06 décembre 2019 à23:30

En un an, 9.000 médecins cubains employés à l'étranger ont dû rentrer chez eux après l'annulation de leurs contrats, applaudie par Washington qui dénonce un système esclavagiste et politisé: pour l'île, c'est un coup dur politique et financier.

Après le Brésil en 2018, le Salvador, l'Equateur et la Bolivie ont mis fin au programme, l'un des plus emblématiques de Cuba, qui a envoyé depuis 1963 plus de 400.000 professionnels de santé dans 164 pays.

Pour La Havane, le coupable est évident: Donald Trump. "La croisade du gouvernement américain contre la coopération médicale internationale de Cuba est une injure", a tweeté jeudi le ministre des Affaires étrangères Bruno Rodriguez.

Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a d'ailleurs félicité les pays concernés "pour avoir refusé de permettre au régime de Cuba de bénéficier du trafic de médecins", dont "75% du salaire" est gardé par les autorités cubaines, selon le sous-secrétaire Michael Kozak.

Les Etats-Unis accusent le gouvernement socialiste d'"exploiter une main d'oeuvre esclave" et d'utiliser parfois ces docteurs comme militants politiques dans leur pays d'affectation. Leur allié, le président brésilien d'extrême-droite Jair Bolsonaro, affirme que parmi les rangs des médecins s'étaient infiltrés des agents du renseignement.

Mais Cuba pâtit aussi de la reconfiguration politique de l'Amérique latine, qui a largement basculé à droite.

- Principale source de revenus -

Dans le cas de la Bolivie et du Salvador, l'envoi de médecins était un service fourni gratuitement par l'île à ses alliés.

"Des milliers de patients se retrouvent privés de services médicaux", regrettait la docteure Luisa Garcia à son retour de La Paz. Elle et ses collègues ont été accueillis comme des héros par une délégation officielle à l'aéroport.

En Equateur toutefois, les 382 professionnels dont le contrat a été rompu étaient payés par le gouvernement local, de même que les 8.000 médecins qui ont quitté fin 2018 le Brésil.

La facture de ces retours forcés? Elle n'apparaît pas encore dans les statistiques officielles, qui faisaient état de recettes de 6,398 milliards de dollars en 2018. Cette somme permet de financer la gratuité du système de santé local.

L'envoi de médecins à l'étranger "reste la principale source de revenus externes pour l'économie, et ce sont des contrats difficiles à relocaliser car ils dépendent d'accords avec les gouvernements, très sensibles aux cycles politiques", observe l'économiste cubain Pavel Vidal, de l'Université Javeriana en Colombie.

Dans un entretien à l'AFP, le docteur Michael Cabrera, sous-directeur de l'Unité centrale de coopération médicale - organisme d'Etat qui supervise l'envoi de médecins cubains à l'étranger -, se veut confiant.

"On savait qu'on n'allait pas continuer au Brésil et nous avons préparé (2019) en fonction de cette réalité (...). Nous sommes en ligne avec nos prévisions, à l'exception du Brésil qui évidemment représente un pourcentage parmi toutes nos opérations", explique-t-il.

- Taux de désertion faible -

Alors que Washington dénonce les menaces contre les professionnels souhaitant quitter le programme, le docteur Cabrera rappelle qu'un médecin travaillant à l'étranger obtient "des bénéfices supérieurs à ceux qu'il peut obtenir à Cuba": il reçoit pour son alimentation 300 à 900 dollars par mois, selon le pays, outre son salaire, d'environ 50 dollars, qu'il continue de toucher sur l'île.

Au retour, il retrouve son poste et peut importer facilement de l'électroménager.

En 2018, 34.000 professionnels de santé cubain travaillaient dans 66 pays, avec un taux de désertion faible selon le docteur Cabrera. Habituellement "plus de 95%" d'entre eux reviennent, "99%" depuis 2016.

Fin novembre, ils étaient 29.071 dans 63 pays, dont 22 où le programme est gratuit, financé par Cuba.

Premier récepteur: le Venezuela, qui accueille 20.070 professionnels de santé, dont 5.322 médecins.

A l'avenir, Cuba espère gonfler son contingent en Chine, en Arabie Saoudite, au Koweit, au Vietnam et en Afrique du Sud.

En encourageant les pays à renoncer aux médecins cubains, les Etats-Unis, qui ont renforcé leur embargo contre l'île, en vigueur depuis 1962, poursuivent leur "agression économique contre Cuba, comme (les sanctions contre) le tourisme et l'envoi d'argent des Cubains de l'étranger", avec comme objectif de "priver Cuba de revenus", explique le politologue Esteban Morales.

La prochaine étape pourrait être de réactiver le programme "Parole", suspendu en 2015, qui accueillait les médecins cubains désertant à l'étranger: la politique de Trump "a été en augmentant et on peut donc s'y attendre", selon Morales.

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