La BCE devrait renforcer son bazooka face à la crise du coronavirus

(AFP)

La Banque centrale européenne (BCE) devrait renforcer jeudi son arsenal de soutien à l'économie, bien au-delà des mesures d'urgence dégainées en mars, tant l'impact du nouveau coronavirus promet de se faire sentir encore plusieurs années.

Selon nombre d'analystes, le programme PEPP visant à limiter les effets de la pandémie, initialement doté de 750 milliards d'euros pour racheter des obligations publiques et privées, devrait être gonflé de 500 milliards d'euros.

Ce bazooka inédit, qui avait déjà engagé 235 milliards d'euros à fin mai, devrait être prolongé "jusqu'en septembre 2021", selon Frederik Ducrozet, stratégiste chez Pictet Wealth Management.

"Rarement les arguments en faveur d'un renforcement du stimulus monétaire de la BCE n'ont été aussi forts", résume Holger Schmieding, économiste chez Berenberg.

Pour se décider, les gardiens de l'euro disposeront d'un nouveau jeu de prévisions macroéconomiques courant jusqu'en 2022, évaluation cruciale de l'ampleur et la durée de la crise.

D'ores et déjà, la présidente de la BCE Christine Lagarde table sur un recul du produit intérieur brut de la zone euro compris entre 8 et 12% cette année, avant une reprise aux contours incertains.

Difficulté supplémentaire: si les mesures de confinement ont entraîné un choc économique "très symétrique", qui a frappé tous les pays autour de la mi-mars, le rebond s'annonce "beaucoup plus asymétrique", observe Carsten Brzeski, de la banque ING.

- Obligations "pourries" -

Selon la virulence de l'épidémie, les secteurs touchés et les filets de sécurité déployés pour protéger l'emploi, "de nombreuses économies périphériques risquent une récession plus durable", ajoute-t-il.

L'inflation est elle retombée à 0,1% en mai et pourrait afficher zéro sur l'année avant de remonter timidement à 0,7% en 2021, selon Capital Economics, très loin de l'objectif "proche de 2%" derrière lequel la BCE court depuis 2013.

Face à ce tableau sombre, la BCE ne devrait pas toucher à ses taux, et confirmera en particulier le taux négatif de 0,50% frappant les liquidités des banques qui ne sont pas distribuées dans l'économie.

Mais le plafond des dépôts exonérés du taux négatif pourrait être relevé, au moment où les liquidités en excès augmentent en réponse aux mesures de soutien, estime M. Ducrozet.

L'institution pourrait en revanche faire entrer dans le périmètre de ses rachats les obligations de sociétés dont la note financière a basculé en territoire "pourri", devenant ce que le marché appelle des "anges déchus".

Elle pourrait aussi annoncer sa volonté de réinvestir à leur échéance les titres participant au PEPP, pour mieux piloter ce stock d'actifs sur le long terme, comme elle le fait déjà pour son programme "QE" de rachats d'actifs mis en place en 2015.

- Menace judiciaire -

Comme les Etats de la zone euro s'endettent de manière exponentielle, sans parler d'un possible emprunt européen à venir, la BCE va également discuter de la "clé de répartition" des rachats de dette souveraine, prévue pour refléter la part de chaque Etat membre dans son capital, estime Fritzi Köhler-Geib, cheffe économiste à la KfW.

Des écarts par rapport à cette règle ont été observés dans le cadre du PEPP, mais "pour la plupart négligeables et moins importants qu'attendu pour l'Italie", pays frappé de plein fouet par la crise sanitaire, note Chiara Cremonesi, stratégiste chez UniCredit.

Mais ouvrir ce chantier aussi technique que politique comporte un risque majeur: dans un arrêt retentissant début mai, la Cour constitutionnelle allemande a sommé la BCE de justifier d'ici août ses rachats de dette, tout en faisant des "clés de répartition" une condition de leur validité.

Certes, Mme Lagarde devrait répéter jeudi que la BCE n'est soumise qu'à la Cour de justice de l'Union européenne, qui a adoubé ses rachats d'obligations.

Mais cette menace judiciaire pourrait raviver les craintes d'un éclatement de la zone euro, surtout "si le fossé économique se creuse à nouveau" entre pays membres et que la BCE est bridée dans son action, avertit Carsten Brzeski.

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La BCE devrait renforcer son bazooka face à la crise du coronavirus

Le 04 juin 2020 à03:33

La Banque centrale européenne (BCE) devrait renforcer jeudi son arsenal de soutien à l'économie, bien au-delà des mesures d'urgence dégainées en mars, tant l'impact du nouveau coronavirus promet de se faire sentir encore plusieurs années.

Selon nombre d'analystes, le programme PEPP visant à limiter les effets de la pandémie, initialement doté de 750 milliards d'euros pour racheter des obligations publiques et privées, devrait être gonflé de 500 milliards d'euros.

Ce bazooka inédit, qui avait déjà engagé 235 milliards d'euros à fin mai, devrait être prolongé "jusqu'en septembre 2021", selon Frederik Ducrozet, stratégiste chez Pictet Wealth Management.

"Rarement les arguments en faveur d'un renforcement du stimulus monétaire de la BCE n'ont été aussi forts", résume Holger Schmieding, économiste chez Berenberg.

Pour se décider, les gardiens de l'euro disposeront d'un nouveau jeu de prévisions macroéconomiques courant jusqu'en 2022, évaluation cruciale de l'ampleur et la durée de la crise.

D'ores et déjà, la présidente de la BCE Christine Lagarde table sur un recul du produit intérieur brut de la zone euro compris entre 8 et 12% cette année, avant une reprise aux contours incertains.

Difficulté supplémentaire: si les mesures de confinement ont entraîné un choc économique "très symétrique", qui a frappé tous les pays autour de la mi-mars, le rebond s'annonce "beaucoup plus asymétrique", observe Carsten Brzeski, de la banque ING.

- Obligations "pourries" -

Selon la virulence de l'épidémie, les secteurs touchés et les filets de sécurité déployés pour protéger l'emploi, "de nombreuses économies périphériques risquent une récession plus durable", ajoute-t-il.

L'inflation est elle retombée à 0,1% en mai et pourrait afficher zéro sur l'année avant de remonter timidement à 0,7% en 2021, selon Capital Economics, très loin de l'objectif "proche de 2%" derrière lequel la BCE court depuis 2013.

Face à ce tableau sombre, la BCE ne devrait pas toucher à ses taux, et confirmera en particulier le taux négatif de 0,50% frappant les liquidités des banques qui ne sont pas distribuées dans l'économie.

Mais le plafond des dépôts exonérés du taux négatif pourrait être relevé, au moment où les liquidités en excès augmentent en réponse aux mesures de soutien, estime M. Ducrozet.

L'institution pourrait en revanche faire entrer dans le périmètre de ses rachats les obligations de sociétés dont la note financière a basculé en territoire "pourri", devenant ce que le marché appelle des "anges déchus".

Elle pourrait aussi annoncer sa volonté de réinvestir à leur échéance les titres participant au PEPP, pour mieux piloter ce stock d'actifs sur le long terme, comme elle le fait déjà pour son programme "QE" de rachats d'actifs mis en place en 2015.

- Menace judiciaire -

Comme les Etats de la zone euro s'endettent de manière exponentielle, sans parler d'un possible emprunt européen à venir, la BCE va également discuter de la "clé de répartition" des rachats de dette souveraine, prévue pour refléter la part de chaque Etat membre dans son capital, estime Fritzi Köhler-Geib, cheffe économiste à la KfW.

Des écarts par rapport à cette règle ont été observés dans le cadre du PEPP, mais "pour la plupart négligeables et moins importants qu'attendu pour l'Italie", pays frappé de plein fouet par la crise sanitaire, note Chiara Cremonesi, stratégiste chez UniCredit.

Mais ouvrir ce chantier aussi technique que politique comporte un risque majeur: dans un arrêt retentissant début mai, la Cour constitutionnelle allemande a sommé la BCE de justifier d'ici août ses rachats de dette, tout en faisant des "clés de répartition" une condition de leur validité.

Certes, Mme Lagarde devrait répéter jeudi que la BCE n'est soumise qu'à la Cour de justice de l'Union européenne, qui a adoubé ses rachats d'obligations.

Mais cette menace judiciaire pourrait raviver les craintes d'un éclatement de la zone euro, surtout "si le fossé économique se creuse à nouveau" entre pays membres et que la BCE est bridée dans son action, avertit Carsten Brzeski.

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