Espagne: jugé pour rébellion, l'ex-chef de la police catalane se défend

(AFP)

L'ex-chef de la police catalane s'est défendu lundi, à l'ouverture de son procès pour rébellion, d'avoir assisté sans rien faire au processus indépendantiste mené par le gouvernement séparatiste de Carles Puigdemont en 2017.

Ancien chef des Mossos d'Esquadra, Josep Lluis Trapero, risque jusqu'à 11 ans de prison. Son procès a démarré dans la matinée devant le haut tribunal de l'Audience Nationale à San Fernando de Henares, près de Madrid.

Le parquet reproche à la police régionale sa "passivité totale" à l'heure d'empêcher le référendum d'autodétermination du 1er octobre 2017 organisé par le gouvernement indépendantiste catalan et interdit par la justice.

Ce référendum, émaillé de violences de la part des forces de l'ordre nationales, avait été suivi moins d'un mois plus tard par une vaine déclaration d'indépendance du parlement catalan qui a provoqué la pire crise politique vécue par l'Espagne depuis la chute du franquisme en 1975.

"Je ne peux pas accepter qu'on parle de passivité" des Mossos, a lancé M. Trapero devant le tribunal, en assurant avoir toujours "fait ce que (la justice) nous a ordonné".

Deux autres responsables de la police et du ministère catalan de l'Intérieur, Pere Soler et César Puig, sont également accusés de rébellion et risquent aussi 11 ans. La quatrième accusée, Teresa Laplana, un officier de police, est accusée de sédition et risque quatre ans de prison.

Ce procès s'est ouvert trois mois après la condamnation le 14 octobre à de lourdes peines de prison de neuf dirigeants indépendantistes. Elle avait entraîné des manifestations parfois violentes dans la riche région du nord-est, maintenue en ébullition depuis dix ans par les séparatistes.

Dans un précédent qui pourrait bénéficier à M. Trapero, la Cour suprême avait écarté le chef d'accusation de rébellion contre ces neuf dirigeants et opté pour celui de sédition, passible de peines moins lourdes. Le procureur Pedro Rubira a indiqué lundi qu'il se prononcerait sur ce point durant le procès.

Les audiences doivent durer jusqu'au 19 mars. Certains des dirigeants indépendantistes en prison ont été appelés à témoigner.

M. Trapero s'était déjà défendu lors du procès des dirigeants indépendantistes en affirmant que le dispositif mis en place par les Mossos "n'avait aucunement pour intention de faciliter le référendum".

Prenant ses distances avec les anciens dirigeants catalans, dont il a dénoncé l'"irresponsabilité", il avait en outre assuré que ses troupes s'étaient tenues prêtes à arrêter l'ancien président catalan Carles Puigdemont si l'ordre leur en avait été donné. Ce dernier a fui en Belgique pour échapper aux poursuites après l'échec de la tentative de sécession.

Dès la déclaration d'indépendance, Madrid avait démis le gouvernement catalan et M. Trapero, dissous le parlement régional et suspendu l'autonomie de la région.

Deux mois plus tôt, le chef des Mossos faisait figure de héros pour avoir capturé les auteurs d'attentats revendiqués par le groupe jihadiste Etat islamique, qui avaient tué 16 personnes en Catalogne.

- Changement de ton gouvernemental -

Ce nouveau procès sur la tentative de sécession de 2017 coïncide à une semaine près avec la prise de fonction, le lundi précédent, du nouveau gouvernement de Pedro Sanchez. Celui-ci doit sa reconduction au pouvoir à l'appui d'une partie des séparatistes catalans.

En échange de cet appui, le socialiste a promis la mise en place d'une négociation destinée à trouver une solution au "conflit politique" en Catalogne et affiché sa volonté d'arrêter d'attaquer systématiquement en justice les initiatives des séparatistes catalans, comme l'avait fait jusqu'ici le gouvernement central.

Dans ce contexte, M. Sanchez va faire nommer son ancienne ministre de la Justice, Dolores Delgado, à la tête du parquet général. L'institution pourra avoir de l'influence dans les affaires en cours, dont un autre procès à venir contre des membres du bureau du parlement catalan, et dans l'éventuelle obtention par les séparatistes emprisonnés de régimes de semi-liberté.

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Espagne: jugé pour rébellion, l'ex-chef de la police catalane se défend

Le 28 février 2020 à10:33

Modifié le 28 février 2020 à 10:33

L'ex-chef de la police catalane s'est défendu lundi, à l'ouverture de son procès pour rébellion, d'avoir assisté sans rien faire au processus indépendantiste mené par le gouvernement séparatiste de Carles Puigdemont en 2017.

Ancien chef des Mossos d'Esquadra, Josep Lluis Trapero, risque jusqu'à 11 ans de prison. Son procès a démarré dans la matinée devant le haut tribunal de l'Audience Nationale à San Fernando de Henares, près de Madrid.

Le parquet reproche à la police régionale sa "passivité totale" à l'heure d'empêcher le référendum d'autodétermination du 1er octobre 2017 organisé par le gouvernement indépendantiste catalan et interdit par la justice.

Ce référendum, émaillé de violences de la part des forces de l'ordre nationales, avait été suivi moins d'un mois plus tard par une vaine déclaration d'indépendance du parlement catalan qui a provoqué la pire crise politique vécue par l'Espagne depuis la chute du franquisme en 1975.

"Je ne peux pas accepter qu'on parle de passivité" des Mossos, a lancé M. Trapero devant le tribunal, en assurant avoir toujours "fait ce que (la justice) nous a ordonné".

Deux autres responsables de la police et du ministère catalan de l'Intérieur, Pere Soler et César Puig, sont également accusés de rébellion et risquent aussi 11 ans. La quatrième accusée, Teresa Laplana, un officier de police, est accusée de sédition et risque quatre ans de prison.

Ce procès s'est ouvert trois mois après la condamnation le 14 octobre à de lourdes peines de prison de neuf dirigeants indépendantistes. Elle avait entraîné des manifestations parfois violentes dans la riche région du nord-est, maintenue en ébullition depuis dix ans par les séparatistes.

Dans un précédent qui pourrait bénéficier à M. Trapero, la Cour suprême avait écarté le chef d'accusation de rébellion contre ces neuf dirigeants et opté pour celui de sédition, passible de peines moins lourdes. Le procureur Pedro Rubira a indiqué lundi qu'il se prononcerait sur ce point durant le procès.

Les audiences doivent durer jusqu'au 19 mars. Certains des dirigeants indépendantistes en prison ont été appelés à témoigner.

M. Trapero s'était déjà défendu lors du procès des dirigeants indépendantistes en affirmant que le dispositif mis en place par les Mossos "n'avait aucunement pour intention de faciliter le référendum".

Prenant ses distances avec les anciens dirigeants catalans, dont il a dénoncé l'"irresponsabilité", il avait en outre assuré que ses troupes s'étaient tenues prêtes à arrêter l'ancien président catalan Carles Puigdemont si l'ordre leur en avait été donné. Ce dernier a fui en Belgique pour échapper aux poursuites après l'échec de la tentative de sécession.

Dès la déclaration d'indépendance, Madrid avait démis le gouvernement catalan et M. Trapero, dissous le parlement régional et suspendu l'autonomie de la région.

Deux mois plus tôt, le chef des Mossos faisait figure de héros pour avoir capturé les auteurs d'attentats revendiqués par le groupe jihadiste Etat islamique, qui avaient tué 16 personnes en Catalogne.

- Changement de ton gouvernemental -

Ce nouveau procès sur la tentative de sécession de 2017 coïncide à une semaine près avec la prise de fonction, le lundi précédent, du nouveau gouvernement de Pedro Sanchez. Celui-ci doit sa reconduction au pouvoir à l'appui d'une partie des séparatistes catalans.

En échange de cet appui, le socialiste a promis la mise en place d'une négociation destinée à trouver une solution au "conflit politique" en Catalogne et affiché sa volonté d'arrêter d'attaquer systématiquement en justice les initiatives des séparatistes catalans, comme l'avait fait jusqu'ici le gouvernement central.

Dans ce contexte, M. Sanchez va faire nommer son ancienne ministre de la Justice, Dolores Delgado, à la tête du parquet général. L'institution pourra avoir de l'influence dans les affaires en cours, dont un autre procès à venir contre des membres du bureau du parlement catalan, et dans l'éventuelle obtention par les séparatistes emprisonnés de régimes de semi-liberté.

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