Après l'attentat de Bagdad, des centaines d'exécutions en attente

(AFP)

Les défenseurs des droits humains s'inquiètent d'une possible recrudescence d'exécutions en Irak, la présidence ayant donné des gages à des Irakiens réclamant des actes forts après l'attentat sanglant de Bagdad.

Un responsable au sein de la présidence a réaffirmé dimanche que "plus de 340 ordres d'exécution (...) pour des faits criminels ou de terrorisme" avaient été ratifiés mais pas mis en oeuvre jusqu'alors, pouvant entraîner à tout moment des pendaisons dans le pays, l'un de ceux qui appliquent le plus la peine capitale dans le monde.

Tous ces ordres ont été signés après 2014, soit en quasi-totalité sous la présidence de Fouad Massoum, au pire de la percée du groupe Etat islamique (EI), a précisé lundi un autre responsable à la présidence.

Selon le premier responsable qui s'exprimait également sous couvert d'anonymat, les ratifications ont "continué" sous le mandat entamé en 2018 de Barham Saleh --connu pour être à titre personnel contre la peine de mort.

Si l'Irak a procédé en 2019 à plus d'une exécution sur sept dans le monde --soit 100 condamnés pendus en un an--, il est coutumier des exécutions dans la foulée d'un attentat ayant choqué l'opinion.

L'ancien Premier ministre Haider al-Abadi a frappé fort en juin 2018 en faisant exécuter treize jihadistes et en publiant pour la première fois les photos des pendaisons, pour calmer les critiques contre son manque de fermeté après l'assassinat de huit civils par l'EI.

- "Options limitées" -

Un attentat revendiqué par le groupe jihadiste a fait jeudi 32 morts sur un marché très fréquenté de Bagdad, provoquant un choc inédit chez une population habituée à une relative tranquillité depuis la défaite militaire de l'EI fin 2017 en Irak.

L'annonce de la présidence est donc, relève Belkis Wille de Human Rights Watch, une nouvelle preuve que "la peine de mort est un outil politique".

"Les dirigeants usent de ce genre d'annonces pour dire aux gens qu'ils agissent pour eux, sans prendre en considération le fait que les procès sont viciés", affirme-t-elle à l'AFP.

De fait, M. Saleh est accusé sur les réseaux sociaux depuis l'attentat de jeudi de ne "pas appliquer les sentences" à l'encontre des prisonniers jihadistes "qui promettent des assauts sur des prisons".

Pris entre une opinion publique réclamant vengeance et des appareils politique, sécuritaire et judiciaire incapables d'arrêter la vague jihadiste, "l'Irak se retrouve toujours avec des options limitées", explique à l'AFP Ali Bayati, membre de la Commission gouvernementale des droits humains.

"La peine de mort est légale et nous n'avons pas de centre de déradicalisation alors certains jihadistes transforment les prisons en centres de recrutement", souligne M. Bayati.

"Mais effectivement, nous n'avons pas de garanties claires et transparentes dans le processus d'enquêtes et de procès et les organisations des droits humains ne sont pas autorisées à jouer leur rôle", poursuit-il.

- "Privation de vie arbitraire" -

Pour la haute-Commissaire aux droits de l'homme de l'ONU Michelle Bachelet, il y a en Irak "de fréquentes violations des droits à un procès équitable, une représentation juridique inefficace, une trop grande confiance dans les aveux et de nombreuses accusations de torture et de mauvais traitements". Donc l'application de la peine de mort y relève plutôt "de la privation arbitraire de la vie par l'Etat", a-t-elle indiqué fin 2020.

La communauté internationale a mené campagne en novembre 2020 après l'exécution de 21 condamnés, quasiment tous pour "terrorisme", alors que circulaient des informations sur un possible calendrier accéléré d'exécutions.

Aucune exécution n'a été signalée depuis mais toutes ne sont pas annoncées officiellement.

En 2020, l'AFP a eu connaissance d'une trentaine d'exécutions. L'Irak est le quatrième pays qui exécute le plus au monde derrière la Chine, l'Iran et l'Arabie saoudite, selon Amnesty International.

Depuis plusieurs années, les tribunaux irakiens ont ordonné des centaines de peines capitales et de condamnations à perpétuité car le Code pénal prévoit une sentence jusqu'à la mort pour quiconque a rejoint "un groupe terroriste", que l'accusé ait combattu ou non dans ses rangs.

Jusqu'ici, aucun des étrangers de l'EI condamnés à mort n'a été pendu mais onze Français et un Belge attendent actuellement leur exécution en Irak.

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Après l'attentat de Bagdad, des centaines d'exécutions en attente

Le 25 janvier 2021 à13:34

Les défenseurs des droits humains s'inquiètent d'une possible recrudescence d'exécutions en Irak, la présidence ayant donné des gages à des Irakiens réclamant des actes forts après l'attentat sanglant de Bagdad.

Un responsable au sein de la présidence a réaffirmé dimanche que "plus de 340 ordres d'exécution (...) pour des faits criminels ou de terrorisme" avaient été ratifiés mais pas mis en oeuvre jusqu'alors, pouvant entraîner à tout moment des pendaisons dans le pays, l'un de ceux qui appliquent le plus la peine capitale dans le monde.

Tous ces ordres ont été signés après 2014, soit en quasi-totalité sous la présidence de Fouad Massoum, au pire de la percée du groupe Etat islamique (EI), a précisé lundi un autre responsable à la présidence.

Selon le premier responsable qui s'exprimait également sous couvert d'anonymat, les ratifications ont "continué" sous le mandat entamé en 2018 de Barham Saleh --connu pour être à titre personnel contre la peine de mort.

Si l'Irak a procédé en 2019 à plus d'une exécution sur sept dans le monde --soit 100 condamnés pendus en un an--, il est coutumier des exécutions dans la foulée d'un attentat ayant choqué l'opinion.

L'ancien Premier ministre Haider al-Abadi a frappé fort en juin 2018 en faisant exécuter treize jihadistes et en publiant pour la première fois les photos des pendaisons, pour calmer les critiques contre son manque de fermeté après l'assassinat de huit civils par l'EI.

- "Options limitées" -

Un attentat revendiqué par le groupe jihadiste a fait jeudi 32 morts sur un marché très fréquenté de Bagdad, provoquant un choc inédit chez une population habituée à une relative tranquillité depuis la défaite militaire de l'EI fin 2017 en Irak.

L'annonce de la présidence est donc, relève Belkis Wille de Human Rights Watch, une nouvelle preuve que "la peine de mort est un outil politique".

"Les dirigeants usent de ce genre d'annonces pour dire aux gens qu'ils agissent pour eux, sans prendre en considération le fait que les procès sont viciés", affirme-t-elle à l'AFP.

De fait, M. Saleh est accusé sur les réseaux sociaux depuis l'attentat de jeudi de ne "pas appliquer les sentences" à l'encontre des prisonniers jihadistes "qui promettent des assauts sur des prisons".

Pris entre une opinion publique réclamant vengeance et des appareils politique, sécuritaire et judiciaire incapables d'arrêter la vague jihadiste, "l'Irak se retrouve toujours avec des options limitées", explique à l'AFP Ali Bayati, membre de la Commission gouvernementale des droits humains.

"La peine de mort est légale et nous n'avons pas de centre de déradicalisation alors certains jihadistes transforment les prisons en centres de recrutement", souligne M. Bayati.

"Mais effectivement, nous n'avons pas de garanties claires et transparentes dans le processus d'enquêtes et de procès et les organisations des droits humains ne sont pas autorisées à jouer leur rôle", poursuit-il.

- "Privation de vie arbitraire" -

Pour la haute-Commissaire aux droits de l'homme de l'ONU Michelle Bachelet, il y a en Irak "de fréquentes violations des droits à un procès équitable, une représentation juridique inefficace, une trop grande confiance dans les aveux et de nombreuses accusations de torture et de mauvais traitements". Donc l'application de la peine de mort y relève plutôt "de la privation arbitraire de la vie par l'Etat", a-t-elle indiqué fin 2020.

La communauté internationale a mené campagne en novembre 2020 après l'exécution de 21 condamnés, quasiment tous pour "terrorisme", alors que circulaient des informations sur un possible calendrier accéléré d'exécutions.

Aucune exécution n'a été signalée depuis mais toutes ne sont pas annoncées officiellement.

En 2020, l'AFP a eu connaissance d'une trentaine d'exécutions. L'Irak est le quatrième pays qui exécute le plus au monde derrière la Chine, l'Iran et l'Arabie saoudite, selon Amnesty International.

Depuis plusieurs années, les tribunaux irakiens ont ordonné des centaines de peines capitales et de condamnations à perpétuité car le Code pénal prévoit une sentence jusqu'à la mort pour quiconque a rejoint "un groupe terroriste", que l'accusé ait combattu ou non dans ses rangs.

Jusqu'ici, aucun des étrangers de l'EI condamnés à mort n'a été pendu mais onze Français et un Belge attendent actuellement leur exécution en Irak.

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