Irak: les manifestants déterminés malgré les coups de boutoir du pouvoir

(AFP)

Manifestants et forces de sécurité sont engagés lundi dans un bras-de-fer sur les principaux sites de la contestation à Bagdad et dans le sud, le pouvoir irakien cherchant à étouffer le mouvement, qui réclame inlassablement un nouveau Premier ministre.

Les manifestants antigouvernenmentaux tentent de poursuivre leur mouvement débuté en octobre, alors que la plupart des forces au pouvoir, proches de l'Iran, cherchent eux à monter l'opinion publique contre la présence américaine en Irak.

Une attaque à la roquette contre l'ambassade américaine à Bagdad a fait un blessé dimanche, la dernière d'une longue série visant les intérêts américains dans le pays et imputées par Washington aux factions pro-Iran.

Le mouvement de contestation, qui rejette toute ingérence dans le pays qu'elle soit iranienne ou américaine, a de son côté été à nouveau endeuillé lundi à Nassiriya, haut lieu des protestations dans le sud.

Un manifestant a été tué et quatre autres blessés tôt le matin alors que des hommes armés non identifiés ont pris d'assaut une place de cette ville où campaient depuis des mois des protestataires, selon une source médicale.

- Campements incendiés -

Juste après minuit, des hommes armés ont pénétré sur la place Habboubi, à Nassiriya, mettant le feu à des tentes de manifestants, selon un correspondant de l'AFP. Des morceaux de tissus et des armatures en métal carbonisés jonchaient le sol au petit matin.

Mais, loin d'être intimidés, des protestataires ont monté de nouvelles tentes quelques heures plus tard et ont même apporté du ciment pour construire une pièce, une manière d'afficher leur détermination.

Ils ont également fermé deux des principaux ponts de la ville, et les autorités locales ont annoncé que leurs bureaux seraient fermés lundi.

Plus au sud, dans la ville portuaire de Bassora, des étudiants ont aussi dressé de nouvelles tentes, après le démantèlement de leur campement ce week-end par les forces de l'ordre, selon un journaliste de l'AFP.

Dans la ville sainte de Najaf, également au sud de la capitale, le principal camp de protestataires a été incendié dans la nuit par des inconnus, selon un correspondant de l'AFP. Là encore, les manifestants ont repris lundi leur blocage de routes.

L'Irak est le théâtre depuis le 1er octobre d'un mouvement inédit dominé par la jeunesse qui, après avoir dénoncé le manque d'emplois et de services et la corruption endémique, réclame désormais des élections anticipées et un Premier ministre indépendant.

Après avoir perdu de son élan dans le sillage de l'assassinat par les Etats-Unis, le 3 janvier à Bagdad, du général Qassem Soleimani, émissaire iranien en Irak, qui a ravivé l'antiaméricanisme dans le pays, le mouvement est reparti de plus belle, en rejetant toute ingérence étrangère.

Il y a une semaine, les manifestants ont commencé à bloquer des rues avec des pneus brûlés et des barricades, mais les forces anti-émeutes y ont répondu avec violence, tirant notamment à balles réelles. Vingt et un manifestants ont été tués et des dizaines d'autres blessés.

Et près de 480 personnes, en grande majorité des manifestants, ont été tuées depuis le 1er octobre, selon un décompte de l'AFP.

- Ambassade américaine visée -

Vendredi, les forces de l'ordre avaient commencé à pénétrer dans les principaux camps des manifestants, après qu'un influent leader chiite, Moqtada Sadr, leur eut retiré son soutien au mouvement.

Cette décision de Moqtada Sadr a fait craindre à certains que cela ne laisse le champ libre au pouvoir pour réprimer.

Mais elle n'a pas empêché des milliers de jeunes de se rassembler dimanche dans les principales villes.

Moqtada Sadr avait mobilisé vendredi des milliers de ses partisans pour réclamer le départ des 5.200 soldats américains stationnés en Irak.

Cette marche a été soutenue par les principales figures du Hachd al-Chaabi, une puissante coalition de paramilitaires pro-Iran intégrée à l'Etat irakien.

La plupart des factions du Hachd ont des liens étroits avec Téhéran et sont vus par Washington comme une extension de l'influence iranienne en Irak.

Washington, qui a vu son rôle en Irak diminuer aux dépens de celui de Téhéran, a accusé ces factions d'être derrière la série d'attaques contre des intérêts en Irak ces derniers mois.

Dimanche, trois roquettes ont encore frappé, dont une pour la première fois directement, l'ambassade américaine à Bagdad, faisant un blessé.

Il n'était pas possible dans l'immédiat de savoir de quelle nationalité était la victime. Quelques heures après les tirs, les Etats-Unis ont appelé Bagdad "à remplir ses obligations, afin de protéger (leurs) installations diplomatiques".

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Irak: les manifestants déterminés malgré les coups de boutoir du pouvoir

Le 28 février 2020 à09:57

Modifié le 28 février 2020 à 09:57

Manifestants et forces de sécurité sont engagés lundi dans un bras-de-fer sur les principaux sites de la contestation à Bagdad et dans le sud, le pouvoir irakien cherchant à étouffer le mouvement, qui réclame inlassablement un nouveau Premier ministre.

Les manifestants antigouvernenmentaux tentent de poursuivre leur mouvement débuté en octobre, alors que la plupart des forces au pouvoir, proches de l'Iran, cherchent eux à monter l'opinion publique contre la présence américaine en Irak.

Une attaque à la roquette contre l'ambassade américaine à Bagdad a fait un blessé dimanche, la dernière d'une longue série visant les intérêts américains dans le pays et imputées par Washington aux factions pro-Iran.

Le mouvement de contestation, qui rejette toute ingérence dans le pays qu'elle soit iranienne ou américaine, a de son côté été à nouveau endeuillé lundi à Nassiriya, haut lieu des protestations dans le sud.

Un manifestant a été tué et quatre autres blessés tôt le matin alors que des hommes armés non identifiés ont pris d'assaut une place de cette ville où campaient depuis des mois des protestataires, selon une source médicale.

- Campements incendiés -

Juste après minuit, des hommes armés ont pénétré sur la place Habboubi, à Nassiriya, mettant le feu à des tentes de manifestants, selon un correspondant de l'AFP. Des morceaux de tissus et des armatures en métal carbonisés jonchaient le sol au petit matin.

Mais, loin d'être intimidés, des protestataires ont monté de nouvelles tentes quelques heures plus tard et ont même apporté du ciment pour construire une pièce, une manière d'afficher leur détermination.

Ils ont également fermé deux des principaux ponts de la ville, et les autorités locales ont annoncé que leurs bureaux seraient fermés lundi.

Plus au sud, dans la ville portuaire de Bassora, des étudiants ont aussi dressé de nouvelles tentes, après le démantèlement de leur campement ce week-end par les forces de l'ordre, selon un journaliste de l'AFP.

Dans la ville sainte de Najaf, également au sud de la capitale, le principal camp de protestataires a été incendié dans la nuit par des inconnus, selon un correspondant de l'AFP. Là encore, les manifestants ont repris lundi leur blocage de routes.

L'Irak est le théâtre depuis le 1er octobre d'un mouvement inédit dominé par la jeunesse qui, après avoir dénoncé le manque d'emplois et de services et la corruption endémique, réclame désormais des élections anticipées et un Premier ministre indépendant.

Après avoir perdu de son élan dans le sillage de l'assassinat par les Etats-Unis, le 3 janvier à Bagdad, du général Qassem Soleimani, émissaire iranien en Irak, qui a ravivé l'antiaméricanisme dans le pays, le mouvement est reparti de plus belle, en rejetant toute ingérence étrangère.

Il y a une semaine, les manifestants ont commencé à bloquer des rues avec des pneus brûlés et des barricades, mais les forces anti-émeutes y ont répondu avec violence, tirant notamment à balles réelles. Vingt et un manifestants ont été tués et des dizaines d'autres blessés.

Et près de 480 personnes, en grande majorité des manifestants, ont été tuées depuis le 1er octobre, selon un décompte de l'AFP.

- Ambassade américaine visée -

Vendredi, les forces de l'ordre avaient commencé à pénétrer dans les principaux camps des manifestants, après qu'un influent leader chiite, Moqtada Sadr, leur eut retiré son soutien au mouvement.

Cette décision de Moqtada Sadr a fait craindre à certains que cela ne laisse le champ libre au pouvoir pour réprimer.

Mais elle n'a pas empêché des milliers de jeunes de se rassembler dimanche dans les principales villes.

Moqtada Sadr avait mobilisé vendredi des milliers de ses partisans pour réclamer le départ des 5.200 soldats américains stationnés en Irak.

Cette marche a été soutenue par les principales figures du Hachd al-Chaabi, une puissante coalition de paramilitaires pro-Iran intégrée à l'Etat irakien.

La plupart des factions du Hachd ont des liens étroits avec Téhéran et sont vus par Washington comme une extension de l'influence iranienne en Irak.

Washington, qui a vu son rôle en Irak diminuer aux dépens de celui de Téhéran, a accusé ces factions d'être derrière la série d'attaques contre des intérêts en Irak ces derniers mois.

Dimanche, trois roquettes ont encore frappé, dont une pour la première fois directement, l'ambassade américaine à Bagdad, faisant un blessé.

Il n'était pas possible dans l'immédiat de savoir de quelle nationalité était la victime. Quelques heures après les tirs, les Etats-Unis ont appelé Bagdad "à remplir ses obligations, afin de protéger (leurs) installations diplomatiques".

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