Le Liban toujours en attente d'un nouveau gouvernement: quels obstacles?

(AFP)

Le Liban est confronté à une grave crise économique, un mouvement de contestation inédit qui dure depuis des mois et des pressions internationales pour des réformes crédibles. Pourtant, malgré l'urgence, les politiciens tardent toujours à former un nouveau gouvernement.

Dans un pays habitué aux tractations politiques interminables, quels obstacles retardent le processus? La formation d'un gouvernement pourrait-elle enfin représenter une sortie de crise?

- Pourquoi le blocage?

Le Liban attend un nouveau gouvernement depuis la démission du Premier ministre Saad Hariri le 29 octobre, deux semaines après le début de manifestations de masse dénonçant l'ensemble de la classe politique, accusée de corruption et d'incompétence.

Après des semaines de tergiversations, Hassan Diab, professeur d'ingénierie et ancien ministre de l'Education, a finalement été chargé le 19 décembre de former un gouvernement.

M. Diab s'est engagé à choisir des technocrates indépendants, comme le réclame la rue, et à former son équipe sous six semaines. Mais c'était sans compter sur les complications directement engendrées par les partis ayant appuyé sa nomination.

Dans un pays multiconfessionnel où la répartition des portefeuilles assure une représentation des différentes communautés, former le gouvernement peut prendre des allures de "partage du gâteau", rappelle Sami Nader, directeur de l'Institut du Levant pour les affaires stratégiques, basé à Beyrouth.

Les manifestants mobilisés depuis le 17 octobre ont crié haut et fort leur rejet de ces marchandages. Mais les habitudes ont la vie dure, et les politiciens semblent faire la sourde oreille.

"Nous assistons au même modus operandi -- la même logique confessionnelle et partisane pour le partage des parts", poursuit M. Nader.

Les partis politiques sont notamment contre une proposition de M. Diab d'un gouvernement de 18 ministres --contre 30 actuellement--, estimant que cela entraverait la représentation de certains.

Deux petits partis, le mouvement Marada et le parti social nationaliste syrien, alliés du puissant mouvement chiite Hezbollah, ont été particulièrement engagés sur la question, craignant d'être lésés.

Hassan Diab doit encore se prononcer sur une contre-proposition concernant un gouvernement de 20 ministres, susceptible de satisfaire les différents partis.

- Quel gouvernement?

M. Diab s'est certes engagé à former un gouvernement d'indépendants, mais le pari semble impossible, estime Hilal Khashan, professeur de Sciences politiques.

"Un gouvernement composé exclusivement de technocrates, c'est un voeu pieux", poursuit-il. "Derrière chaque candidat, il y a un parti politique soutenant sa nomination."

Le chef politique chrétien Sleimane Frangieh, à la tête du mouvement Marada, a reconnu mardi qu'un gouvernement d'experts indépendants n'était "pas réaliste".

"Nos partenaires politiques nomment des gens qui les représentent", a-t-il dit en conférence de presse pour justifier le fait de réclamer deux ministres et non un seul.

"Le mouvement populaire devrait nous laisser une chance, les noms proposés sont bons", a-t-il encore argué.

"Ce sont les bonnes vieilles habitudes de la politique libanaise, les marchandages en coulisse, les tractations âpres dans les arrières-boutiques", résume le politologue Karim Bitar.

- Nouveau gouvernement, sortie de crise?

Pour la nouvelle équipe, les défis abondent, surtout sur le plan économique.

Dans un pays croulant sous la dette publique, il faudra des réformes structurelles, attendues notamment pour débloquer des milliards d'aides et de dons promis par la communauté internationale.

Il faut aussi enrayer une dépréciation de la livre libanaise, qui a perdu plus d'un tiers de sa valeur face au dollar dans les bureaux de change. Et gérer le manque de confiance du public vis-à-vis du système bancaire, qui a adopté des restrictions draconiennes sur les retraits.

La formation d'un gouvernement ne signifie pas non plus la fin de l'impasse politique: des mastodontes comme le mouvement du Futur de M. Hariri ont annoncé qu'ils refusaient de faire partie de la nouvelle équipe.

Cela fait craindre une hégémonie du Hezbollah et de ses alliés. Avec, pour conséquence, un possible manque de soutien à l'international, crucial pour le pays, l'organisation chiite ou sa branche armée étant classée comme "terroriste" par certains puissances occidentales.

"La tâche qui attend tout cabinet durant cette grave période est herculéenne", confirme Karim Mufti, chercheur en Sciences politiques.

"Au vu de la nature multidimensionnelle de la crise, il semble difficile d'envisager des solutions à court terme aux problèmes financiers, économiques et sociaux du pays", dit-il.

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Le Liban toujours en attente d'un nouveau gouvernement: quels obstacles?

Le 25 février 2020 à13:16

Modifié le 25 février 2020 à 13:16

Le Liban est confronté à une grave crise économique, un mouvement de contestation inédit qui dure depuis des mois et des pressions internationales pour des réformes crédibles. Pourtant, malgré l'urgence, les politiciens tardent toujours à former un nouveau gouvernement.

Dans un pays habitué aux tractations politiques interminables, quels obstacles retardent le processus? La formation d'un gouvernement pourrait-elle enfin représenter une sortie de crise?

- Pourquoi le blocage?

Le Liban attend un nouveau gouvernement depuis la démission du Premier ministre Saad Hariri le 29 octobre, deux semaines après le début de manifestations de masse dénonçant l'ensemble de la classe politique, accusée de corruption et d'incompétence.

Après des semaines de tergiversations, Hassan Diab, professeur d'ingénierie et ancien ministre de l'Education, a finalement été chargé le 19 décembre de former un gouvernement.

M. Diab s'est engagé à choisir des technocrates indépendants, comme le réclame la rue, et à former son équipe sous six semaines. Mais c'était sans compter sur les complications directement engendrées par les partis ayant appuyé sa nomination.

Dans un pays multiconfessionnel où la répartition des portefeuilles assure une représentation des différentes communautés, former le gouvernement peut prendre des allures de "partage du gâteau", rappelle Sami Nader, directeur de l'Institut du Levant pour les affaires stratégiques, basé à Beyrouth.

Les manifestants mobilisés depuis le 17 octobre ont crié haut et fort leur rejet de ces marchandages. Mais les habitudes ont la vie dure, et les politiciens semblent faire la sourde oreille.

"Nous assistons au même modus operandi -- la même logique confessionnelle et partisane pour le partage des parts", poursuit M. Nader.

Les partis politiques sont notamment contre une proposition de M. Diab d'un gouvernement de 18 ministres --contre 30 actuellement--, estimant que cela entraverait la représentation de certains.

Deux petits partis, le mouvement Marada et le parti social nationaliste syrien, alliés du puissant mouvement chiite Hezbollah, ont été particulièrement engagés sur la question, craignant d'être lésés.

Hassan Diab doit encore se prononcer sur une contre-proposition concernant un gouvernement de 20 ministres, susceptible de satisfaire les différents partis.

- Quel gouvernement?

M. Diab s'est certes engagé à former un gouvernement d'indépendants, mais le pari semble impossible, estime Hilal Khashan, professeur de Sciences politiques.

"Un gouvernement composé exclusivement de technocrates, c'est un voeu pieux", poursuit-il. "Derrière chaque candidat, il y a un parti politique soutenant sa nomination."

Le chef politique chrétien Sleimane Frangieh, à la tête du mouvement Marada, a reconnu mardi qu'un gouvernement d'experts indépendants n'était "pas réaliste".

"Nos partenaires politiques nomment des gens qui les représentent", a-t-il dit en conférence de presse pour justifier le fait de réclamer deux ministres et non un seul.

"Le mouvement populaire devrait nous laisser une chance, les noms proposés sont bons", a-t-il encore argué.

"Ce sont les bonnes vieilles habitudes de la politique libanaise, les marchandages en coulisse, les tractations âpres dans les arrières-boutiques", résume le politologue Karim Bitar.

- Nouveau gouvernement, sortie de crise?

Pour la nouvelle équipe, les défis abondent, surtout sur le plan économique.

Dans un pays croulant sous la dette publique, il faudra des réformes structurelles, attendues notamment pour débloquer des milliards d'aides et de dons promis par la communauté internationale.

Il faut aussi enrayer une dépréciation de la livre libanaise, qui a perdu plus d'un tiers de sa valeur face au dollar dans les bureaux de change. Et gérer le manque de confiance du public vis-à-vis du système bancaire, qui a adopté des restrictions draconiennes sur les retraits.

La formation d'un gouvernement ne signifie pas non plus la fin de l'impasse politique: des mastodontes comme le mouvement du Futur de M. Hariri ont annoncé qu'ils refusaient de faire partie de la nouvelle équipe.

Cela fait craindre une hégémonie du Hezbollah et de ses alliés. Avec, pour conséquence, un possible manque de soutien à l'international, crucial pour le pays, l'organisation chiite ou sa branche armée étant classée comme "terroriste" par certains puissances occidentales.

"La tâche qui attend tout cabinet durant cette grave période est herculéenne", confirme Karim Mufti, chercheur en Sciences politiques.

"Au vu de la nature multidimensionnelle de la crise, il semble difficile d'envisager des solutions à court terme aux problèmes financiers, économiques et sociaux du pays", dit-il.

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