Sous pression, la Grèce prend le dossier migratoire à bras le corps

(AFP)

Mur flottant pour bloquer les canots de migrants, centres de rétention, reconductions à la frontière: sept mois après sa prise de fonctions, le gouvernement conservateur grec durcit sa politique en matière d'asile, sous la pression des îles égéennes exaspérées et au bord de l'asphyxie.

"La décongestion de nos îles est notre priorité numéro 1", a déclaré à l'AFP le ministre des Migrations Notis Mitarachi, dans un geste d'apaisement vers les insulaires qui multiplient les actions de protestation parfois émaillées d'incidents.

Cinq ans après la grande crise migratoire de 2015, la Grèce, à nouveau première porte d'entrée des migrants en Europe, peine à gérer les procédures de demande d'asile dont près de 90.000 sont à ce jour en souffrance, dans un pays qui compte 112.000 exilés, selon les derniers chiffres officiels.

Premières impactées, les cinq îles égéennes, où les migrants continuent d'affluer quotidiennement en provenance de la Turquie voisine.

Plus de 38.000 personnes vivent dans des camps surpeuplés et insalubres prévus pour 6.200 places. Tentes et abris de fortune aux allures de bidonville y poussent comme des champignons aux abords de ces sites, suscitant exaspération et réactions de rejet aux relents xénophobes.

"Il est essentiel de transférer dans les prochaines semaines autant de demandeurs d'asile que possible sur le continent où ils pourront poursuivre leur procédure de demande d'asile", a déclaré à l'AFP le représentant du Haut commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR) en Grèce, Philippe Leclerc, qui réclame "des conditions supplémentaires de réception" en Grèce continentale.

Après avoir transféré 9.000 demandeurs d'asile sur le continent (au lieu des 20.000 prévus) sur fond de grogne des habitants, le gouvernement de Kyriakos Mitsotakis élu en juillet se focalise désormais sur les reconductions à la frontière des déboutés du droit d'asile.

"Le processus de retour sera accéléré" vers la Turquie et vers les pays d'origine, a précisé Notis Mitarachi.

- Accélération des procédures -

Condition sine qua non: les services grecs de l'asile devront rendre plus rapidement leurs verdicts. La nouvelle législation, entrée en vigueur en janvier et vivement critiquée par les ONG, le leur permet.

"Je pense qu'il serait raisonnable de traiter les cas en trois mois", a estimé Notis Mitarachi. Priorité sera donnée aux nouveaux arrivants: 25 jours maximum pour gérer la première demande et jusqu'à 60 jours en cas d'appel, avant une reconduction sine die à la frontière pour les déboutés.

En outre, l'octroi de l'asile en Grèce sera réversible tous les trois ans, selon la situation dans le pays d'origine, a tranché le gouvernement, contraint de rétablir un ministère des Migrations supprimé à son arrivée au pouvoir.

Et pour décourager encore les exilés de traverser la mer Egée, le gouvernement prévoit d'installer un mur flottant de 2,7 kilomètres de long et d'1,10 mètre de haut.

Un projet controversé qui attire les foudres des organisations non gouvernementales. Human Rights Watch le considère comme "insensé et potentiellement dangereux" pour les frêles canots de migrants qui viendraient s'y accrocher la nuit.

Amnesty International s'est alarmé d'un plan "qui suscite de graves inquiétudes sur les capacités des sauveteurs à continuer à venir au secours de personnes tentant la périlleuse traversée maritime vers Lesbos".

Aux termes de sa nouvelle loi, la majorité de la droite Nouvelle Démocratie s'attaque aussi aux passeurs et aux éventuelles complicités, en prévoyant un registre des organisations humanitaires autorisées à intervenir auprès des migrants.

- "Camps prisons" -

Le gouvernement espérait au moins apaiser la colère des insulaires avec la fermeture des camps sordides de Moria (Lesbos), Vathy (Samos) et Vial (Chios), remplacés, à l'été, par de nouveaux centres "fermés".

Mais élus et habitants exigent "le désengorgement immédiat et massif des îles", d'où leur rejet sans équivoque d'un projet voué, selon eux, à héberger toujours plus de migrants dans des "camps prisons".

"Si nous acceptons un nouveau camp pour 7.000 personnes, il pourra accueillir officieusement 20 à 25.000 personnes", a déclaré le maire de Samos, Georgios Stantzos. La capacité de cinq camps sera théoriquement prévue pour 20.000 personnes.

Le projet suscite aussi les critiques d'ONG qui y voient une "violation du droit international sur l'asile".

"Demander l'asile n'est pas un crime même si on a franchi irrégulièrement une frontière. Nous demandons (...) que la détention soit l'exception absolue", a déclaré Philippe Leclerc du HCR.

"Toute violation du règlement intérieur (des futurs camps) affectera négativement la demande d'asile et accélérera le processus de retour du délinquant", a pourtant prévenu le ministre des Migrations.

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Sous pression, la Grèce prend le dossier migratoire à bras le corps

Le 21 février 2020 à03:12

Modifié le 21 février 2020 à 03:12

Mur flottant pour bloquer les canots de migrants, centres de rétention, reconductions à la frontière: sept mois après sa prise de fonctions, le gouvernement conservateur grec durcit sa politique en matière d'asile, sous la pression des îles égéennes exaspérées et au bord de l'asphyxie.

"La décongestion de nos îles est notre priorité numéro 1", a déclaré à l'AFP le ministre des Migrations Notis Mitarachi, dans un geste d'apaisement vers les insulaires qui multiplient les actions de protestation parfois émaillées d'incidents.

Cinq ans après la grande crise migratoire de 2015, la Grèce, à nouveau première porte d'entrée des migrants en Europe, peine à gérer les procédures de demande d'asile dont près de 90.000 sont à ce jour en souffrance, dans un pays qui compte 112.000 exilés, selon les derniers chiffres officiels.

Premières impactées, les cinq îles égéennes, où les migrants continuent d'affluer quotidiennement en provenance de la Turquie voisine.

Plus de 38.000 personnes vivent dans des camps surpeuplés et insalubres prévus pour 6.200 places. Tentes et abris de fortune aux allures de bidonville y poussent comme des champignons aux abords de ces sites, suscitant exaspération et réactions de rejet aux relents xénophobes.

"Il est essentiel de transférer dans les prochaines semaines autant de demandeurs d'asile que possible sur le continent où ils pourront poursuivre leur procédure de demande d'asile", a déclaré à l'AFP le représentant du Haut commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR) en Grèce, Philippe Leclerc, qui réclame "des conditions supplémentaires de réception" en Grèce continentale.

Après avoir transféré 9.000 demandeurs d'asile sur le continent (au lieu des 20.000 prévus) sur fond de grogne des habitants, le gouvernement de Kyriakos Mitsotakis élu en juillet se focalise désormais sur les reconductions à la frontière des déboutés du droit d'asile.

"Le processus de retour sera accéléré" vers la Turquie et vers les pays d'origine, a précisé Notis Mitarachi.

- Accélération des procédures -

Condition sine qua non: les services grecs de l'asile devront rendre plus rapidement leurs verdicts. La nouvelle législation, entrée en vigueur en janvier et vivement critiquée par les ONG, le leur permet.

"Je pense qu'il serait raisonnable de traiter les cas en trois mois", a estimé Notis Mitarachi. Priorité sera donnée aux nouveaux arrivants: 25 jours maximum pour gérer la première demande et jusqu'à 60 jours en cas d'appel, avant une reconduction sine die à la frontière pour les déboutés.

En outre, l'octroi de l'asile en Grèce sera réversible tous les trois ans, selon la situation dans le pays d'origine, a tranché le gouvernement, contraint de rétablir un ministère des Migrations supprimé à son arrivée au pouvoir.

Et pour décourager encore les exilés de traverser la mer Egée, le gouvernement prévoit d'installer un mur flottant de 2,7 kilomètres de long et d'1,10 mètre de haut.

Un projet controversé qui attire les foudres des organisations non gouvernementales. Human Rights Watch le considère comme "insensé et potentiellement dangereux" pour les frêles canots de migrants qui viendraient s'y accrocher la nuit.

Amnesty International s'est alarmé d'un plan "qui suscite de graves inquiétudes sur les capacités des sauveteurs à continuer à venir au secours de personnes tentant la périlleuse traversée maritime vers Lesbos".

Aux termes de sa nouvelle loi, la majorité de la droite Nouvelle Démocratie s'attaque aussi aux passeurs et aux éventuelles complicités, en prévoyant un registre des organisations humanitaires autorisées à intervenir auprès des migrants.

- "Camps prisons" -

Le gouvernement espérait au moins apaiser la colère des insulaires avec la fermeture des camps sordides de Moria (Lesbos), Vathy (Samos) et Vial (Chios), remplacés, à l'été, par de nouveaux centres "fermés".

Mais élus et habitants exigent "le désengorgement immédiat et massif des îles", d'où leur rejet sans équivoque d'un projet voué, selon eux, à héberger toujours plus de migrants dans des "camps prisons".

"Si nous acceptons un nouveau camp pour 7.000 personnes, il pourra accueillir officieusement 20 à 25.000 personnes", a déclaré le maire de Samos, Georgios Stantzos. La capacité de cinq camps sera théoriquement prévue pour 20.000 personnes.

Le projet suscite aussi les critiques d'ONG qui y voient une "violation du droit international sur l'asile".

"Demander l'asile n'est pas un crime même si on a franchi irrégulièrement une frontière. Nous demandons (...) que la détention soit l'exception absolue", a déclaré Philippe Leclerc du HCR.

"Toute violation du règlement intérieur (des futurs camps) affectera négativement la demande d'asile et accélérera le processus de retour du délinquant", a pourtant prévenu le ministre des Migrations.

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