En Bolivie, l'ancien bastion indigène de Morales qui ne veut plus d'"Evo"

(AFP)

A deux heures de route de La Paz, les habitants d'Achacachi, longtemps un bastion indigène de l'ex-président bolivien, ne veulent plus d'Evo Morales et des dirigeants de son parti "autoritaires" et "corrompus".

Le bâtiment de la mairie, sur la place principale, est abandonné depuis 2017. Les vitres ont toutes été brisées. Cette année-là, l'édile Edgar Ramos, membre du Mouvement vers le socialisme (MAS) de l'ancien chef de l'Etat, a fui au milieu d'accusations de corruption.

Peu après, la police et les services du parquet local ont abandonné cette ville de 46.000 personnes, aux maisons en briques et aux rues poussiéreuses. Depuis, Achacachi, située à plus de 4.000 mètres d'altitude sur l'Altiplano, s'autogouverne à travers des assemblées de quartiers.

Les habitants, en majorité indigènes, se souviennent avec un certain effroi de l'explosion de violence lorsqu'ils ont commencé à demander des comptes au maire.

Car Achacachi est aussi le bastion des "Ponchos rojos" (Ponchos rouges), une milice indigène aymara fidèle à l'ex-président. Ces hommes sont donc sortis en défense du maire en 2017 et ont mis la ville à feu et a sang, racontent les locaux.

Les affrontement ont duré plusieurs jours, avec des saccages, des voitures et des maisons incendiées, dont celle de l'édile. La police a fini par intervenir, en faisant appel à de gros renforts.

"Nous ne voulons pas qu'Evo revienne, il a été très méchant, il a fait beaucoup de mal au peuple. On a peur de parler, beaucoup de choses sont arrivées (...) il y a eu beaucoup de violences, des boutiques pillées et personne n'a su nous écouter", déclare une jeune indigène, qui ne souhaite pas donner son nom.

Le résultat controversé de la présidentielle bolivienne du 20 octobre, favorable à Evo Morales, a provoqué de violentes manifestations dans le pays, qui ont fait au total 33 morts et des centaines de blessés.

Sous la pression de la rue, M. Morales, lâché par l'armée et la police, a démissionné le 10 novembre. Le premier président indigène de la Bolivie, réfugié au Mexique depuis, dénonce un "coup d'Etat".

- "On était aveuglés" -

Au début de l'ère Morales, son parti pouvait faire campagne à Achacachi sans aucun problème. Mais le camp de l'ex-président a perdu des adeptes au fil des presque 14 ans de présidence.

Lorsqu'il est arrivé pour la première fois au pouvoir, en 2006, le président aymara avait été intronisé "chef suprême des Indiens des Andes" au cours d'une cérémonie religieuse dans les ruines pré-incas de Tiwanaku, non loin du lac sacré Titicaca, qui borde Achacachi.

"La première fois, nous pensions que, comme il était indigène, il allait être bon avec nous, mais ça n'a pas été comme ça", confie une vendeuse de fruits et légumes du marché. Elle refuse de donner son nom, car à Achacachi "tout le monde se connaît".

"J'ai vu beaucoup d'autoritarisme, beaucoup de corruption durant ces années. Et si tu disais quoi que ce soit, tu étais pourchassé", ajoute-t-elle.

Malgré l'absence d'autorités dans la ville, les boutiques sont ouvertes, la banque fonctionne et les restaurants proposent des plats à base de truite. Elles sont pêchées dans le Titicaca, le lac navigable le plus haut du monde, à 3.812 mètres, juste à côté.

Pamela Ramos, une étudiante de 23 ans, fait partie de ceux qui soutiennent encore Evo Morales. "Evo nous a aidé avec des logements, en nous donnant du travail. Il a soutenu les pauvres", fait-elle valoir.

Mais Materia Espinoza, 73 ans, assure que les "bonnes choses", c'était surtout au début. "Après, il y a eu beaucoup de corruption, beaucoup de division", raconte-t-elle.

Elle ne sait pas encore pour qui elle votera lors des prochaines élections, que doit organiser le gouvernement de transition de Jeanine Añez. Elle se réjouit en revanche que l'ancien président n'y participe pas.

Et elle prévient le futur gouvernement : "Avant, on était aveuglés. On échangeait notre vote contre une livre de sucre, mais ce n'est plus le cas. Si un gouvernement fait les choses mal, on le chassera, comme monsieur Evo".

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En Bolivie, l'ancien bastion indigène de Morales qui ne veut plus d'"Evo"

Le 07 décembre 2019 à08:16

A deux heures de route de La Paz, les habitants d'Achacachi, longtemps un bastion indigène de l'ex-président bolivien, ne veulent plus d'Evo Morales et des dirigeants de son parti "autoritaires" et "corrompus".

Le bâtiment de la mairie, sur la place principale, est abandonné depuis 2017. Les vitres ont toutes été brisées. Cette année-là, l'édile Edgar Ramos, membre du Mouvement vers le socialisme (MAS) de l'ancien chef de l'Etat, a fui au milieu d'accusations de corruption.

Peu après, la police et les services du parquet local ont abandonné cette ville de 46.000 personnes, aux maisons en briques et aux rues poussiéreuses. Depuis, Achacachi, située à plus de 4.000 mètres d'altitude sur l'Altiplano, s'autogouverne à travers des assemblées de quartiers.

Les habitants, en majorité indigènes, se souviennent avec un certain effroi de l'explosion de violence lorsqu'ils ont commencé à demander des comptes au maire.

Car Achacachi est aussi le bastion des "Ponchos rojos" (Ponchos rouges), une milice indigène aymara fidèle à l'ex-président. Ces hommes sont donc sortis en défense du maire en 2017 et ont mis la ville à feu et a sang, racontent les locaux.

Les affrontement ont duré plusieurs jours, avec des saccages, des voitures et des maisons incendiées, dont celle de l'édile. La police a fini par intervenir, en faisant appel à de gros renforts.

"Nous ne voulons pas qu'Evo revienne, il a été très méchant, il a fait beaucoup de mal au peuple. On a peur de parler, beaucoup de choses sont arrivées (...) il y a eu beaucoup de violences, des boutiques pillées et personne n'a su nous écouter", déclare une jeune indigène, qui ne souhaite pas donner son nom.

Le résultat controversé de la présidentielle bolivienne du 20 octobre, favorable à Evo Morales, a provoqué de violentes manifestations dans le pays, qui ont fait au total 33 morts et des centaines de blessés.

Sous la pression de la rue, M. Morales, lâché par l'armée et la police, a démissionné le 10 novembre. Le premier président indigène de la Bolivie, réfugié au Mexique depuis, dénonce un "coup d'Etat".

- "On était aveuglés" -

Au début de l'ère Morales, son parti pouvait faire campagne à Achacachi sans aucun problème. Mais le camp de l'ex-président a perdu des adeptes au fil des presque 14 ans de présidence.

Lorsqu'il est arrivé pour la première fois au pouvoir, en 2006, le président aymara avait été intronisé "chef suprême des Indiens des Andes" au cours d'une cérémonie religieuse dans les ruines pré-incas de Tiwanaku, non loin du lac sacré Titicaca, qui borde Achacachi.

"La première fois, nous pensions que, comme il était indigène, il allait être bon avec nous, mais ça n'a pas été comme ça", confie une vendeuse de fruits et légumes du marché. Elle refuse de donner son nom, car à Achacachi "tout le monde se connaît".

"J'ai vu beaucoup d'autoritarisme, beaucoup de corruption durant ces années. Et si tu disais quoi que ce soit, tu étais pourchassé", ajoute-t-elle.

Malgré l'absence d'autorités dans la ville, les boutiques sont ouvertes, la banque fonctionne et les restaurants proposent des plats à base de truite. Elles sont pêchées dans le Titicaca, le lac navigable le plus haut du monde, à 3.812 mètres, juste à côté.

Pamela Ramos, une étudiante de 23 ans, fait partie de ceux qui soutiennent encore Evo Morales. "Evo nous a aidé avec des logements, en nous donnant du travail. Il a soutenu les pauvres", fait-elle valoir.

Mais Materia Espinoza, 73 ans, assure que les "bonnes choses", c'était surtout au début. "Après, il y a eu beaucoup de corruption, beaucoup de division", raconte-t-elle.

Elle ne sait pas encore pour qui elle votera lors des prochaines élections, que doit organiser le gouvernement de transition de Jeanine Añez. Elle se réjouit en revanche que l'ancien président n'y participe pas.

Et elle prévient le futur gouvernement : "Avant, on était aveuglés. On échangeait notre vote contre une livre de sucre, mais ce n'est plus le cas. Si un gouvernement fait les choses mal, on le chassera, comme monsieur Evo".

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