Afghanistan: début d'une trêve historique d'une semaine

(AFP)

Une trêve partielle d'une semaine est entrée en vigueur samedi en Afghanistan, marquant un possible tournant historique dans le conflit de 18 ans entre l'armée américaine et les talibans.

Cette trêve graduelle était censée s'appliquer depuis minuit (vendredi 19H30 GMT), avant l'éventuelle signature d'un accord historique le 29 février, à condition qu'une baisse des attaques soit constatée sur tout le territoire afghan.

Malgré des incidents isolés depuis le début de la trêve, comme dans la province de Balkh (nord), où les insurgés ont tué deux soldats afghans selon un responsable local, le général Scott Miller, commandant des forces américaines et de l'Otan dans le pays, lors d'une conférence de presse à Kaboul samedi matin, s'est dit confiant.

"C'est le premier matin où je peux sortir sans la peur d’être tué par une bombe ou une attaque suicide", a déclaré à l'AFP Habib Ullah, chauffeur de taxi à Kaboul. "J'espère que cela va continuer pour toujours".

Qais Haqjo, forgeron de 23 ans, était moins optimiste. "Je pense que les Américains sont en train de s'enfuir et d'ouvrir la voie pour que les talibans reviennent et gouvernent le pays comme dans le milieu des années 1990", a-t-il dit dans son atelier dans la capitale afghane.

Cette trêve partielle, ou "réduction des violences", est censée démontrer la bonne volonté des insurgés islamistes avant la signature à la fin du mois d'un accord avec Washington, sur un retrait graduel des troupes américaines en échange notamment de garanties sécuritaires.

"C'est très clairement un effort conditionnel, c'est une période d'essai", a souligné le général Miller.

"Nous avons un très bon mécanisme pour mesurer ce qu'il se passe dans chaque camp", a-t-il indiqué, tout en admettant que la communication entre les deux parties serait cruciale pour le bon déroulement de cette trêve partielle.

Les deux camps resteront en contact via "une chaîne de communication militaire à Doha" afin surveiller la situation sur le terrain et réagir à d'éventuelles violations du cessez-le-feu, a-t-il précisé.

- 'Réduction des violences' -

"Nous avons stoppé nos opérations offensives sur le terrain", a ajouté le général Miller, tout en précisant que les forces américaines restaient prêtes à riposter en cas d'attaque.

Le ministre afghan de la Défense Assadullah Khalid a lui aussi confirmé lors de cette conférence de presse que toutes les opérations des forces afghanes étaient à l'arrêt, mais a mis en garde contre les risques de provocations.

Bien que les talibans aient affirmé que leurs combattants s'abstiendraient d'entrer dans les zones sous contrôle gouvernemental durant la trêve, un responsable afghan a assuré qu'ils seraient "les bienvenus" et que les forces de sécurité les accueilleraient "à bras ouverts", comme lors du cessez-le-feu de 2018.

"Nous avons reçu des ordres de nos dirigeants, nous demandant d'être prêts pour la réduction des violences", a déclaré à l'AFP un taliban du district de Maiwand, dans la province de Kandahar (sud).

Un autre commandant taliban basé à Kandahar, Hafiz Saeed Hedayat, a toutefois affirmé à l'AFP que la diminution des combats ne s'appliquerait qu'"aux villes et aux principales routes".

"Cela signifie que peut-être la violence se poursuivra dans les districts" ruraux, a-t-il souligné.

"Les prochaines étapes du processus de paix dépendront de l'évaluation de la réduction de la violence cette semaine", a averti le président afghan Ashraf Ghani, officiellement réélu cette semaine pour un second mandat, en référence à la possible signature d'un accord.

- Plus longue guerre américaine -

Une divergence semble toutefois déjà poindre entre les protagonistes sur le contenu du futur accord.

Un porte-parole taliban, Suhail Shaheen, a ainsi tweeté que l'accord verrait "toutes" les forces étrangères quitter l'Afghanistan, alors que Washington n'a pour l'instant évoqué qu'un retrait d'une partie de ses effectifs.

Sur quelque 12.000 à 13.000 soldats américains déployés en Afghanistan, où les Etats-Unis mènent la plus longue guerre de leur histoire, l'administration du président Donald Trump a annoncé vouloir réduire le nombre à 8.600 ou moins.

Les talibans ont été chassés du pouvoir en Afghanistan par une coalition internationale menée par les Etats-Unis après les attentats du 11 septembre 2001, perpétrés par le réseau Al-Qaïda d'Oussama Ben Laden.

Ils ont ensuite mené une guérilla incessante, qui a coûté la vie à plus de 2.400 soldats américains et des dizaines de milliers de membres des forces de sécurité afghanes.

Selon la Mission d'assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA), 3.404 civils ont été tués et 6.989 blessés en 2019.

En cas de signature de l'accord des discussions inter-afghanes doivent s'ouvrir, alors que les talibans refusent depuis 18 ans de négocier avec le gouvernement de Kaboul, qu'ils considèrent comme une "marionnette" de Washington.

D'après une source talibane au Pakistan, ces pourparlers devraient démarrer "le 10 mars".

De nombreux Afghans ont commencé à se dessiner un avenir de paix sur les réseaux sociaux, avec deux hashtags en dari et en pachtou, les deux principales langues du pays : #SiLaPaixRevient et #QuandIlYAuraUnCessez-le-feu.

Quoi de neuf ?
La carte de l'épidémie de coronavirus en temps réel
Rendez-vous Partenaires
(AFP)

Afghanistan: début d'une trêve historique d'une semaine

Le 22 février 2020 à12:26

Une trêve partielle d'une semaine est entrée en vigueur samedi en Afghanistan, marquant un possible tournant historique dans le conflit de 18 ans entre l'armée américaine et les talibans.

Cette trêve graduelle était censée s'appliquer depuis minuit (vendredi 19H30 GMT), avant l'éventuelle signature d'un accord historique le 29 février, à condition qu'une baisse des attaques soit constatée sur tout le territoire afghan.

Malgré des incidents isolés depuis le début de la trêve, comme dans la province de Balkh (nord), où les insurgés ont tué deux soldats afghans selon un responsable local, le général Scott Miller, commandant des forces américaines et de l'Otan dans le pays, lors d'une conférence de presse à Kaboul samedi matin, s'est dit confiant.

"C'est le premier matin où je peux sortir sans la peur d’être tué par une bombe ou une attaque suicide", a déclaré à l'AFP Habib Ullah, chauffeur de taxi à Kaboul. "J'espère que cela va continuer pour toujours".

Qais Haqjo, forgeron de 23 ans, était moins optimiste. "Je pense que les Américains sont en train de s'enfuir et d'ouvrir la voie pour que les talibans reviennent et gouvernent le pays comme dans le milieu des années 1990", a-t-il dit dans son atelier dans la capitale afghane.

Cette trêve partielle, ou "réduction des violences", est censée démontrer la bonne volonté des insurgés islamistes avant la signature à la fin du mois d'un accord avec Washington, sur un retrait graduel des troupes américaines en échange notamment de garanties sécuritaires.

"C'est très clairement un effort conditionnel, c'est une période d'essai", a souligné le général Miller.

"Nous avons un très bon mécanisme pour mesurer ce qu'il se passe dans chaque camp", a-t-il indiqué, tout en admettant que la communication entre les deux parties serait cruciale pour le bon déroulement de cette trêve partielle.

Les deux camps resteront en contact via "une chaîne de communication militaire à Doha" afin surveiller la situation sur le terrain et réagir à d'éventuelles violations du cessez-le-feu, a-t-il précisé.

- 'Réduction des violences' -

"Nous avons stoppé nos opérations offensives sur le terrain", a ajouté le général Miller, tout en précisant que les forces américaines restaient prêtes à riposter en cas d'attaque.

Le ministre afghan de la Défense Assadullah Khalid a lui aussi confirmé lors de cette conférence de presse que toutes les opérations des forces afghanes étaient à l'arrêt, mais a mis en garde contre les risques de provocations.

Bien que les talibans aient affirmé que leurs combattants s'abstiendraient d'entrer dans les zones sous contrôle gouvernemental durant la trêve, un responsable afghan a assuré qu'ils seraient "les bienvenus" et que les forces de sécurité les accueilleraient "à bras ouverts", comme lors du cessez-le-feu de 2018.

"Nous avons reçu des ordres de nos dirigeants, nous demandant d'être prêts pour la réduction des violences", a déclaré à l'AFP un taliban du district de Maiwand, dans la province de Kandahar (sud).

Un autre commandant taliban basé à Kandahar, Hafiz Saeed Hedayat, a toutefois affirmé à l'AFP que la diminution des combats ne s'appliquerait qu'"aux villes et aux principales routes".

"Cela signifie que peut-être la violence se poursuivra dans les districts" ruraux, a-t-il souligné.

"Les prochaines étapes du processus de paix dépendront de l'évaluation de la réduction de la violence cette semaine", a averti le président afghan Ashraf Ghani, officiellement réélu cette semaine pour un second mandat, en référence à la possible signature d'un accord.

- Plus longue guerre américaine -

Une divergence semble toutefois déjà poindre entre les protagonistes sur le contenu du futur accord.

Un porte-parole taliban, Suhail Shaheen, a ainsi tweeté que l'accord verrait "toutes" les forces étrangères quitter l'Afghanistan, alors que Washington n'a pour l'instant évoqué qu'un retrait d'une partie de ses effectifs.

Sur quelque 12.000 à 13.000 soldats américains déployés en Afghanistan, où les Etats-Unis mènent la plus longue guerre de leur histoire, l'administration du président Donald Trump a annoncé vouloir réduire le nombre à 8.600 ou moins.

Les talibans ont été chassés du pouvoir en Afghanistan par une coalition internationale menée par les Etats-Unis après les attentats du 11 septembre 2001, perpétrés par le réseau Al-Qaïda d'Oussama Ben Laden.

Ils ont ensuite mené une guérilla incessante, qui a coûté la vie à plus de 2.400 soldats américains et des dizaines de milliers de membres des forces de sécurité afghanes.

Selon la Mission d'assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA), 3.404 civils ont été tués et 6.989 blessés en 2019.

En cas de signature de l'accord des discussions inter-afghanes doivent s'ouvrir, alors que les talibans refusent depuis 18 ans de négocier avec le gouvernement de Kaboul, qu'ils considèrent comme une "marionnette" de Washington.

D'après une source talibane au Pakistan, ces pourparlers devraient démarrer "le 10 mars".

De nombreux Afghans ont commencé à se dessiner un avenir de paix sur les réseaux sociaux, avec deux hashtags en dari et en pachtou, les deux principales langues du pays : #SiLaPaixRevient et #QuandIlYAuraUnCessez-le-feu.

Quoi de neuf ?
La carte de l'épidémie de coronavirus en temps réel

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.