Venezuela: reconnaître Guaido comme président, mais payer ses impôts à Maduro

(AFP)

Impôts, armée, diplomatie: cela fait un an que Juan Guaido revendique la présidence par intérim du Venezuela, mais les fonctions régaliennes sont toujours assurées par Nicolas Maduro, en dépit des aspirations de nombreux Vénézuéliens et d'une partie de la communauté internationale.

"On voudrait le changement (...). Le pays va mal, mais rien ne change", se lamente Alberto Gonzalez, rencontré au sortir d'un hôtel des impôts à Caracas. S'il se dit "fatigué" de la crise que traverse le Venezuela, il n'a pas d'autre choix que de continuer à payer ses taxes au fisc, contrôlé par le pouvoir chaviste.

Dans les locaux que quitte M. Fernandez les portraits de Nicolas Maduro sont accrochés à côté de ceux de son mentor, le défunt président Hugo Chavez (1999-2013), comme dans toutes les administrations publiques.

Un symbole, mais pour le politologue Miguel Angel Latouche, il y a plus. En vingt ans de pouvoir, le chavisme a mis l'ensemble des institutions publiques "au service de son propre projet", estime-t-il.

Hugo Chavez, puis Nicolas Maduro depuis 2013, ont ainsi mis en place et renforcé les "communes", des organisations destinées à gérer les quartiers sur le mode de l'autogestion avec une forte connotation idéologique.

En face, l'opposition n'est pas parvenue à construire un discours propre à séduire les secteurs de la société vénézuélienne "colonisés" par le chavisme, explique Miguel Angel Latouche. Comme l'armée.

Rebaptisée Forces armées nationales bolivariennes par Hugo Chavez - un ancien lieutenant-colonel - l'armée est la clef de voûte du système vénézuélien. Avec un officier supérieur à la tête de la compagnie publique PDVSA, elle contrôle ainsi la formidable manne pétrolière.

Et l'état-major reste loyal à Nicolas Maduro. Ainsi, lorsque le 30 avril dernier, Juan Guaido a appelé l'armée à se soulever, les casernes n'ont pas bougé.

Ni son appel aux troupes, ni les manifestations qu'il parvenait à organiser début 2019 n'ont permis à l'opposant de renverser Nicolas Maduro, qu'il qualifie d'"usurpateur" en raison de sa réélection "frauduleuse" en 2018.

La popularité de Juan Guaido auprès des Vénézuéliens a chuté de 63% en janvier 2019 à 38,9% en décembre, selon l'institut Datanalisis.

"Sa stratégie (...) n'a pas marché", note Alexander Main du Centre pour la recherche économique et politique à Washington. "Il n'a pas plus de contrôle territorial et institutionnel qu'il n'en avait" le 23 janvier 2019 lorsqu'il s'est proclamé président par intérim.

-"Bien, mais pas suffisant"-

Une cinquantaine de pays, dont les Etats-Unis, reconnaissent Juan Guaido comme président par intérim. Le président colombien Ivan Duque et le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo lui ont d'ailleurs redit leur soutien lundi lors d'un déplacement à Bogota qu'il a effectué malgré une interdiction de sortie du Venezuela.

L'administration Trump mise sur les sanctions pour évincer Nicolas Maduro, dont un embargo sur le pétrole. Les exportations de brut du Venezuela ont été plombées et Nicolas Maduro a été obligé de réorienter ses envois vers deux alliés traditionnels, la Chine et la Russie.

Les Etats-Unis et le gouvernement Maduro n'ont plus de relations depuis que Donald Trump a apporté son soutien à Juan Guaido l'an dernier. Washington traite désormais avec Carlos Vecchio, le représentant de l'opposant dans la capitale américaine.

Pourtant, plus d'un pays qui soutient Juan Guaido continue d'entretenir des relations commerciales et consulaires avec le pouvoir chaviste.

Le Pérou reconnaît le statut d'"ambassadeur légitime" à l'envoyé de Juan Guaido. Mais au ministère des Affaires étrangères péruvien, on admet que des liens existent toujours avec le gouvernement Maduro "pour protéger les Péruviens au Venezuela et accueillir les Vénézuéliens qui souhaitent obtenir un visa" pour des raisons humanitaires.

Même chose à Madrid. Le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez a accepté un "ambassadeur" de Juan Guaido, mais il s'agit d'une "relation protocolaire", car la relation "fonctionnelle continue d'exister avec l'administration Maduro", relate une source aux Affaires étrangères.

A en croire Alexander Main, certains pays pro-Guaido cherchent "un moyen de rétablir des relations" avec le pouvoir chaviste mais le font "discrètement parce qu'ils souhaitent maintenir de bonnes relations" avec Washington.

En ce sens, le voyage à l'étranger de Juan Guaido, qui devrait notamment le mener à Bruxelles et au Forum économique mondial (WEF) à Davos, montre qu'il jouit toujours d'un large soutien international.

"C'est bien, mais ça n'est pas suffisant", conclut Miguel Angel Latouche.

Quoi de neuf ?
La carte de l'épidémie de coronavirus en temps réel
Rendez-vous Partenaires
(AFP)

Venezuela: reconnaître Guaido comme président, mais payer ses impôts à Maduro

Le 21 janvier 2020 à10:38

Impôts, armée, diplomatie: cela fait un an que Juan Guaido revendique la présidence par intérim du Venezuela, mais les fonctions régaliennes sont toujours assurées par Nicolas Maduro, en dépit des aspirations de nombreux Vénézuéliens et d'une partie de la communauté internationale.

"On voudrait le changement (...). Le pays va mal, mais rien ne change", se lamente Alberto Gonzalez, rencontré au sortir d'un hôtel des impôts à Caracas. S'il se dit "fatigué" de la crise que traverse le Venezuela, il n'a pas d'autre choix que de continuer à payer ses taxes au fisc, contrôlé par le pouvoir chaviste.

Dans les locaux que quitte M. Fernandez les portraits de Nicolas Maduro sont accrochés à côté de ceux de son mentor, le défunt président Hugo Chavez (1999-2013), comme dans toutes les administrations publiques.

Un symbole, mais pour le politologue Miguel Angel Latouche, il y a plus. En vingt ans de pouvoir, le chavisme a mis l'ensemble des institutions publiques "au service de son propre projet", estime-t-il.

Hugo Chavez, puis Nicolas Maduro depuis 2013, ont ainsi mis en place et renforcé les "communes", des organisations destinées à gérer les quartiers sur le mode de l'autogestion avec une forte connotation idéologique.

En face, l'opposition n'est pas parvenue à construire un discours propre à séduire les secteurs de la société vénézuélienne "colonisés" par le chavisme, explique Miguel Angel Latouche. Comme l'armée.

Rebaptisée Forces armées nationales bolivariennes par Hugo Chavez - un ancien lieutenant-colonel - l'armée est la clef de voûte du système vénézuélien. Avec un officier supérieur à la tête de la compagnie publique PDVSA, elle contrôle ainsi la formidable manne pétrolière.

Et l'état-major reste loyal à Nicolas Maduro. Ainsi, lorsque le 30 avril dernier, Juan Guaido a appelé l'armée à se soulever, les casernes n'ont pas bougé.

Ni son appel aux troupes, ni les manifestations qu'il parvenait à organiser début 2019 n'ont permis à l'opposant de renverser Nicolas Maduro, qu'il qualifie d'"usurpateur" en raison de sa réélection "frauduleuse" en 2018.

La popularité de Juan Guaido auprès des Vénézuéliens a chuté de 63% en janvier 2019 à 38,9% en décembre, selon l'institut Datanalisis.

"Sa stratégie (...) n'a pas marché", note Alexander Main du Centre pour la recherche économique et politique à Washington. "Il n'a pas plus de contrôle territorial et institutionnel qu'il n'en avait" le 23 janvier 2019 lorsqu'il s'est proclamé président par intérim.

-"Bien, mais pas suffisant"-

Une cinquantaine de pays, dont les Etats-Unis, reconnaissent Juan Guaido comme président par intérim. Le président colombien Ivan Duque et le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo lui ont d'ailleurs redit leur soutien lundi lors d'un déplacement à Bogota qu'il a effectué malgré une interdiction de sortie du Venezuela.

L'administration Trump mise sur les sanctions pour évincer Nicolas Maduro, dont un embargo sur le pétrole. Les exportations de brut du Venezuela ont été plombées et Nicolas Maduro a été obligé de réorienter ses envois vers deux alliés traditionnels, la Chine et la Russie.

Les Etats-Unis et le gouvernement Maduro n'ont plus de relations depuis que Donald Trump a apporté son soutien à Juan Guaido l'an dernier. Washington traite désormais avec Carlos Vecchio, le représentant de l'opposant dans la capitale américaine.

Pourtant, plus d'un pays qui soutient Juan Guaido continue d'entretenir des relations commerciales et consulaires avec le pouvoir chaviste.

Le Pérou reconnaît le statut d'"ambassadeur légitime" à l'envoyé de Juan Guaido. Mais au ministère des Affaires étrangères péruvien, on admet que des liens existent toujours avec le gouvernement Maduro "pour protéger les Péruviens au Venezuela et accueillir les Vénézuéliens qui souhaitent obtenir un visa" pour des raisons humanitaires.

Même chose à Madrid. Le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez a accepté un "ambassadeur" de Juan Guaido, mais il s'agit d'une "relation protocolaire", car la relation "fonctionnelle continue d'exister avec l'administration Maduro", relate une source aux Affaires étrangères.

A en croire Alexander Main, certains pays pro-Guaido cherchent "un moyen de rétablir des relations" avec le pouvoir chaviste mais le font "discrètement parce qu'ils souhaitent maintenir de bonnes relations" avec Washington.

En ce sens, le voyage à l'étranger de Juan Guaido, qui devrait notamment le mener à Bruxelles et au Forum économique mondial (WEF) à Davos, montre qu'il jouit toujours d'un large soutien international.

"C'est bien, mais ça n'est pas suffisant", conclut Miguel Angel Latouche.

Quoi de neuf ?
La carte de l'épidémie de coronavirus en temps réel

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.