Venezuela: sur les terres de Guaido, on lutte contre "le désespoir, la léthargie"

(AFP)

A Caraballeda, sa terre natale, Juan Guaido a incarné l'espoir de changement. Mais après un an de vains efforts de l'opposant pour bouter le président vénézuélien Nicolas Maduro hors du palais de Miraflores, la ville est prise de "léthargie".

"On est tombés dans la léthargie, le désespoir, la tristesse, surtout ceux qui, comme nous, connaissent Juan", se lamente Maria Belen Alcantara, directrice adjointe de l'école Los Corales, qu'a fréquentée Juan Guaido.

Assise sur le porche de sa maison de l'Etat de Vargas – rebaptisé La Guaira par le gouvernement de Nicolas Maduro – Maria Belen Alcantara n'aime pas qu'on dise "du mal" de celui qu'elle connaît "depuis tout gamin" et qui, à 36 ans, est aujourd'hui reconnu comme président par intérim du Venezuela par une cinquantaine de pays.

Mais ici, sur les bords de la mer des Caraïbes, à moins d'une heure de route de Caracas, difficile de ne pas sentir la déception de ceux qui voyaient l'enfant du pays prêt à renverser rapidement Nicolas Maduro.

Il y a un an, le 23 janvier 2019, Juan Guaido se prévalait de son statut du président du Parlement pour revendiquer la présidence par intérim du Venezuela. Il estime que l'héritier politique du défunt Hugo Chavez (1999-2013) "usurpe" la présidence depuis sa réélection "frauduleuse" au scrutin de 2018, que son parti avait boycotté avec d'autres formations d'opposition.

Hélas pour l'opposition, Nicolas Maduro est toujours au pouvoir et Juan Guaido toujours au perchoir.

La réélection de ce dernier comme président du Parlement le 5 janvier avec les voix de l'opposition n'a pas été reconnue par le pouvoir chaviste. Lui était préfèré un rival d'opposition qui s'est autoproclamé nouveau chef de l'hémicycle ce même 5 janvier.

Et la cote de popularité de Juan Guaido s'est effondrée pour passer de 63% à 39% entre janvier et décembre de l'année dernière, selon une enquête du cabinet Datanalisis.

Alors, Franklin Marin, patron de la cellule locale de Voluntad Popular, le parti de Juan Guaido, le reconnaît: "parfois, le courage vient à manquer". Mais M. Marin, 62 ans, dit avoir toujours "la foi". "Je crois toujours en lui", souffle-t-il.

-"Güido! Güido!"-

A l'aube de la deuxième année de son entreprise pour évincer Nicolas Maduro, Juan Guaido a demandé une "seconde chance" à ses compatriotes. Il a aussi tenté de relancer les manifestations massives du début de l'année dernière contre Nicolas Maduro. Mais ses appels n'ont drainé qu'une poignée de fidèles.

En revanche, au plan international, il a toujours l'appui des Etats-Unis et de l'Union européenne, notamment. Lundi, le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo lui a redit son soutien lors d'une rencontre à Bogota, et mardi il s'est entretenu avec le Premier ministre britannique Boris Johnson à Londres.

Loin des enjeux géopolitiques dont traite son champion, Franklin Marin se souvient des débuts laborieux de Juan Guaido, quand l'ingénieur de formation faisait campagne pour des scrutins locaux. "Quand on a commencé, on était quatre à parcourir les quartiers" pour le faire connaître, raconte-t-il.

"Les gens l'encourageaient en disant: +Güido, Güido!+ Ils ne connaissaient pas son nom, mais on y est allé petit à petit", sourit Franklin Marin.

En 2015, Juan Guaido est parvenu à se faire élire député dans cette région fortement chaviste. L'avocat José Miguel Rodriguez a accompagné Juan Guaido pendant cette campagne. Aujourd'hui, après un an d'infructueuses tentatives pour hisser l'opposant à la tête de l'Etat, il veut être "sincère": "Il est temps de revoir de fond en comble ce que nous faisons", dit-il.

L'appel au soulèvement de l'armée le 30 avril n'a pas fonctionné. Les manifestations anti-Maduro attirent de moins en moins de monde et Nicolas Maduro a toujours le soutien de la Chine, de la Russie et de l'état-major vénézuélien, clef de voûte du système politique.

Juan Guaido exige, lui, une nouvelle présidentielle. Mais si des élections doivent bien avoir lieu cette année, ce sont des législatives, conformément au calendrier parlementaire. Aucune date n'a encore été annoncée, mais le pouvoir chaviste est confiant dans sa capacité à reconquérir le Parlement unicaméral, qui lui échappe depuis cinq ans.

L'opposition, très divisée, n'a pas encore dit si elle prendrait part au scrutin ou si elle le boycotterait. Et José Miguel Rodriguez se lamente: "On retombe sur le même dilemme".

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Venezuela: sur les terres de Guaido, on lutte contre "le désespoir, la léthargie"

Le 22 janvier 2020 à16:49

A Caraballeda, sa terre natale, Juan Guaido a incarné l'espoir de changement. Mais après un an de vains efforts de l'opposant pour bouter le président vénézuélien Nicolas Maduro hors du palais de Miraflores, la ville est prise de "léthargie".

"On est tombés dans la léthargie, le désespoir, la tristesse, surtout ceux qui, comme nous, connaissent Juan", se lamente Maria Belen Alcantara, directrice adjointe de l'école Los Corales, qu'a fréquentée Juan Guaido.

Assise sur le porche de sa maison de l'Etat de Vargas – rebaptisé La Guaira par le gouvernement de Nicolas Maduro – Maria Belen Alcantara n'aime pas qu'on dise "du mal" de celui qu'elle connaît "depuis tout gamin" et qui, à 36 ans, est aujourd'hui reconnu comme président par intérim du Venezuela par une cinquantaine de pays.

Mais ici, sur les bords de la mer des Caraïbes, à moins d'une heure de route de Caracas, difficile de ne pas sentir la déception de ceux qui voyaient l'enfant du pays prêt à renverser rapidement Nicolas Maduro.

Il y a un an, le 23 janvier 2019, Juan Guaido se prévalait de son statut du président du Parlement pour revendiquer la présidence par intérim du Venezuela. Il estime que l'héritier politique du défunt Hugo Chavez (1999-2013) "usurpe" la présidence depuis sa réélection "frauduleuse" au scrutin de 2018, que son parti avait boycotté avec d'autres formations d'opposition.

Hélas pour l'opposition, Nicolas Maduro est toujours au pouvoir et Juan Guaido toujours au perchoir.

La réélection de ce dernier comme président du Parlement le 5 janvier avec les voix de l'opposition n'a pas été reconnue par le pouvoir chaviste. Lui était préfèré un rival d'opposition qui s'est autoproclamé nouveau chef de l'hémicycle ce même 5 janvier.

Et la cote de popularité de Juan Guaido s'est effondrée pour passer de 63% à 39% entre janvier et décembre de l'année dernière, selon une enquête du cabinet Datanalisis.

Alors, Franklin Marin, patron de la cellule locale de Voluntad Popular, le parti de Juan Guaido, le reconnaît: "parfois, le courage vient à manquer". Mais M. Marin, 62 ans, dit avoir toujours "la foi". "Je crois toujours en lui", souffle-t-il.

-"Güido! Güido!"-

A l'aube de la deuxième année de son entreprise pour évincer Nicolas Maduro, Juan Guaido a demandé une "seconde chance" à ses compatriotes. Il a aussi tenté de relancer les manifestations massives du début de l'année dernière contre Nicolas Maduro. Mais ses appels n'ont drainé qu'une poignée de fidèles.

En revanche, au plan international, il a toujours l'appui des Etats-Unis et de l'Union européenne, notamment. Lundi, le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo lui a redit son soutien lors d'une rencontre à Bogota, et mardi il s'est entretenu avec le Premier ministre britannique Boris Johnson à Londres.

Loin des enjeux géopolitiques dont traite son champion, Franklin Marin se souvient des débuts laborieux de Juan Guaido, quand l'ingénieur de formation faisait campagne pour des scrutins locaux. "Quand on a commencé, on était quatre à parcourir les quartiers" pour le faire connaître, raconte-t-il.

"Les gens l'encourageaient en disant: +Güido, Güido!+ Ils ne connaissaient pas son nom, mais on y est allé petit à petit", sourit Franklin Marin.

En 2015, Juan Guaido est parvenu à se faire élire député dans cette région fortement chaviste. L'avocat José Miguel Rodriguez a accompagné Juan Guaido pendant cette campagne. Aujourd'hui, après un an d'infructueuses tentatives pour hisser l'opposant à la tête de l'Etat, il veut être "sincère": "Il est temps de revoir de fond en comble ce que nous faisons", dit-il.

L'appel au soulèvement de l'armée le 30 avril n'a pas fonctionné. Les manifestations anti-Maduro attirent de moins en moins de monde et Nicolas Maduro a toujours le soutien de la Chine, de la Russie et de l'état-major vénézuélien, clef de voûte du système politique.

Juan Guaido exige, lui, une nouvelle présidentielle. Mais si des élections doivent bien avoir lieu cette année, ce sont des législatives, conformément au calendrier parlementaire. Aucune date n'a encore été annoncée, mais le pouvoir chaviste est confiant dans sa capacité à reconquérir le Parlement unicaméral, qui lui échappe depuis cinq ans.

L'opposition, très divisée, n'a pas encore dit si elle prendrait part au scrutin ou si elle le boycotterait. Et José Miguel Rodriguez se lamente: "On retombe sur le même dilemme".

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