Au Pérou, des législatives pour sortir de la crise politique

(AFP)

Les Péruviens ont voté dimanche pour élire un nouveau Parlement unicaméral, après sa dissolution en septembre par le président Martin Vizcarra sur fond de scandales de corruption, un scrutin qui devrait sanctionner le fujimorisme, la principale force politique du pays.

Les bureaux de vote ont fermé à 21H00 GMT, les premiers résultats sont attendus à partir de 01H00 GMT lundi.

Selon le chef de la mission d'observation de l'UE, l'eurodéputé espagnol Leopoldo Lopez Gil (PPE, droite), le vote s'est déroulé "dans le calme, de manière ordonnée et sans problème majeur".

Ces premières élections législatives anticipées de l'histoire péruvienne pourraient voir l'opposition fujimoriste (droite populiste), qui était majoritaire, s'effondrer. La première force politique du pays, fondée par l'ex-président Alberto Fujimori (1990-2000), mêle populisme autoritaire, conservatisme sociétal et libéralisme économique.

Des 73 sièges sur 130 qu'il détenait, le parti Fuerza popular, dirigé par sa fille Keiko Fujimori, ne devrait en conserver que "20 à 25", prédit l'analyste Luis Benavente, directeur du cabinet Vox Populi, interrogé par l'AFP.

Éclaboussée par l'affaire Odebrecht, du nom du géant du BTP brésilien qui a versé durant des années des millions de dollars de pots-de-vin à la classe politique latino-américaine, notamment au Pérou, la cheffe de file de l'opposition a effectué treize mois de détention provisoire dans ce dossier. A sa sortie de prison fin 2019, elle a annoncé une pause dans ses activités politiques.

"Le vainqueur de l'élection ce sera Martin Vizcarra, car il aura réussi à changer le Parlement qui lui était hostile ces dernières années", juge l'analyste Augusto Alvarez Rodrich.

"Nous sommes certains que nous, l'Exécutif et le Parlement, allons travailler main dans la main car nous aimons tous le Pérou", a déclaré au moment de voter le chef de l'Etat de centre droit, 56 ans.

Lancé dans une croisade anti-corruption, il a dissous fin septembre le Parlement, contrôlé par les fujimoristes et accusé d'entraver la bonne marche de la justice, entraînant ces législatives anticipées.

En privilégiant les urnes plutôt que la rue, à la différence du Chili, de la Bolivie, de l'Equateur ou de la Colombie, récemment secoués par de violentes manifestations, le Pérou fait figure d'exception dans la région.

- "Lutte contre la corruption" -

M. Vizcarra a succédé en mars 2018 à Pedro Pablo Kuczynski après la démission de ce dernier, également à cause du scandale Odebrecht.

Quatre ex-présidents péruviens: Alejandro Toledo (2001-2006), Alan Garcia (1985-1990 et 2006-2011), qui s'est suicidé, Ollanta Humala (2011-2016) et Pedro Pablo Kuczynski (2016-2018) ont été mis en cause pour avoir reçu de l'argent du groupe brésilien qui a reconnu avoir versé 29 millions de dollars d'enveloppes entre 2005 et 2014.

Les partis traditionnels discrédités, de nouvelles formations ont vu le jour pour ces élections, ainsi qu'une myriade de candidats inconnus. Les études d'opinion prédisent donc un Parlement atomisé et dominé par les centristes où les alliances seront indispensables au président, dépourvu de parti, pour faire passer ses réformes.

"Nous demandons au nouveau Parlement de respecter la lutte contre la corruption", a dit au moment de glisser son bulletin dans l'urne le procureur anti-corruption José Domingo Pérez, surnommé le "Superprocureur", qui est chargé du dossier Odebrecht.

Bien que Martin Vizcarra "n'aura pas de parti (représenté), il va entretenir une relation plus apaisée avec les formations du centre qui devraient obtenir la majorité au Parlement", fait valoir Augusto Alvarez Rodrich.

Lors de ce scrutin à un tour, 130 parlementaires seront élus pour une durée d'à peine 16 mois, jusqu'au 28 juillet 2021, afin de compléter le mandat de cinq ans issu des élections de 2016.

"La compétition vise à remplir un vide. La chute de l'+establishment+ et la fin de la domination des fujimoristes ont fait place nette sur l'échiquier politique péruvien", résume l'analyste Carlos Melendez.

Mais au coeur de l'été austral et des vacances scolaires, cette élection ne passionne pas les Péruviens : un tiers d'entre eux se disait indécis ou comptait voter blanc.

Vingt-cinq millions d'électeurs étaient appelés à se prononcer dans ce pays où le vote est obligatoire: une amende d'environ 22 euros est prévue pour les contrevenants.

Les prochaines élections générales doivent avoir lieu en avril 2021. Ni Martin Vizcarra, ni les parlementaires élus dimanche ne pourront se représenter.

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Au Pérou, des législatives pour sortir de la crise politique

Le 28 février 2020 à06:42

Modifié le 28 février 2020 à 06:42

Les Péruviens ont voté dimanche pour élire un nouveau Parlement unicaméral, après sa dissolution en septembre par le président Martin Vizcarra sur fond de scandales de corruption, un scrutin qui devrait sanctionner le fujimorisme, la principale force politique du pays.

Les bureaux de vote ont fermé à 21H00 GMT, les premiers résultats sont attendus à partir de 01H00 GMT lundi.

Selon le chef de la mission d'observation de l'UE, l'eurodéputé espagnol Leopoldo Lopez Gil (PPE, droite), le vote s'est déroulé "dans le calme, de manière ordonnée et sans problème majeur".

Ces premières élections législatives anticipées de l'histoire péruvienne pourraient voir l'opposition fujimoriste (droite populiste), qui était majoritaire, s'effondrer. La première force politique du pays, fondée par l'ex-président Alberto Fujimori (1990-2000), mêle populisme autoritaire, conservatisme sociétal et libéralisme économique.

Des 73 sièges sur 130 qu'il détenait, le parti Fuerza popular, dirigé par sa fille Keiko Fujimori, ne devrait en conserver que "20 à 25", prédit l'analyste Luis Benavente, directeur du cabinet Vox Populi, interrogé par l'AFP.

Éclaboussée par l'affaire Odebrecht, du nom du géant du BTP brésilien qui a versé durant des années des millions de dollars de pots-de-vin à la classe politique latino-américaine, notamment au Pérou, la cheffe de file de l'opposition a effectué treize mois de détention provisoire dans ce dossier. A sa sortie de prison fin 2019, elle a annoncé une pause dans ses activités politiques.

"Le vainqueur de l'élection ce sera Martin Vizcarra, car il aura réussi à changer le Parlement qui lui était hostile ces dernières années", juge l'analyste Augusto Alvarez Rodrich.

"Nous sommes certains que nous, l'Exécutif et le Parlement, allons travailler main dans la main car nous aimons tous le Pérou", a déclaré au moment de voter le chef de l'Etat de centre droit, 56 ans.

Lancé dans une croisade anti-corruption, il a dissous fin septembre le Parlement, contrôlé par les fujimoristes et accusé d'entraver la bonne marche de la justice, entraînant ces législatives anticipées.

En privilégiant les urnes plutôt que la rue, à la différence du Chili, de la Bolivie, de l'Equateur ou de la Colombie, récemment secoués par de violentes manifestations, le Pérou fait figure d'exception dans la région.

- "Lutte contre la corruption" -

M. Vizcarra a succédé en mars 2018 à Pedro Pablo Kuczynski après la démission de ce dernier, également à cause du scandale Odebrecht.

Quatre ex-présidents péruviens: Alejandro Toledo (2001-2006), Alan Garcia (1985-1990 et 2006-2011), qui s'est suicidé, Ollanta Humala (2011-2016) et Pedro Pablo Kuczynski (2016-2018) ont été mis en cause pour avoir reçu de l'argent du groupe brésilien qui a reconnu avoir versé 29 millions de dollars d'enveloppes entre 2005 et 2014.

Les partis traditionnels discrédités, de nouvelles formations ont vu le jour pour ces élections, ainsi qu'une myriade de candidats inconnus. Les études d'opinion prédisent donc un Parlement atomisé et dominé par les centristes où les alliances seront indispensables au président, dépourvu de parti, pour faire passer ses réformes.

"Nous demandons au nouveau Parlement de respecter la lutte contre la corruption", a dit au moment de glisser son bulletin dans l'urne le procureur anti-corruption José Domingo Pérez, surnommé le "Superprocureur", qui est chargé du dossier Odebrecht.

Bien que Martin Vizcarra "n'aura pas de parti (représenté), il va entretenir une relation plus apaisée avec les formations du centre qui devraient obtenir la majorité au Parlement", fait valoir Augusto Alvarez Rodrich.

Lors de ce scrutin à un tour, 130 parlementaires seront élus pour une durée d'à peine 16 mois, jusqu'au 28 juillet 2021, afin de compléter le mandat de cinq ans issu des élections de 2016.

"La compétition vise à remplir un vide. La chute de l'+establishment+ et la fin de la domination des fujimoristes ont fait place nette sur l'échiquier politique péruvien", résume l'analyste Carlos Melendez.

Mais au coeur de l'été austral et des vacances scolaires, cette élection ne passionne pas les Péruviens : un tiers d'entre eux se disait indécis ou comptait voter blanc.

Vingt-cinq millions d'électeurs étaient appelés à se prononcer dans ce pays où le vote est obligatoire: une amende d'environ 22 euros est prévue pour les contrevenants.

Les prochaines élections générales doivent avoir lieu en avril 2021. Ni Martin Vizcarra, ni les parlementaires élus dimanche ne pourront se représenter.

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