Amiens: six ans après leur licenciement, les ex-Goodyear de retour aux prud'hommes

(AFP)

"Six ans après, nous obtiendrons justice !": une passe d'armes judiciaire s'est rejouée mardi devant les prud'hommes entre quelque 800 ex-salariés de l'usine Goodyear d'Amiens-Nord qui contestent le motif économique de leur licenciement en 2014, la direction plaidant toujours les difficultés financières.

"Camarades vous avez vieilli, changé, car ce qu'on a vécu était d'une violence inouïe", mais "nous sommes toujours les Goodyear" et le rendez-vous d'aujourd'hui est "historique", a lancé dès 08H30 Mickaël Wamen, ex-leader CGT de l'usine, devant plusieurs centaines de personnes sur le parking du palais des congrès d'Amiens (Somme), où était délocalisée l'audience.

Entre 500 et 600 personnes - essentiellement des ex-Goodyear rejoints notamment par des salariés de l'usine Cargill d'Haubourdin (Nord), où un plan social est en négociation - sont ensuite entrés à 09H00 pour cette audience dite "de départage", présidée par un magistrat professionnel. Lors d'une première, en octobre 2018, les quatre conseillers prud’homaux, représentant à parts égales salariés et employeurs, n'avaient pas réussi à trancher.

Spécialisée dans la fabrication de pneus agricoles, l'usine Goodyear d'Amiens-Nord avait fermé en janvier 2014, après un bras de fer de plus de six ans entre personnel et direction, entraînant la disparition de 1.143 emplois.

Aujourd'hui les 832 ex-salariés réclament une indemnisation au motif principalement "que leur licenciement serait sans cause réelle et sérieuse" mais aussi pour le préjudice lié au "manquement de l'employeur à son obligation de fournir du travail".

Comme en 2018, leur avocat Fiodor Rilov a bataillé pendant plus de quatre heures, insistant sur les bénéfices à l'époque au niveau du groupe américain Goodyear, auquel appartenait Goodyear Dunlop Tires France (DGTF), dans une affaire "emblématique du refus des ouvriers de se laisser écraser à l'occasion du démantèlement de leur outil de travail, pendant que simultanément, leur employeur réalise des profits colossaux !"

- Démantèlement "par étapes" -

"La notion de sauvegarde de la compétitivité", invoquée par Goodyear pour fermer, "suppose une menace objective", or dans ses comptes pour 2014, le groupe "ne fait mention d'aucune contre-performance quelle qu'elle soit !", s'est emporté l'avocat. Il a entre autres cité le bénéfice d'exploitation de 2014, "établi à 1,7 milliards de dollars", ou le résultat net après impôts qui atteignait lui "2,5 milliards", des chiffres "record".

Goodyear a d'ailleurs pu verser "75 millions de dollars de dividendes" aux actionnaires, a-t-il assuré, citant aussi un document de la direction de l'époque qui déclarait: "grâce à cette action de fermeture, nous allons améliorer notre résultat d'exploitation dans la zone Europe à hauteur de 75 millions par an".

Il a enfin jugé que la fermeture avait été "préparée" dès 2007 avec les annonces de réorganisation du site et une baisse de la production, Goodyear procédant "étape par étape au démantèlement de l'usine" en vue du "transfert de son activité vers des sites situés en Allemagne et Pologne".

"Oui", en 2014 la situation "était un peu en cours de redressement", mais "pas du tout à la hauteur de la dette du groupe" ni de "celle des concurrents !", a répliqué Me Joël Granger, avocat de la direction, voyant dans la démonstration de son contradicteur une "mauvaise compréhension des comptes".

Il a notamment rappelé les "difficultés" depuis 2007 et le "retard" pris par cette usine "déficitaire", aggravées par la crise de 2009, et une dette de 5,267 milliards de dollars au moment de la fermeture.

Me Granger a également cité le rapport du cabinet d'expertise Secafi, mandaté en 2013 par le CSE, qui confirmait "les importantes pertes en Europe" - de 22,5 millions d'euros en 2012 ndlr - de l'activité agraire du groupe.

"La direction a tout tenté" pour "éviter ce drame", a-t-il dit, racontant longuement la tentative de réorganisation du travail en 2007 en vue "d'investir", la proposition de plan social en 2008, la tentative de vente partielle à l'américain Titan, et l'échec de toutes les négociations avec les syndicats.

Lors de sa plaidoirie, des murmures désapprobateurs ou exclamations de colère se sont parfois fait entendre, la salle restant toutefois plutôt calme, encouragée en ce sens par Me Rilov.

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Amiens: six ans après leur licenciement, les ex-Goodyear de retour aux prud'hommes

Le 24 février 2020 à12:21

Modifié le 24 février 2020 à 12:21

"Six ans après, nous obtiendrons justice !": une passe d'armes judiciaire s'est rejouée mardi devant les prud'hommes entre quelque 800 ex-salariés de l'usine Goodyear d'Amiens-Nord qui contestent le motif économique de leur licenciement en 2014, la direction plaidant toujours les difficultés financières.

"Camarades vous avez vieilli, changé, car ce qu'on a vécu était d'une violence inouïe", mais "nous sommes toujours les Goodyear" et le rendez-vous d'aujourd'hui est "historique", a lancé dès 08H30 Mickaël Wamen, ex-leader CGT de l'usine, devant plusieurs centaines de personnes sur le parking du palais des congrès d'Amiens (Somme), où était délocalisée l'audience.

Entre 500 et 600 personnes - essentiellement des ex-Goodyear rejoints notamment par des salariés de l'usine Cargill d'Haubourdin (Nord), où un plan social est en négociation - sont ensuite entrés à 09H00 pour cette audience dite "de départage", présidée par un magistrat professionnel. Lors d'une première, en octobre 2018, les quatre conseillers prud’homaux, représentant à parts égales salariés et employeurs, n'avaient pas réussi à trancher.

Spécialisée dans la fabrication de pneus agricoles, l'usine Goodyear d'Amiens-Nord avait fermé en janvier 2014, après un bras de fer de plus de six ans entre personnel et direction, entraînant la disparition de 1.143 emplois.

Aujourd'hui les 832 ex-salariés réclament une indemnisation au motif principalement "que leur licenciement serait sans cause réelle et sérieuse" mais aussi pour le préjudice lié au "manquement de l'employeur à son obligation de fournir du travail".

Comme en 2018, leur avocat Fiodor Rilov a bataillé pendant plus de quatre heures, insistant sur les bénéfices à l'époque au niveau du groupe américain Goodyear, auquel appartenait Goodyear Dunlop Tires France (DGTF), dans une affaire "emblématique du refus des ouvriers de se laisser écraser à l'occasion du démantèlement de leur outil de travail, pendant que simultanément, leur employeur réalise des profits colossaux !"

- Démantèlement "par étapes" -

"La notion de sauvegarde de la compétitivité", invoquée par Goodyear pour fermer, "suppose une menace objective", or dans ses comptes pour 2014, le groupe "ne fait mention d'aucune contre-performance quelle qu'elle soit !", s'est emporté l'avocat. Il a entre autres cité le bénéfice d'exploitation de 2014, "établi à 1,7 milliards de dollars", ou le résultat net après impôts qui atteignait lui "2,5 milliards", des chiffres "record".

Goodyear a d'ailleurs pu verser "75 millions de dollars de dividendes" aux actionnaires, a-t-il assuré, citant aussi un document de la direction de l'époque qui déclarait: "grâce à cette action de fermeture, nous allons améliorer notre résultat d'exploitation dans la zone Europe à hauteur de 75 millions par an".

Il a enfin jugé que la fermeture avait été "préparée" dès 2007 avec les annonces de réorganisation du site et une baisse de la production, Goodyear procédant "étape par étape au démantèlement de l'usine" en vue du "transfert de son activité vers des sites situés en Allemagne et Pologne".

"Oui", en 2014 la situation "était un peu en cours de redressement", mais "pas du tout à la hauteur de la dette du groupe" ni de "celle des concurrents !", a répliqué Me Joël Granger, avocat de la direction, voyant dans la démonstration de son contradicteur une "mauvaise compréhension des comptes".

Il a notamment rappelé les "difficultés" depuis 2007 et le "retard" pris par cette usine "déficitaire", aggravées par la crise de 2009, et une dette de 5,267 milliards de dollars au moment de la fermeture.

Me Granger a également cité le rapport du cabinet d'expertise Secafi, mandaté en 2013 par le CSE, qui confirmait "les importantes pertes en Europe" - de 22,5 millions d'euros en 2012 ndlr - de l'activité agraire du groupe.

"La direction a tout tenté" pour "éviter ce drame", a-t-il dit, racontant longuement la tentative de réorganisation du travail en 2007 en vue "d'investir", la proposition de plan social en 2008, la tentative de vente partielle à l'américain Titan, et l'échec de toutes les négociations avec les syndicats.

Lors de sa plaidoirie, des murmures désapprobateurs ou exclamations de colère se sont parfois fait entendre, la salle restant toutefois plutôt calme, encouragée en ce sens par Me Rilov.

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