Coronavirus: plan exceptionnel de l'UE pour relancer des économies durement touchées

(AFP)

Pour relancer des économies européennes qui, comme celles du monde entier, ont payé un prix exorbitant à pandémie de coronavirus, la Commission européenne a dévoilé mercredi un plan de relance exceptionnel de 750 milliards d'euros.

A l'heure où l'Asie semble en bonne voie vers une sortie de crise, l'Europe accélère son déconfinement et l'Amérique du Sud s'enlise, le coût social et économique de l'épidémie, qui s'ajoute au terrible bilan humain, apparaît chaque jour davantage.

Alors que la barre des 350.000 morts dans le monde (plus des trois quarts en Europe et aux Etats-Unis) a été franchie mercredi, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a appelé les 27 à "mettre de côté les vieux préjugés" pour soutenir ce plan d'aide exceptionnel.

Alimenté par des emprunts à grande échelle au nom de l'UE, il sera redistribué pour deux-tiers en subventions et pour un tiers sous forme de prêts.

Parmi les plus touchées par la crise sanitaire, Italie et Espagne pourraient recevoir plus de 172 et 140 milliards d'euros respectivement via cet instrument. Rome et Madrid se sont d'ailleurs félicitées des annonces.

La France serait le quatrième principal bénéficiaire, après la Pologne, avec 38,7 milliards de subventions. Paris a dit espérer un accord des 27 sur ce plan d'ici à juillet, tout en prévoyant des négociations "difficiles" avec les pays dits "frugaux" (Pays-Bas, Danemark, Autriche et Suède), qui y sont hostiles.

Tout en se félicitant de certains points positifs, le chancelier autrichien Sebastian Kurz a qualifié le plan de "base de négociations", estimant que la part entre subventions et prêts "doit encore être négociée".

Réaction similaire de Copenhague, favorable à un plan basé uniquement sur des prêts et qui a estimé que l'annonce de la Commission marquait le "début des négociations".

Mais "en fin de compte, nous devons trouver un compromis acceptable pour tous. Ce ne sera donc vraiment pas facile", a prévenu le ministre danois des Affaires étrangères Jeppe Kofod.

Un plan de relance est nécessaire "aider à remettre sur pied les économies" européennes, a aussi admis le Premier ministre suédois Stefan Lofven tout en estimant "surprenant" le montant prévu de subventions assorties d'"aucune demande de remboursement".

Outre l'UE, les indicateurs économiques et sociaux sont au rouge dans le monde entier, même dans les pays dans lesquels les systèmes de santé ont résisté.

Selon l'ONG Oxfam, la crise sanitaire pourrait précipiter 500 millions de personnes dans la pauvreté.

"Je me couvre le visage parce que j'ai vraiment honte, je n'avais jamais demandé de la nourriture", confie Jacqueline Alvarez, 42 ans, qui fait la queue avec près de 700 autres devant une association du quartier populaire d'Aluche, transformée en banque alimentaire.

En Espagne, la pauvreté explose plus vite que lors de la crise financière de 2008. Mais le monde entier est touché.

- "Faire la manche"

Au Brésil, les experts s'attendent à une chute de 6 à 10% du PIB cette année, avec taux de chômage bondissant de 12,2% actuellement à plus de 18%.

En France, le PIB s'est effondré d'environ 20% du PIB au 2e trimestre et devrait se contracter de plus de 8% sur l'année, "la plus importante récession depuis la création des comptes nationaux en 1948", selon l'Institut national de la statistique.

Après l'Argentine et le Liban, qui se sont déclarés en défaut de paiement, les experts du G20 craignent que la pandémie ne provoque avant la fin de l'année une contagion de défaillances chez les pays émergents, incapables d'honorer les remboursements de leurs dettes.

En Afrique du Sud, considérée par la Banque mondiale comme le pays le plus inégalitaire au monde, la pandémie a accru la misère et plongé dans le dénuement bon nombre des quelque 4 millions d'étrangers, la plupart illégaux.

Migrants et réfugiés ne peuvent plus travailler en raison du confinement. "Avant, ils étaient employés dans des boutiques, ou vendaient au coin de la rue. Mais ils n'en ont plus le droit", explique l'avocat Alfred Djanga, porte-parole de familles réfugiées à Johannesburg. "Sans papiers, ils n'ont pas d'autre choix que de faire la manche".

Le coronavirus fait des ravages dans les économies, les systèmes sociaux et sanitaires de la planète, et pèse aussi lourdement dans les têtes des soignants, soumis à une surcharge de travail et à un stress exceptionnels.

"On a tous les ingrédients d'un risque majeur de stress post-traumatique", estime Xavier Noël, expert des questions de santé mentale à l'Université libre de Bruxelles.

Ceux qui interviennent en soins intensifs "ont fait face à un taux de décès et à une manière de mourir totalement inhabituels, dans un contexte plus déshumanisé, sans la présence des familles pour les soulager sur la prise de décision", dit-il à l'AFP.

Une étude menée début mai auprès de 3.300 soignants de Belgique néerlandophone montre que 15% songent à "quitter la profession" contre 6% en temps normal.

Une étude de l'université de Madrid montre que 51% des 1.200 soignants espagnols interrogés présentent des "symptômes dépressifs" et 53% des signes "compatibles avec un stress post-traumatique".

En Amérique latine, le nombre quotidien de nouvelles contaminations a dépassé celui de l'Europe et des Etats-Unis, faisant du continent latino-américain "sans aucun doute" le nouvel épicentre de la pandémie, selon l'Organisation panaméricaine de la santé (OPS), basée à Washington.

La propagation du coronavirus "s'accélère" au Brésil, au Pérou et au Chili, souligne cette antenne régionale de l'Organisation mondiale de la Santé qui se dit "particulièrement inquiète", appelant ces pays à ne pas relâcher les mesures destinées à ralentir les contaminations.

"Le nombre de nouveaux cas enregistré la semaine dernière au Brésil est le plus haut sur une période de sept jours, depuis le début de la pandémie", souligne Carissa Etienne, directrice de l'OPS.

Le Pérou a enregistré un record de 5.772 nouvelles contaminations en 24 heures, pour un total de près de 130.000, a annoncé mardi le ministère de la Santé.

- Nouvel épicentre -

Dans une Europe où les chiffres s'améliorent chaque jour, la pression monte pour une réouverture coordonnée des frontières.

L'Italie pousse à une reprise concertée des déplacements en Europe le 15 juin, qui pourrait devenir le "D-Day" du tourisme, a indiqué lundi soir son ministre des Affaires étrangères Luigi Di Maio.

En Pologne, la population ne sera plus obligée à partir du weekend de porter des masques, à condition de laisser une distance de deux mètres entre chaque personnes.

Côté traitements, la France a interdit mercredi la prescription dans les hôpitaux d'hydroxychloroquine - médicament controversé - contre la maladie Covid-19, hors essais cliniques.

burs-mm-ayv/fjb

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Coronavirus: plan exceptionnel de l'UE pour relancer des économies durement touchées

Le 27 mai 2020 à17:12

Pour relancer des économies européennes qui, comme celles du monde entier, ont payé un prix exorbitant à pandémie de coronavirus, la Commission européenne a dévoilé mercredi un plan de relance exceptionnel de 750 milliards d'euros.

A l'heure où l'Asie semble en bonne voie vers une sortie de crise, l'Europe accélère son déconfinement et l'Amérique du Sud s'enlise, le coût social et économique de l'épidémie, qui s'ajoute au terrible bilan humain, apparaît chaque jour davantage.

Alors que la barre des 350.000 morts dans le monde (plus des trois quarts en Europe et aux Etats-Unis) a été franchie mercredi, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a appelé les 27 à "mettre de côté les vieux préjugés" pour soutenir ce plan d'aide exceptionnel.

Alimenté par des emprunts à grande échelle au nom de l'UE, il sera redistribué pour deux-tiers en subventions et pour un tiers sous forme de prêts.

Parmi les plus touchées par la crise sanitaire, Italie et Espagne pourraient recevoir plus de 172 et 140 milliards d'euros respectivement via cet instrument. Rome et Madrid se sont d'ailleurs félicitées des annonces.

La France serait le quatrième principal bénéficiaire, après la Pologne, avec 38,7 milliards de subventions. Paris a dit espérer un accord des 27 sur ce plan d'ici à juillet, tout en prévoyant des négociations "difficiles" avec les pays dits "frugaux" (Pays-Bas, Danemark, Autriche et Suède), qui y sont hostiles.

Tout en se félicitant de certains points positifs, le chancelier autrichien Sebastian Kurz a qualifié le plan de "base de négociations", estimant que la part entre subventions et prêts "doit encore être négociée".

Réaction similaire de Copenhague, favorable à un plan basé uniquement sur des prêts et qui a estimé que l'annonce de la Commission marquait le "début des négociations".

Mais "en fin de compte, nous devons trouver un compromis acceptable pour tous. Ce ne sera donc vraiment pas facile", a prévenu le ministre danois des Affaires étrangères Jeppe Kofod.

Un plan de relance est nécessaire "aider à remettre sur pied les économies" européennes, a aussi admis le Premier ministre suédois Stefan Lofven tout en estimant "surprenant" le montant prévu de subventions assorties d'"aucune demande de remboursement".

Outre l'UE, les indicateurs économiques et sociaux sont au rouge dans le monde entier, même dans les pays dans lesquels les systèmes de santé ont résisté.

Selon l'ONG Oxfam, la crise sanitaire pourrait précipiter 500 millions de personnes dans la pauvreté.

"Je me couvre le visage parce que j'ai vraiment honte, je n'avais jamais demandé de la nourriture", confie Jacqueline Alvarez, 42 ans, qui fait la queue avec près de 700 autres devant une association du quartier populaire d'Aluche, transformée en banque alimentaire.

En Espagne, la pauvreté explose plus vite que lors de la crise financière de 2008. Mais le monde entier est touché.

- "Faire la manche"

Au Brésil, les experts s'attendent à une chute de 6 à 10% du PIB cette année, avec taux de chômage bondissant de 12,2% actuellement à plus de 18%.

En France, le PIB s'est effondré d'environ 20% du PIB au 2e trimestre et devrait se contracter de plus de 8% sur l'année, "la plus importante récession depuis la création des comptes nationaux en 1948", selon l'Institut national de la statistique.

Après l'Argentine et le Liban, qui se sont déclarés en défaut de paiement, les experts du G20 craignent que la pandémie ne provoque avant la fin de l'année une contagion de défaillances chez les pays émergents, incapables d'honorer les remboursements de leurs dettes.

En Afrique du Sud, considérée par la Banque mondiale comme le pays le plus inégalitaire au monde, la pandémie a accru la misère et plongé dans le dénuement bon nombre des quelque 4 millions d'étrangers, la plupart illégaux.

Migrants et réfugiés ne peuvent plus travailler en raison du confinement. "Avant, ils étaient employés dans des boutiques, ou vendaient au coin de la rue. Mais ils n'en ont plus le droit", explique l'avocat Alfred Djanga, porte-parole de familles réfugiées à Johannesburg. "Sans papiers, ils n'ont pas d'autre choix que de faire la manche".

Le coronavirus fait des ravages dans les économies, les systèmes sociaux et sanitaires de la planète, et pèse aussi lourdement dans les têtes des soignants, soumis à une surcharge de travail et à un stress exceptionnels.

"On a tous les ingrédients d'un risque majeur de stress post-traumatique", estime Xavier Noël, expert des questions de santé mentale à l'Université libre de Bruxelles.

Ceux qui interviennent en soins intensifs "ont fait face à un taux de décès et à une manière de mourir totalement inhabituels, dans un contexte plus déshumanisé, sans la présence des familles pour les soulager sur la prise de décision", dit-il à l'AFP.

Une étude menée début mai auprès de 3.300 soignants de Belgique néerlandophone montre que 15% songent à "quitter la profession" contre 6% en temps normal.

Une étude de l'université de Madrid montre que 51% des 1.200 soignants espagnols interrogés présentent des "symptômes dépressifs" et 53% des signes "compatibles avec un stress post-traumatique".

En Amérique latine, le nombre quotidien de nouvelles contaminations a dépassé celui de l'Europe et des Etats-Unis, faisant du continent latino-américain "sans aucun doute" le nouvel épicentre de la pandémie, selon l'Organisation panaméricaine de la santé (OPS), basée à Washington.

La propagation du coronavirus "s'accélère" au Brésil, au Pérou et au Chili, souligne cette antenne régionale de l'Organisation mondiale de la Santé qui se dit "particulièrement inquiète", appelant ces pays à ne pas relâcher les mesures destinées à ralentir les contaminations.

"Le nombre de nouveaux cas enregistré la semaine dernière au Brésil est le plus haut sur une période de sept jours, depuis le début de la pandémie", souligne Carissa Etienne, directrice de l'OPS.

Le Pérou a enregistré un record de 5.772 nouvelles contaminations en 24 heures, pour un total de près de 130.000, a annoncé mardi le ministère de la Santé.

- Nouvel épicentre -

Dans une Europe où les chiffres s'améliorent chaque jour, la pression monte pour une réouverture coordonnée des frontières.

L'Italie pousse à une reprise concertée des déplacements en Europe le 15 juin, qui pourrait devenir le "D-Day" du tourisme, a indiqué lundi soir son ministre des Affaires étrangères Luigi Di Maio.

En Pologne, la population ne sera plus obligée à partir du weekend de porter des masques, à condition de laisser une distance de deux mètres entre chaque personnes.

Côté traitements, la France a interdit mercredi la prescription dans les hôpitaux d'hydroxychloroquine - médicament controversé - contre la maladie Covid-19, hors essais cliniques.

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