Face aux partenaires sociaux, Castex ouvre son agenda social

(AFP)

Après le baptême du feu au Parlement, l'agenda social: Jean Castex a commencé à recevoir jeudi à Matignon les partenaires sociaux, qui, compte tenu de la crise sociale, ont tous mis en avant la question de "l'emploi" plutôt que celle des retraites dont ils ne veulent pas entendre parler dans l'immédiat.

Des premières heures de la matinée jusqu'au soir jeudi, avant une reprise vendredi après-midi, c'est le grand défilé des syndicats et du patronat à Matignon - en présence de la nouvelle ministre du Travail, Élisabeth Borne - pour prendre le pouls des intentions du nouveau Premier ministre.

Ouvrant le bal, le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger s'est félicité d'une prise de contact "très franche, très ouverte sur la question de la méthode".

"Changement d'hommes, changement de style", a ajouté M. Berger qui avait été l'interlocuteur clé du précédent locataire des lieux, Édouard Philippe, lors de la réforme des retraites dont les soubresauts avaient rythmé l'hiver dernier, avant d'être suspendue par l'épidémie de coronavirus.

"Très direct et très franc", "presque rugbyman", a abondé le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, qui a glissé qu'il avait déjà fréquenté Jean Castex dans le cadre de ses anciennes fonctions de délégué interministériel aux JO 2024.

Pour autant, sur le fond, Laurent Berger, seul syndicat a être favorable au principe du régime universel de retraite à points, a répété jeudi que ce dossier n'était "pas le sujet de l'été et de l'automne".

"On a clairement dit au Premier ministre que la question des retraites ne devait pas venir polluer la question de la relance", a-t-il insisté, en soulignant que "la priorité aujourd'hui, c'est l'emploi".

Yves Veyrier, secrétaire général de Force Ouvrière, est allé dans le même sens, expliquant que les syndicats et le patronat français ont tous déjà dit: "ce n'est vraiment pas le moment". "Il faut se mettre en mode pause", a renchéri François Asselin, président de la confédération des petites et moyennes entreprises (CPME).

Il n'est "pas question" d'avoir "des mesures d'âge", comme par exemple l'allongement de la durée de cotisation, pour remédier à la question du financement, a ajouté Yves Veyrier, qui craint que cette option soit retenue.

"Discutons à la rentrée, mais avec des chiffres" à jour concernant le déficit du système actuel, a insisté pour sa part M. Roux de Bézieux.

M. Castex, lui, avait déjà fait part de sa détermination à régler ce dossier "à court terme", à rebours des partenaires sociaux. "Refuser de parler des retraites lorsque l'équilibre des comptes, et donc la sauvegarde du système actuel se trouve compromise, serait irresponsable", a-t-il plaidé mercredi devant le Sénat.

"Je vais rouvrir le dialogue, toutes les organisations syndicales viendront discuter avec moi (...) et nous nous mettrons d'accord sur une méthode et un calendrier", a ajouté le chef du gouvernement lors de la séance des questions d'actualité.

- "Provocation" -

M. Castex a aussi dessiné sa méthode: la réforme du système, et donc des régimes spéciaux, sera séparée "des dispositions qu'il y a lieu de prendre pour sauvegarder le système actuel", d'ordre financier. D'après une estimation provisoire du Conseil d'orientation des retraites (COR), le déficit du système de retraites devrait approcher cette année le niveau record de 30 milliards d'euros, très loin des 4 milliards attendus avant la crise.

"Ressortir le dossier de la réforme universelle (...) franchement c'est de la provocation", a tempêté en retour le patron de la CFE-CGC François Hommeril.

Outre les retraites, d'autres importants chantiers sont en jachère, comme la réforme de l'assurance chômage dont le deuxième volet devait entrer en vigueur au 1er septembre. M. Castex a redit jeudi sa volonté de la décaler, alors que les syndicats en réclament l'abandon.

Le nouveau Premier ministre arrive en tout cas précédé d'une réputation flatteuse de "super négociateur", comme le dépeint un ancien collaborateur du cabinet de Xavier Bertrand, que M. Castex a dirigé à la Santé (2006-2007) puis au Travail (2007-2008).

"Le dialogue et la concertation, on en entendait déjà parler avant et ça n'a pas eu lieu", a déjà rétorqué mercredi, circonspect, le leader de la CGT Philippe Martinez.

Tous doivent se retrouver la semaine prochaine, pour une multilatérale à Matignon, a priori le 17 juillet selon FO et la CFDT.

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Face aux partenaires sociaux, Castex ouvre son agenda social

Le 09 juillet 2020 à13:43

Après le baptême du feu au Parlement, l'agenda social: Jean Castex a commencé à recevoir jeudi à Matignon les partenaires sociaux, qui, compte tenu de la crise sociale, ont tous mis en avant la question de "l'emploi" plutôt que celle des retraites dont ils ne veulent pas entendre parler dans l'immédiat.

Des premières heures de la matinée jusqu'au soir jeudi, avant une reprise vendredi après-midi, c'est le grand défilé des syndicats et du patronat à Matignon - en présence de la nouvelle ministre du Travail, Élisabeth Borne - pour prendre le pouls des intentions du nouveau Premier ministre.

Ouvrant le bal, le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger s'est félicité d'une prise de contact "très franche, très ouverte sur la question de la méthode".

"Changement d'hommes, changement de style", a ajouté M. Berger qui avait été l'interlocuteur clé du précédent locataire des lieux, Édouard Philippe, lors de la réforme des retraites dont les soubresauts avaient rythmé l'hiver dernier, avant d'être suspendue par l'épidémie de coronavirus.

"Très direct et très franc", "presque rugbyman", a abondé le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, qui a glissé qu'il avait déjà fréquenté Jean Castex dans le cadre de ses anciennes fonctions de délégué interministériel aux JO 2024.

Pour autant, sur le fond, Laurent Berger, seul syndicat a être favorable au principe du régime universel de retraite à points, a répété jeudi que ce dossier n'était "pas le sujet de l'été et de l'automne".

"On a clairement dit au Premier ministre que la question des retraites ne devait pas venir polluer la question de la relance", a-t-il insisté, en soulignant que "la priorité aujourd'hui, c'est l'emploi".

Yves Veyrier, secrétaire général de Force Ouvrière, est allé dans le même sens, expliquant que les syndicats et le patronat français ont tous déjà dit: "ce n'est vraiment pas le moment". "Il faut se mettre en mode pause", a renchéri François Asselin, président de la confédération des petites et moyennes entreprises (CPME).

Il n'est "pas question" d'avoir "des mesures d'âge", comme par exemple l'allongement de la durée de cotisation, pour remédier à la question du financement, a ajouté Yves Veyrier, qui craint que cette option soit retenue.

"Discutons à la rentrée, mais avec des chiffres" à jour concernant le déficit du système actuel, a insisté pour sa part M. Roux de Bézieux.

M. Castex, lui, avait déjà fait part de sa détermination à régler ce dossier "à court terme", à rebours des partenaires sociaux. "Refuser de parler des retraites lorsque l'équilibre des comptes, et donc la sauvegarde du système actuel se trouve compromise, serait irresponsable", a-t-il plaidé mercredi devant le Sénat.

"Je vais rouvrir le dialogue, toutes les organisations syndicales viendront discuter avec moi (...) et nous nous mettrons d'accord sur une méthode et un calendrier", a ajouté le chef du gouvernement lors de la séance des questions d'actualité.

- "Provocation" -

M. Castex a aussi dessiné sa méthode: la réforme du système, et donc des régimes spéciaux, sera séparée "des dispositions qu'il y a lieu de prendre pour sauvegarder le système actuel", d'ordre financier. D'après une estimation provisoire du Conseil d'orientation des retraites (COR), le déficit du système de retraites devrait approcher cette année le niveau record de 30 milliards d'euros, très loin des 4 milliards attendus avant la crise.

"Ressortir le dossier de la réforme universelle (...) franchement c'est de la provocation", a tempêté en retour le patron de la CFE-CGC François Hommeril.

Outre les retraites, d'autres importants chantiers sont en jachère, comme la réforme de l'assurance chômage dont le deuxième volet devait entrer en vigueur au 1er septembre. M. Castex a redit jeudi sa volonté de la décaler, alors que les syndicats en réclament l'abandon.

Le nouveau Premier ministre arrive en tout cas précédé d'une réputation flatteuse de "super négociateur", comme le dépeint un ancien collaborateur du cabinet de Xavier Bertrand, que M. Castex a dirigé à la Santé (2006-2007) puis au Travail (2007-2008).

"Le dialogue et la concertation, on en entendait déjà parler avant et ça n'a pas eu lieu", a déjà rétorqué mercredi, circonspect, le leader de la CGT Philippe Martinez.

Tous doivent se retrouver la semaine prochaine, pour une multilatérale à Matignon, a priori le 17 juillet selon FO et la CFDT.

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