Pakistan : Omar Sheikh, d'une éducation occidentalisée aux errements jihadistes

(AFP)

Ahmed Omar Saeed Sheikh, qui a passé 18 ans derrière les barreaux pour l'enlèvement et le meurtre en 2002 du journaliste américain Daniel Pearl, avant d'être acquitté jeudi par la Cour suprême pakistanaise, a sacrifié une vie facile à ses convictions jihadistes.

Né à Londres en 1973 dans une famille pakistanaise aisée, Omar Sheikh a reçu une éducation privilégiée, fréquentant une école primaire privée à Londres, l'Aitchison College de Lahore au Pakistan et la prestigieuse London School of Economics (LSE).

Mais après une seule année d'études à la LSE, il s'est détourné de ce milieu occidentalisé. Au début des années 90, pendant le conflit dans les Balkans, il se serait rendu en Bosnie où, au contact de militants pakistanais, se serait affermi son engagement islamiste.

Cet ancien passionné de boxe et de lutte serait ensuite rentré au Pakistan, avant de passer plusieurs mois dans un camp d'entraînement militaire en Afghanistan, puis d'aller combattre les troupes indiennes au Cachemire, un territoire de l'Himalaya disputé entre l'Inde et le Pakistan.

En Inde, il s'est livré en 1994 à son premier kidnapping, enlevant un Américain et trois touristes britanniques.

La police indienne le captura après une fusillade, le prenant initialement pour l'un des otages britanniques en raison de son accent et de son allure occidentale. Il fut emprisonné à New Delhi sans jamais être inculpé.

En prison là-bas, il a rencontré un autre jihadiste pakistanais, Maulana Masood Azhar, fondateur en 2000 du groupe islamiste cachemiri Jaish-e-Mohammed (JeM).

L'Inde a relâché les deux hommes en 1999 en échange des passagers d'un avion d'Indian Airlines détourné par des pirates de l'air.

Omar Sheikh est ensuite rentré dans sa famille à Lahore, dans l'est du Pakistan, se mariant en novembre 2000.

Il a plus tard fait connaissance de Daniel Pearl, correspondant du quotidien américain The Wall Street Journal en Asie, qui enquêtait sur le milieu opaque des groupes islamistes pakistanais après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis.

- Un subterfuge -

Ils ont échangé plusieurs e-mails, selon la police, au moment où le journaliste cherchait à être introduit auprès de dirigeants de ces mouvements.

Dans leur correspondance, Omar Sheikh apparaissait comme un homme charmant, se consacrant entièrement à sa famille. Mais, selon l'accusation, tout ceci n'était qu'un subterfuge pour piéger Daniel Pearl, qui a mené à sa disparition le 23 janvier 2002 à Karachi, dans le sud du Pakistan.

Arrêté le mois suivant, Omar Sheikh s'est d'abord vanté devant un tribunal de Karachi d'avoir orchestré l'enlèvement, affirmant que le journaliste était mort.

Une semaine plus tard, une vidéo montrant la décapitation de Daniel Pearl était remise au consulat des États-Unis dans cette ville.

Pendant son procès, Omar Sheikh n'avait toutefois cessé de nier les faits.

A l'annonce de sa condamnation à mort en juin 2002, il s'était montré une nouvelle fois provocateur. "On verra qui mourra le premier, moi ou les autorités qui m'ont condamné à mort", avait-il ainsi écrit dans un message lu par son avocat devant le tribunal.

Une enquête indépendante réalisée sur trois années dans le cadre du "Pearl Project" avait démontré en 2011 qu'Omar Sheikh n'avait pas tué lui-même le journaliste, mais l'avait accusé d'avoir ordonné son exécution.

Selon Asra Nomani, une ancienne collègue et une amie de Daniel Pearl, qui avait dirigé cette enquête, c'est le Pakistanais Khaled Cheikh Mohammed (KSM selon ses initiales en anglais), le cerveau auto-proclamé des attentats du 11 septembre 2001, qui l'avait exécuté.

En avril 2020, la Haute cour de la province du Sindh (sud) avait annulé la condamnation à mort d'Omar Sheikh et commué sa peine en sept années de prison pour enlèvement, une durée couverte par ses longues années en détention.

La Cour suprême a confirmé jeudi l'annulation de sa condamnation à mort et l'a également acquitté des accusations d'enlèvement, ordonnant sa remise en liberté immédiate.

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Pakistan : Omar Sheikh, d'une éducation occidentalisée aux errements jihadistes

Le 28 janvier 2021 à13:37

Ahmed Omar Saeed Sheikh, qui a passé 18 ans derrière les barreaux pour l'enlèvement et le meurtre en 2002 du journaliste américain Daniel Pearl, avant d'être acquitté jeudi par la Cour suprême pakistanaise, a sacrifié une vie facile à ses convictions jihadistes.

Né à Londres en 1973 dans une famille pakistanaise aisée, Omar Sheikh a reçu une éducation privilégiée, fréquentant une école primaire privée à Londres, l'Aitchison College de Lahore au Pakistan et la prestigieuse London School of Economics (LSE).

Mais après une seule année d'études à la LSE, il s'est détourné de ce milieu occidentalisé. Au début des années 90, pendant le conflit dans les Balkans, il se serait rendu en Bosnie où, au contact de militants pakistanais, se serait affermi son engagement islamiste.

Cet ancien passionné de boxe et de lutte serait ensuite rentré au Pakistan, avant de passer plusieurs mois dans un camp d'entraînement militaire en Afghanistan, puis d'aller combattre les troupes indiennes au Cachemire, un territoire de l'Himalaya disputé entre l'Inde et le Pakistan.

En Inde, il s'est livré en 1994 à son premier kidnapping, enlevant un Américain et trois touristes britanniques.

La police indienne le captura après une fusillade, le prenant initialement pour l'un des otages britanniques en raison de son accent et de son allure occidentale. Il fut emprisonné à New Delhi sans jamais être inculpé.

En prison là-bas, il a rencontré un autre jihadiste pakistanais, Maulana Masood Azhar, fondateur en 2000 du groupe islamiste cachemiri Jaish-e-Mohammed (JeM).

L'Inde a relâché les deux hommes en 1999 en échange des passagers d'un avion d'Indian Airlines détourné par des pirates de l'air.

Omar Sheikh est ensuite rentré dans sa famille à Lahore, dans l'est du Pakistan, se mariant en novembre 2000.

Il a plus tard fait connaissance de Daniel Pearl, correspondant du quotidien américain The Wall Street Journal en Asie, qui enquêtait sur le milieu opaque des groupes islamistes pakistanais après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis.

- Un subterfuge -

Ils ont échangé plusieurs e-mails, selon la police, au moment où le journaliste cherchait à être introduit auprès de dirigeants de ces mouvements.

Dans leur correspondance, Omar Sheikh apparaissait comme un homme charmant, se consacrant entièrement à sa famille. Mais, selon l'accusation, tout ceci n'était qu'un subterfuge pour piéger Daniel Pearl, qui a mené à sa disparition le 23 janvier 2002 à Karachi, dans le sud du Pakistan.

Arrêté le mois suivant, Omar Sheikh s'est d'abord vanté devant un tribunal de Karachi d'avoir orchestré l'enlèvement, affirmant que le journaliste était mort.

Une semaine plus tard, une vidéo montrant la décapitation de Daniel Pearl était remise au consulat des États-Unis dans cette ville.

Pendant son procès, Omar Sheikh n'avait toutefois cessé de nier les faits.

A l'annonce de sa condamnation à mort en juin 2002, il s'était montré une nouvelle fois provocateur. "On verra qui mourra le premier, moi ou les autorités qui m'ont condamné à mort", avait-il ainsi écrit dans un message lu par son avocat devant le tribunal.

Une enquête indépendante réalisée sur trois années dans le cadre du "Pearl Project" avait démontré en 2011 qu'Omar Sheikh n'avait pas tué lui-même le journaliste, mais l'avait accusé d'avoir ordonné son exécution.

Selon Asra Nomani, une ancienne collègue et une amie de Daniel Pearl, qui avait dirigé cette enquête, c'est le Pakistanais Khaled Cheikh Mohammed (KSM selon ses initiales en anglais), le cerveau auto-proclamé des attentats du 11 septembre 2001, qui l'avait exécuté.

En avril 2020, la Haute cour de la province du Sindh (sud) avait annulé la condamnation à mort d'Omar Sheikh et commué sa peine en sept années de prison pour enlèvement, une durée couverte par ses longues années en détention.

La Cour suprême a confirmé jeudi l'annulation de sa condamnation à mort et l'a également acquitté des accusations d'enlèvement, ordonnant sa remise en liberté immédiate.

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