Handke, fustigé pour son révisionnisme et ses positions pro-serbes, reçoit le Nobel de littérature à Stockholm

(AFP)

En décidant en octobre de décerner le Nobel de littérature 2019 au romancier autrichien, l'Académie suédoise a suscité une vague d'indignation dans les Balkans et dans le monde en raison du soutien de l'intéressé à l'ex-homme fort de Belgrade, Slobodan Milosevic.

Jusqu'au président turc Recep Tayyip Erdogan, qui s'est dit révulsé par ce Nobel, lequel à ses yeux "n'a aucune valeur". "Remettre le prix Nobel de littérature pendant la journée des droits de l'homme à un personnage qui nie le génocide en Bosnie-Herzégovine revient à récompenser des violations des droits de l'homme", a-t-il déclaré mardi à la télévision turque.

Cette polémique éclipserait presque la lauréate 2018, la Polonaise Olga Tokarczuk, quinzième femme à recevoir la prestigieuse récompense depuis sa création en 1901. Le prix 2018 a été dévoilé en même temps que celui de Handke, après son report l'an dernier dû à une affaire de viol et de divisions internes qui a fait imploser l'académie.

Âgé de 77 ans, Peter Handke doit recevoir sa récompense des mains du roi Carl XVI Gustaf lors d'une cérémonie avec les lauréats des autres prix, à l'exception du prix de la paix remis un peu plus tôt à Oslo au Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed pour sa main tendue à son voisin érythréen.

Les célébrations culmineront avec un somptueux banquet auquel sont invités 1.200 convives triés sur le volet.

- Boycotts et démission -

L'Académie suédoise a salué en Peter Handke "un des écrivains les plus influents d'Europe depuis la Seconde Guerre mondiale" et selon le président de son comité Nobel, Anders Olsson, Handke "n'est pas un écrivain politique".

Une membre du comité Nobel de littérature, Gun-Britt Sundström, a néanmoins annoncé début décembre sa démission pour marquer son désaccord.

Et un éminent académicien, Peter Englund, a fait savoir qu'il n'assisterait pas aux cérémonies. "Célébrer le prix Nobel de Peter Handke serait pure hypocrisie de ma part", a-t-il expliqué.

Secrétaire perpétuel de l'Académie suédoise entre 2009 et 2015, M. Englund a couvert les conflits des années 1990 dans les Balkans pour des journaux suédois.

Les ambassadeurs du Kosovo, d'Albanie, de Turquie et de Croatie ont également annoncé boycotter les festivités.

En 1996, un an après la fin des conflits en Bosnie et en Croatie, Peter Handke avait publié un pamphlet, "Justice pour la Serbie", qui avait suscité la polémique. Et il s'était rendu en 2006 aux funérailles de Milosevic, décédé avant d'entendre son verdict pour crimes de guerre devant la justice internationale.

- Manifestations à Stockholm -

Des centaines de personnes doivent participer à 18H00 (17H00 GMT) à une manifestation anti-Handke en plein coeur de Stockholm, tandis qu'un premier rassemblement est prévu à partir de 14H00 aux abords de Konserthuset, où se tiendra la cérémonie de remise des prix.

"Il a le droit d'écrire ce qu'il veut. Le problème, c'est qu'il est honoré pour ses écrits", a réagi l'organisatrice de l'une des manifestations, Teufika Sabanovic, interrogée par l'AFP.

Née en 1990, elle a perdu son père et la plupart de ses proches lors du génocide de Srebrenica, où 8.000 hommes et adolescents bosniaques musulmans ont été tués par les forces serbes de Bosnie en juillet 1995. "Il défend les criminels de guerre, il accepte le génocide, il accepte les négationnistes du génocide. Où est la limite de ce qui est acceptable?", s'est-elle interrogée.

Le quotidien suédois de référence, Dagens Nyheter (DN), a publié mardi à la Une une photo de mères de Srebrenica se recueillant sur les tombes de leurs fils, mari ou père, ainsi qu'un reportage de deux pages dans le village martyr.

Dans les pages culture du journal, l'écrivain Jasenko Selimovic, né à Sarajevo et réfugié en Suède en 1992, estime que l'honneur fait à Peter Handke "va hanter l'Académie suédoise pour l'éternité". "Le prix Nobel m'a renvoyé à la réalité" du siège de Sarajevo par les forces serbes, écrit-il.

Lors de la traditionnelle conférence de presse des lauréats du prix de littérature avant les cérémonies du 10 décembre vendredi, l'écrivain a esquivé la polémique sur ses positions, affirmant aimer "la littérature, pas les opinions".

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(AFP)

Handke, fustigé pour son révisionnisme et ses positions pro-serbes, reçoit le Nobel de littérature à Stockholm

Le 10 décembre 2019 à15:05

En décidant en octobre de décerner le Nobel de littérature 2019 au romancier autrichien, l'Académie suédoise a suscité une vague d'indignation dans les Balkans et dans le monde en raison du soutien de l'intéressé à l'ex-homme fort de Belgrade, Slobodan Milosevic.

Jusqu'au président turc Recep Tayyip Erdogan, qui s'est dit révulsé par ce Nobel, lequel à ses yeux "n'a aucune valeur". "Remettre le prix Nobel de littérature pendant la journée des droits de l'homme à un personnage qui nie le génocide en Bosnie-Herzégovine revient à récompenser des violations des droits de l'homme", a-t-il déclaré mardi à la télévision turque.

Cette polémique éclipserait presque la lauréate 2018, la Polonaise Olga Tokarczuk, quinzième femme à recevoir la prestigieuse récompense depuis sa création en 1901. Le prix 2018 a été dévoilé en même temps que celui de Handke, après son report l'an dernier dû à une affaire de viol et de divisions internes qui a fait imploser l'académie.

Âgé de 77 ans, Peter Handke doit recevoir sa récompense des mains du roi Carl XVI Gustaf lors d'une cérémonie avec les lauréats des autres prix, à l'exception du prix de la paix remis un peu plus tôt à Oslo au Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed pour sa main tendue à son voisin érythréen.

Les célébrations culmineront avec un somptueux banquet auquel sont invités 1.200 convives triés sur le volet.

- Boycotts et démission -

L'Académie suédoise a salué en Peter Handke "un des écrivains les plus influents d'Europe depuis la Seconde Guerre mondiale" et selon le président de son comité Nobel, Anders Olsson, Handke "n'est pas un écrivain politique".

Une membre du comité Nobel de littérature, Gun-Britt Sundström, a néanmoins annoncé début décembre sa démission pour marquer son désaccord.

Et un éminent académicien, Peter Englund, a fait savoir qu'il n'assisterait pas aux cérémonies. "Célébrer le prix Nobel de Peter Handke serait pure hypocrisie de ma part", a-t-il expliqué.

Secrétaire perpétuel de l'Académie suédoise entre 2009 et 2015, M. Englund a couvert les conflits des années 1990 dans les Balkans pour des journaux suédois.

Les ambassadeurs du Kosovo, d'Albanie, de Turquie et de Croatie ont également annoncé boycotter les festivités.

En 1996, un an après la fin des conflits en Bosnie et en Croatie, Peter Handke avait publié un pamphlet, "Justice pour la Serbie", qui avait suscité la polémique. Et il s'était rendu en 2006 aux funérailles de Milosevic, décédé avant d'entendre son verdict pour crimes de guerre devant la justice internationale.

- Manifestations à Stockholm -

Des centaines de personnes doivent participer à 18H00 (17H00 GMT) à une manifestation anti-Handke en plein coeur de Stockholm, tandis qu'un premier rassemblement est prévu à partir de 14H00 aux abords de Konserthuset, où se tiendra la cérémonie de remise des prix.

"Il a le droit d'écrire ce qu'il veut. Le problème, c'est qu'il est honoré pour ses écrits", a réagi l'organisatrice de l'une des manifestations, Teufika Sabanovic, interrogée par l'AFP.

Née en 1990, elle a perdu son père et la plupart de ses proches lors du génocide de Srebrenica, où 8.000 hommes et adolescents bosniaques musulmans ont été tués par les forces serbes de Bosnie en juillet 1995. "Il défend les criminels de guerre, il accepte le génocide, il accepte les négationnistes du génocide. Où est la limite de ce qui est acceptable?", s'est-elle interrogée.

Le quotidien suédois de référence, Dagens Nyheter (DN), a publié mardi à la Une une photo de mères de Srebrenica se recueillant sur les tombes de leurs fils, mari ou père, ainsi qu'un reportage de deux pages dans le village martyr.

Dans les pages culture du journal, l'écrivain Jasenko Selimovic, né à Sarajevo et réfugié en Suède en 1992, estime que l'honneur fait à Peter Handke "va hanter l'Académie suédoise pour l'éternité". "Le prix Nobel m'a renvoyé à la réalité" du siège de Sarajevo par les forces serbes, écrit-il.

Lors de la traditionnelle conférence de presse des lauréats du prix de littérature avant les cérémonies du 10 décembre vendredi, l'écrivain a esquivé la polémique sur ses positions, affirmant aimer "la littérature, pas les opinions".

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