Brésil: malgré le coronavirus, l'insolente santé de l'agronégoce

(AFP)

"Une fois la pandémie passée, je pars en vacances en Europe!", lance Rodrigo Pozzobon, ingénieur agronome dans l'Etat brésilien du Mato Grosso (centre-ouest) où l'agronégoce affiche une santé insolente, stimulée par la forte demande chinoise.

Une longue piste de terre rouge conduit à "Jaçana", la ferme de 2.350 hectares de Rodrigo Pozzobon, dans la commune de Vera, à une soixantaine de km de Sorriso, considérée comme la capitale brésilienne de l'agronégoce. La zone compte 1,5 million d'hectares de cultures, l'équivalent de la moitié de la Belgique.

Les champs de soja et de maïs, en majorité transgéniques, sont secs désormais. Les récoltes ont eu lieu il y a quelques semaines et ont été vendues aux grandes société de commercialisation installées dans la région, telles que Cargill, Dreyfus, Bunge ou encore Cofco. Leur premier acheteur est la Chine, qui a représenté 72,6% des ventes au cours des sept premiers mois de l'année.

Outre la demande de la Chine, qui assure ainsi l'alimentation de ses porcs et de ses volailles, la guerre commerciale entre Pékin et Washington et la chute du réal de 25% cette année face au dollar ont favorisé l'agronégoce brésilien, qui représente plus d'un cinquième du Produit intérieur brut (PIB) du pays.

Les exportations de soja, principal produit d'exportation brésilien, ont ainsi augmenté de 36,3% en volume et de 33,3% en valeur entre janvier et juillet par rapport à la même période en 2019. Près de 70 millions de tonnes ont été exportées pour 23,8 milliards de dollars.

Une envolée qui pourrait même faire chuter les stocks de soja du Brésil, le plus gros exportateur mondial, à un plus bas historique, malgré les récoltes record de cette année.

Une bonne santé qui contraste avec les autres secteurs productifs de la première économie d'Amérique latine. Cette année, le PIB devrait connaître une baisse historique de 6% en raison de la pandémie de coronavirus, malgré une progression de 2% du secteur agricole, selon l'Institut de recherche en économie appliquée (Ipea).

- Recul de la forêt amazonienne -

Mais l'agronégoce brésilien, qui a vu fortement progresser ses exportations de viande bovine (+32,3%) et de viande de porc (+51,7%), n'échappe pas aux soupçons sur sa responsabilité dans la déforestation de l'Amazonie, où la surface déboisée depuis le début 2020 a déjà dépassé les niveaux record de l'an dernier.

Un survol de Sorriso, Vera ou Sinop, autre région de l'agronégoce du Mato Grosso, suffit pour constater le recul de la forêt tropicale. Depuis l'arrivée au pouvoir en 2019 du président d'extrême droite Jair Bolsonaro, partisan d'une ouverture de l'Amazonie aux activités minières, agricoles et d'élevage, les tensions autour de la gestion de l'Amazonie n'ont jamais été aussi fortes.

La famille de Rodrigo Pozzobon, d'origine italienne, a participé au mouvement migratoire des années 70 entre le sud du Brésil et cette vaste région agricole située entre le plateau central du Cerrado et l'Amazonie.

Pour l'agriculteur, il est possible d'augmenter la production agricole sans détruire la forêt, en transformant par exemple en cultures les millions d'hectares déjà déboisés et qui servent de pâturage au bétail.

Il rappelle que depuis quelques années, les fermiers sont obligés de laisser 80% de leurs vastes terres à l'état naturel et d'en exploiter seulement 20%.

"Dans le passé, nous avons mal agi car nous avons déboisé, et certaines fermes ont déboisé plus que ce qui était autorisé. Mais cela a été corrigé et nous avons été obligés de verser des compensations environnementales", assure-t-il, en référence aux amendes qui servent ensuite à financer la protection de la forêt.

Interdits par la loi, les incendies volontaires pratiqués par les agriculteurs sur les zones déboisées pour cultiver ou faire paître le bétail se poursuivent toutefois dans la région amazonienne pendant la saison sèche qui commence en juillet.

Non loin de Sinop, l'AFP a ainsi repéré plusieurs champs brûlés. Sans contrôle, les feux ont pénétré la forêt où ils ont fini par s'éteindre naturellement, non sans provoquer des dégâts.

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Brésil: malgré le coronavirus, l'insolente santé de l'agronégoce

Le 12 août 2020 à16:27

"Une fois la pandémie passée, je pars en vacances en Europe!", lance Rodrigo Pozzobon, ingénieur agronome dans l'Etat brésilien du Mato Grosso (centre-ouest) où l'agronégoce affiche une santé insolente, stimulée par la forte demande chinoise.

Une longue piste de terre rouge conduit à "Jaçana", la ferme de 2.350 hectares de Rodrigo Pozzobon, dans la commune de Vera, à une soixantaine de km de Sorriso, considérée comme la capitale brésilienne de l'agronégoce. La zone compte 1,5 million d'hectares de cultures, l'équivalent de la moitié de la Belgique.

Les champs de soja et de maïs, en majorité transgéniques, sont secs désormais. Les récoltes ont eu lieu il y a quelques semaines et ont été vendues aux grandes société de commercialisation installées dans la région, telles que Cargill, Dreyfus, Bunge ou encore Cofco. Leur premier acheteur est la Chine, qui a représenté 72,6% des ventes au cours des sept premiers mois de l'année.

Outre la demande de la Chine, qui assure ainsi l'alimentation de ses porcs et de ses volailles, la guerre commerciale entre Pékin et Washington et la chute du réal de 25% cette année face au dollar ont favorisé l'agronégoce brésilien, qui représente plus d'un cinquième du Produit intérieur brut (PIB) du pays.

Les exportations de soja, principal produit d'exportation brésilien, ont ainsi augmenté de 36,3% en volume et de 33,3% en valeur entre janvier et juillet par rapport à la même période en 2019. Près de 70 millions de tonnes ont été exportées pour 23,8 milliards de dollars.

Une envolée qui pourrait même faire chuter les stocks de soja du Brésil, le plus gros exportateur mondial, à un plus bas historique, malgré les récoltes record de cette année.

Une bonne santé qui contraste avec les autres secteurs productifs de la première économie d'Amérique latine. Cette année, le PIB devrait connaître une baisse historique de 6% en raison de la pandémie de coronavirus, malgré une progression de 2% du secteur agricole, selon l'Institut de recherche en économie appliquée (Ipea).

- Recul de la forêt amazonienne -

Mais l'agronégoce brésilien, qui a vu fortement progresser ses exportations de viande bovine (+32,3%) et de viande de porc (+51,7%), n'échappe pas aux soupçons sur sa responsabilité dans la déforestation de l'Amazonie, où la surface déboisée depuis le début 2020 a déjà dépassé les niveaux record de l'an dernier.

Un survol de Sorriso, Vera ou Sinop, autre région de l'agronégoce du Mato Grosso, suffit pour constater le recul de la forêt tropicale. Depuis l'arrivée au pouvoir en 2019 du président d'extrême droite Jair Bolsonaro, partisan d'une ouverture de l'Amazonie aux activités minières, agricoles et d'élevage, les tensions autour de la gestion de l'Amazonie n'ont jamais été aussi fortes.

La famille de Rodrigo Pozzobon, d'origine italienne, a participé au mouvement migratoire des années 70 entre le sud du Brésil et cette vaste région agricole située entre le plateau central du Cerrado et l'Amazonie.

Pour l'agriculteur, il est possible d'augmenter la production agricole sans détruire la forêt, en transformant par exemple en cultures les millions d'hectares déjà déboisés et qui servent de pâturage au bétail.

Il rappelle que depuis quelques années, les fermiers sont obligés de laisser 80% de leurs vastes terres à l'état naturel et d'en exploiter seulement 20%.

"Dans le passé, nous avons mal agi car nous avons déboisé, et certaines fermes ont déboisé plus que ce qui était autorisé. Mais cela a été corrigé et nous avons été obligés de verser des compensations environnementales", assure-t-il, en référence aux amendes qui servent ensuite à financer la protection de la forêt.

Interdits par la loi, les incendies volontaires pratiqués par les agriculteurs sur les zones déboisées pour cultiver ou faire paître le bétail se poursuivent toutefois dans la région amazonienne pendant la saison sèche qui commence en juillet.

Non loin de Sinop, l'AFP a ainsi repéré plusieurs champs brûlés. Sans contrôle, les feux ont pénétré la forêt où ils ont fini par s'éteindre naturellement, non sans provoquer des dégâts.

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