Dans la Bible Belt, les catholiques partagés face au choix de Trump pour la Cour suprême

(AFP)

Certains saluent sa "ferveur" religieuse, d'autres estiment que sa nomination est précipitée: à la sortie de la messe du dimanche, devant une église catholique du Mississippi, les fidèles se divisent sur la juge Amy Coney Barrett.

Donald Trump a désigné samedi cette magistrate conservatrice de 48 ans, catholique pratiquante et opposée à l'avortement, pour remplacer la défunte Ruth Bader Ginsburg à la Cour suprême des Etats-Unis.

En lice pour sa réélection, le président mise sur la majorité républicaine au Sénat pour confirmer son choix avant le scrutin du 3 novembre et ancrer durablement à droite la haute juridiction.

Il espère ainsi galvaniser les électeurs les plus religieux, notamment tous ceux qui veulent voir la Cour suprême revenir sur son arrêt de 1973, Roe v Wade, ayant légalisé le droit des Américaines à interrompre leur grossesse.

"L'avortement est une question centrale, beaucoup de mes amis vont voter républicain pour cette raison", reconnaît Kathleen Feyen, 87 ans, en sortant de l'église Christ the King à Jackson.

Avec ou sans clocher, immenses ou minuscules, pimpantes ou défraîchies, des centaines d'églises de toutes les confessions se dressent à chaque carrefour, ou presque, dans cette ville du Mississippi, l'un des Etats les plus religieux des Etats-Unis, dans le sud du pays.

Selon l'institut Pew, 82% de ses trois millions d'habitants n'ont aucun doute sur l'existence de Dieu, trois quart prient au moins une fois par jour, et 59% jugent que l'avortement devrait être illégal dans la plupart des cas.

"Moi aussi, je suis contre l'avortement", confie Kathleen Feyen, reflétant la position officielle de l'Eglise catholique. "Mais ce n'est pas le seul problème, parce qu'on tue aussi des gens en ne prenant pas soin d'eux", ajoute cette petite femme blanche.

Pour elle, la charité chrétienne impose de "se concentrer sur les pauvres et les nécessiteux" mais le gouvernement de Donald Trump "ne le fait pas du tout" et "des gens meurent parce qu'ils n'ont pas d'assurance maladie".

En écho au rival démocrate du président, Joe Biden, elle estime donc "qu'il aurait fallu attendre après l'élection pour nommer un nouveau juge à la Cour suprême".

- "Sept enfants" -

A quelques pas, un groupe de femmes noires, soucieuses de ne pas être nommées, relèvent qu'Amy Coney Barrett "n'est pas encore juge" et espèrent que les sénateurs bloqueront sa nomination.

Mais, reflétant les divisions des catholiques à l'échelle nationale, tous les fidèles ne sont pas de cet avis. Derek Singleton, un fonctionnaire très élégant dans un costume vert éclatant, loue ainsi "une catholique fervente qui vit sa foi" et ne se contente pas de la brandir.

"Elle a sept enfants. Vous en connaissez beaucoup des bons catholiques qui ont sept enfants ?", relève ce sexagénaire noir. "Elle a l'air très intelligente, elle devrait bien faire" à la Cour suprême, ajoute-t-il, en jugeant lui aussi que l'avortement est "mal moralement".

Comme lui, de nombreux Afro-Américains du Mississippi sont conservateurs sur le plan des valeurs, même si, ici comme ailleurs aux Etats-Unis, "ils tendent à voter pour les démocrates", souligne l'historienne Stephanie Rolph.

Soucieux de ne pas heurter un électorat qu'il cultive, Joe Biden s'est d'ailleurs fait très discret sur le droit à l'avortement dans ses réactions à la nomination de la juge Barrett. A l'inverse, il affiche souvent sa foi catholique, la religion d'environ 20% d'Américains.

Mais pour George Jones III, un Afro-Américain de 77 ans converti au catholicisme, cela n'a pas plus d'importance que les valeurs de la juge Barrett, parce que, selon lui, il n'est pas bon de mêler religion et politique.

"Il y a une norme constitutionnelle sur l'Etat et la religion dont il faut suivre toutes les dimensions", rappelle-t-il en référence au premier amendement qui garantit la liberté de religion mais prévoit aussi sa séparation d'avec l'Etat.

D'ailleurs, il est bien content que chez les catholiques, "on ne parle pas de politique pendant la messe".

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Dans la Bible Belt, les catholiques partagés face au choix de Trump pour la Cour suprême

Le 28 septembre 2020 à02:04

Certains saluent sa "ferveur" religieuse, d'autres estiment que sa nomination est précipitée: à la sortie de la messe du dimanche, devant une église catholique du Mississippi, les fidèles se divisent sur la juge Amy Coney Barrett.

Donald Trump a désigné samedi cette magistrate conservatrice de 48 ans, catholique pratiquante et opposée à l'avortement, pour remplacer la défunte Ruth Bader Ginsburg à la Cour suprême des Etats-Unis.

En lice pour sa réélection, le président mise sur la majorité républicaine au Sénat pour confirmer son choix avant le scrutin du 3 novembre et ancrer durablement à droite la haute juridiction.

Il espère ainsi galvaniser les électeurs les plus religieux, notamment tous ceux qui veulent voir la Cour suprême revenir sur son arrêt de 1973, Roe v Wade, ayant légalisé le droit des Américaines à interrompre leur grossesse.

"L'avortement est une question centrale, beaucoup de mes amis vont voter républicain pour cette raison", reconnaît Kathleen Feyen, 87 ans, en sortant de l'église Christ the King à Jackson.

Avec ou sans clocher, immenses ou minuscules, pimpantes ou défraîchies, des centaines d'églises de toutes les confessions se dressent à chaque carrefour, ou presque, dans cette ville du Mississippi, l'un des Etats les plus religieux des Etats-Unis, dans le sud du pays.

Selon l'institut Pew, 82% de ses trois millions d'habitants n'ont aucun doute sur l'existence de Dieu, trois quart prient au moins une fois par jour, et 59% jugent que l'avortement devrait être illégal dans la plupart des cas.

"Moi aussi, je suis contre l'avortement", confie Kathleen Feyen, reflétant la position officielle de l'Eglise catholique. "Mais ce n'est pas le seul problème, parce qu'on tue aussi des gens en ne prenant pas soin d'eux", ajoute cette petite femme blanche.

Pour elle, la charité chrétienne impose de "se concentrer sur les pauvres et les nécessiteux" mais le gouvernement de Donald Trump "ne le fait pas du tout" et "des gens meurent parce qu'ils n'ont pas d'assurance maladie".

En écho au rival démocrate du président, Joe Biden, elle estime donc "qu'il aurait fallu attendre après l'élection pour nommer un nouveau juge à la Cour suprême".

- "Sept enfants" -

A quelques pas, un groupe de femmes noires, soucieuses de ne pas être nommées, relèvent qu'Amy Coney Barrett "n'est pas encore juge" et espèrent que les sénateurs bloqueront sa nomination.

Mais, reflétant les divisions des catholiques à l'échelle nationale, tous les fidèles ne sont pas de cet avis. Derek Singleton, un fonctionnaire très élégant dans un costume vert éclatant, loue ainsi "une catholique fervente qui vit sa foi" et ne se contente pas de la brandir.

"Elle a sept enfants. Vous en connaissez beaucoup des bons catholiques qui ont sept enfants ?", relève ce sexagénaire noir. "Elle a l'air très intelligente, elle devrait bien faire" à la Cour suprême, ajoute-t-il, en jugeant lui aussi que l'avortement est "mal moralement".

Comme lui, de nombreux Afro-Américains du Mississippi sont conservateurs sur le plan des valeurs, même si, ici comme ailleurs aux Etats-Unis, "ils tendent à voter pour les démocrates", souligne l'historienne Stephanie Rolph.

Soucieux de ne pas heurter un électorat qu'il cultive, Joe Biden s'est d'ailleurs fait très discret sur le droit à l'avortement dans ses réactions à la nomination de la juge Barrett. A l'inverse, il affiche souvent sa foi catholique, la religion d'environ 20% d'Américains.

Mais pour George Jones III, un Afro-Américain de 77 ans converti au catholicisme, cela n'a pas plus d'importance que les valeurs de la juge Barrett, parce que, selon lui, il n'est pas bon de mêler religion et politique.

"Il y a une norme constitutionnelle sur l'Etat et la religion dont il faut suivre toutes les dimensions", rappelle-t-il en référence au premier amendement qui garantit la liberté de religion mais prévoit aussi sa séparation d'avec l'Etat.

D'ailleurs, il est bien content que chez les catholiques, "on ne parle pas de politique pendant la messe".

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