Gestion chaotique de Casablanca: le Conseil de la ville se justifie

Mercredi 2 octobre, intéressant échange public entre Abdessamad Haiker, 1er vice-présent du conseil de la ville de Casablanca et Mehdi Ezzouate, coordinateur général du mouvement "Wlad Derb". Le sujet ? Le bilan à mi-mandat de la gestion de la métropole. Et surtout, l’état du transport public par autobus et celui du nettoiement et du dossier de la décharge de Médiouna.

Le 04 octobre 2019 à 15:44

Modifié le 07 octobre 2019 à 12:41

L’événement était organisé par la Chabiba (Jeunesse) de la Justice et du développement (PJD).

Haïker a présenté sa lecture quant à la gestion de la Ville. Une lecture avec une part d’autocritique et une part également où il jette la responsabilité sur d’autres:

-"La Ville n’est qu’un intervenant parmi d’autres ;

-J’ai des rêves mais je n’ai pas les prérogatives pour les concrétiser, ni les moyens.

-Nous ne pouvons faire que ce que permet la loi".

Il a également bien chargé les anciennes équipes qui ont dirigé la Ville.

Le second, Mehdi Ezzouate, a appelé Haiker à assumer la responsabilité des nombreux problèmes que connaît la métropole.

« Casablanca est plus propre depuis quelques mois »

Lors de cette rencontre, Haiker s’est plus focalisé sur les sujets qui font polémique ces derniers jours, à savoir le transport en commun et la propreté de la ville. Il a étalé tous les problèmes rencontrés par son équipe dans la gestion de ces deux dossiers.

Concernant le nettoiement, à son arrivée en 2016, le nouveau bureau du conseil de la ville s’est retrouvé avec des contrats de gestion déléguée de très longue durée, mais sans résultats concrets. Ces contrats ont été signés à l’ère de Mohamed Sajid.

La ville a donc formé et mis en place une équipe de 40 contrôleurs, chargés du suivi et du contrôle des prestations des deux anciens gestionnaires, Sita Blanca et Averda.

"Nous avons découvert que les deux sociétés priorisaient la collecte des gravats au lieu des déchets ménagers, ce qui nous a coûté une somme astronomique en 2016", puisque à cette époque il y avait encore le système de règlement par tonnage.

En gros, "nous avons découvert que les deux sociétés ne respectaient pas les clauses des contrats signés avec la commune". L’accord avec Sita Blanca a été résilié en octobre 2017, et celui avec Averda, en mai 2018.

En juin 2019, la ville a mandaté Averda et Derichebourg pour la gestion déléguée de la collecte des déchets à Casablanca. Un nouveau cahier des charges a été établi, contenant plusieurs nouveautés, notamment :

- l’augmentation du budget annuel alloué par la ville de Casablanca, (932 MDH hors taxes);

- l’obligation de résultats et non des moyens;

- et la collecte des déchets durant le soir pour éviter les embouteillages.

Les nouveaux gestionnaires disposent d’une période transitoire de 6 mois pour importer de manière progressive tous les équipements nécessaires au bon déroulement de leurs prestations, notamment les camions et chariots de balayage manuels, équipés de GPS. Les deux sociétés doivent donc être prêtes en décembre 2019.

Selon Haiker, "l’activité d’Averda et Derichebourg vient de démarrer il y a quelques mois et on remarque déjà la différence. Casablanca est plus propre". 

« La décharge de Mediouna, une vrai catastrophe »

C’est ce qu’a déclaré le 1er vice-président du Conseil de la ville de Casablanca.

"Le contrat avec Ecomed, signé en 2008, était encore au point zéro en 2016. A l’époque, les membres de la commune de Casablanca n’ont pas réussi à mettre à la disposition de la société un casier d’enfouissement de déchets de 94 ha, comme le stipulait le contrat". 

"3 mois après notre arrivée à la commune, nous avons réussi à acheter un terrain de 35 ha, qui sera dédié à la construction d’une décharge contrôlée. En décembre 2018, nous avons résilié le contrat qui nous liait à Ecomed".

Depuis, c'est SOS NDD qui gère la période transitoire, en attendant la désignation du nouveau gestionnaire. Un appel à manifestations d’intérêt a été lancé en 2018 par le conseil de la ville dans ce sens. 11 sociétés ont soumissionné, mais le dossier traine encore et le résultat de cet AMI n’a jusqu’à présent pas encore été dévoilé. 

Par ailleurs, "à travers une étude de faisabilité réalisée par Casa Prestations, la commune a aussi décidé de passer à la valorisation des déchets et d’abandonner l’enfouissement. A cet effet, un appel d’offres international portant sur la construction d’une unité de traitement et de valorisation des déchets a été lancé en 2018, et ses résultats seront dévoilés dans les mois qui viennent".

Cette unité devrait être opérationnelle d’ici deux ans et demi ou 3 ans, souligne Haiker, mais en attendant, les déchets seront ensevelis et traités dans un casier d’enfouissement de 7 ha, et pourront par la suite être transférés vers la nouvelle unité de traitement.

Cette unité sera financée par le gouvernement à hauteur de 1,5 MMDH.

Transport par bus: encore plusieurs mois de galère 

Les Casablancais souffrent de la mauvaise qualité du service de transport en commun par autobus depuis la signature du contrat de gestion déléguée du réseau de bus en novembre 2004, entre M'dina Bus, actuel gestionnaire, et la ville.

Ce contrat s’achève à la fin du mois en cours. Les bus se font donc de plus en plus rares, abandonnant à leur sort les dizaines de milliers d’usagers. Selon Haiker, seuls 400 bus appartenant à M'dina Bus circulent actuellement à Casablanca. Selon nos informations, il y a seulement 200 bus en circulation.

La journée du mardi 2 octobre dernier a été particulièrement marquée par une grève des chauffeurs de M’dina Bus. Les camionnettes et les triporteurs, qui transportent illégalement les personnes se sont multipliés, profitant du vide laissé par les bus. Les citoyens étaient en colère. Haiker fait porter le chapeau au directeur général de M'dina Bus et l'accuse de pousser ses employés à faire grève. 

Selon le 1er vice-président de la ville, les problèmes liés à ce dossier sont nombreux, et les dysfonctionnements de M’dina Bus ont déjà été énumérés dans un rapport de la Cours des comptes.

D’après la même source, aucun comité de suivi n’a été tenu par le conseil de la ville entre 2008 et 2016, aucune renégociation du contrat n’a été effectuée, et aucune évaluation de la qualité des services réalisée.

"Seul le un tiers des bus qui devaient être en circulation en 2016 l’était durant ces dernières années à Casablanca. Et le parc en circulation est très vétuste".  

A présent le dossier de transport par autobus est géré par l’Etablissement de coopération intercommunale "Al Bayda". Le marché lancé pour la désignation d’un nouveau gestionnaire a été attribué à Alsa, qui va également gérer la période transitoire, jusqu’à l’été prochain. Le contrat sera signé le 15 octobre.

"La société espagnole est présente dans plusieurs villes marocaines. Elle pourra donc faire un redéploiement des moyens dont elle dispose pour pouvoir gérer cette période critique", note Haiker.

La commune de Casablanca, le Conseil de la région de Casablanca-Settat et le Fonds d’accompagnement de la réforme du transport urbain vont financer l’acquisition de 350 bus ainsi qu'un système de billettique, pour une valeur de 1,1 MMDH, qu’ils mettront à la disposition d’Alsa. Il faudra toutefois attendre la fabrication de ces bus. Le parc de bus actuellement en circulation, qui représente un bien de retour de la commune, ne sera plus utilisé, selon Haiker.  

Un appel d’offres pour l’acquisition de 700 bus est en cours. Trois sociétés ont été retenues à l’issue de l’examen des dossiers administratifs. Le résultat sera probablement dévoilé le 15 octobre prochain, lors de la deuxième séance de la session ordinaire de l’ECI.

"A termes, nous devons assurer la continuité du service de transport. C'est-à-dire que l'usager devra acheter un seul ticket qui sera valable tout au long de son trajet, en bus, tramway et BHNS", conclut le 1er vice-président du Conseil de la ville de Casablanca.

"Les membres du Conseil de la ville doivent assumer leurs responsabilités"

C'est ce qu'a déclaré Mehdi Zouet, coordinateur général du mouvement "Wlad Derb". "Ce qui se passe à Casablanca relève de la responsabilité du Conseil de la ville, qui doit donc trouver des solutions à la situation actuelle". 

Côté budget, selon Zouet, le montant dédié à la propreté dans des villes telles que Beyrouth ou encore la capitale algérienne, est très élevé par rapport à celui de la métropole.

Le budget de Casablanca s'élève à 3,5 MMDH, dont 40% est dédié aux salariés (13.000 employés dans la commune). Le reste sert à payer les dettes et les anciens contrats...

"Pour moi, il n'y a que 1.000 employés dans la commune de Casablanca. 40% du budget de la ville sert donc à payer des citoyens fantômes", a déclaré le coordinateur de Wlad Derb.

Ce dernier a également pointé du doigt le manque de communication avec les Casablancais, ainsi que la mauvaise gestion des secteurs de transport et du nettoiement.

Il a également proposé de poursuivre en justice toute personne qui entrave le bon fonctionnement de ces services. 

Gestion chaotique de Casablanca: le Conseil de la ville se justifie

Le 04 octobre 2019 à16:04

Modifié le 07 octobre 2019 à 12:41

Mercredi 2 octobre, intéressant échange public entre Abdessamad Haiker, 1er vice-présent du conseil de la ville de Casablanca et Mehdi Ezzouate, coordinateur général du mouvement "Wlad Derb". Le sujet ? Le bilan à mi-mandat de la gestion de la métropole. Et surtout, l’état du transport public par autobus et celui du nettoiement et du dossier de la décharge de Médiouna.

L’événement était organisé par la Chabiba (Jeunesse) de la Justice et du développement (PJD).

Haïker a présenté sa lecture quant à la gestion de la Ville. Une lecture avec une part d’autocritique et une part également où il jette la responsabilité sur d’autres:

-"La Ville n’est qu’un intervenant parmi d’autres ;

-J’ai des rêves mais je n’ai pas les prérogatives pour les concrétiser, ni les moyens.

-Nous ne pouvons faire que ce que permet la loi".

Il a également bien chargé les anciennes équipes qui ont dirigé la Ville.

Le second, Mehdi Ezzouate, a appelé Haiker à assumer la responsabilité des nombreux problèmes que connaît la métropole.

« Casablanca est plus propre depuis quelques mois »

Lors de cette rencontre, Haiker s’est plus focalisé sur les sujets qui font polémique ces derniers jours, à savoir le transport en commun et la propreté de la ville. Il a étalé tous les problèmes rencontrés par son équipe dans la gestion de ces deux dossiers.

Concernant le nettoiement, à son arrivée en 2016, le nouveau bureau du conseil de la ville s’est retrouvé avec des contrats de gestion déléguée de très longue durée, mais sans résultats concrets. Ces contrats ont été signés à l’ère de Mohamed Sajid.

La ville a donc formé et mis en place une équipe de 40 contrôleurs, chargés du suivi et du contrôle des prestations des deux anciens gestionnaires, Sita Blanca et Averda.

"Nous avons découvert que les deux sociétés priorisaient la collecte des gravats au lieu des déchets ménagers, ce qui nous a coûté une somme astronomique en 2016", puisque à cette époque il y avait encore le système de règlement par tonnage.

En gros, "nous avons découvert que les deux sociétés ne respectaient pas les clauses des contrats signés avec la commune". L’accord avec Sita Blanca a été résilié en octobre 2017, et celui avec Averda, en mai 2018.

En juin 2019, la ville a mandaté Averda et Derichebourg pour la gestion déléguée de la collecte des déchets à Casablanca. Un nouveau cahier des charges a été établi, contenant plusieurs nouveautés, notamment :

- l’augmentation du budget annuel alloué par la ville de Casablanca, (932 MDH hors taxes);

- l’obligation de résultats et non des moyens;

- et la collecte des déchets durant le soir pour éviter les embouteillages.

Les nouveaux gestionnaires disposent d’une période transitoire de 6 mois pour importer de manière progressive tous les équipements nécessaires au bon déroulement de leurs prestations, notamment les camions et chariots de balayage manuels, équipés de GPS. Les deux sociétés doivent donc être prêtes en décembre 2019.

Selon Haiker, "l’activité d’Averda et Derichebourg vient de démarrer il y a quelques mois et on remarque déjà la différence. Casablanca est plus propre". 

« La décharge de Mediouna, une vrai catastrophe »

C’est ce qu’a déclaré le 1er vice-président du Conseil de la ville de Casablanca.

"Le contrat avec Ecomed, signé en 2008, était encore au point zéro en 2016. A l’époque, les membres de la commune de Casablanca n’ont pas réussi à mettre à la disposition de la société un casier d’enfouissement de déchets de 94 ha, comme le stipulait le contrat". 

"3 mois après notre arrivée à la commune, nous avons réussi à acheter un terrain de 35 ha, qui sera dédié à la construction d’une décharge contrôlée. En décembre 2018, nous avons résilié le contrat qui nous liait à Ecomed".

Depuis, c'est SOS NDD qui gère la période transitoire, en attendant la désignation du nouveau gestionnaire. Un appel à manifestations d’intérêt a été lancé en 2018 par le conseil de la ville dans ce sens. 11 sociétés ont soumissionné, mais le dossier traine encore et le résultat de cet AMI n’a jusqu’à présent pas encore été dévoilé. 

Par ailleurs, "à travers une étude de faisabilité réalisée par Casa Prestations, la commune a aussi décidé de passer à la valorisation des déchets et d’abandonner l’enfouissement. A cet effet, un appel d’offres international portant sur la construction d’une unité de traitement et de valorisation des déchets a été lancé en 2018, et ses résultats seront dévoilés dans les mois qui viennent".

Cette unité devrait être opérationnelle d’ici deux ans et demi ou 3 ans, souligne Haiker, mais en attendant, les déchets seront ensevelis et traités dans un casier d’enfouissement de 7 ha, et pourront par la suite être transférés vers la nouvelle unité de traitement.

Cette unité sera financée par le gouvernement à hauteur de 1,5 MMDH.

Transport par bus: encore plusieurs mois de galère 

Les Casablancais souffrent de la mauvaise qualité du service de transport en commun par autobus depuis la signature du contrat de gestion déléguée du réseau de bus en novembre 2004, entre M'dina Bus, actuel gestionnaire, et la ville.

Ce contrat s’achève à la fin du mois en cours. Les bus se font donc de plus en plus rares, abandonnant à leur sort les dizaines de milliers d’usagers. Selon Haiker, seuls 400 bus appartenant à M'dina Bus circulent actuellement à Casablanca. Selon nos informations, il y a seulement 200 bus en circulation.

La journée du mardi 2 octobre dernier a été particulièrement marquée par une grève des chauffeurs de M’dina Bus. Les camionnettes et les triporteurs, qui transportent illégalement les personnes se sont multipliés, profitant du vide laissé par les bus. Les citoyens étaient en colère. Haiker fait porter le chapeau au directeur général de M'dina Bus et l'accuse de pousser ses employés à faire grève. 

Selon le 1er vice-président de la ville, les problèmes liés à ce dossier sont nombreux, et les dysfonctionnements de M’dina Bus ont déjà été énumérés dans un rapport de la Cours des comptes.

D’après la même source, aucun comité de suivi n’a été tenu par le conseil de la ville entre 2008 et 2016, aucune renégociation du contrat n’a été effectuée, et aucune évaluation de la qualité des services réalisée.

"Seul le un tiers des bus qui devaient être en circulation en 2016 l’était durant ces dernières années à Casablanca. Et le parc en circulation est très vétuste".  

A présent le dossier de transport par autobus est géré par l’Etablissement de coopération intercommunale "Al Bayda". Le marché lancé pour la désignation d’un nouveau gestionnaire a été attribué à Alsa, qui va également gérer la période transitoire, jusqu’à l’été prochain. Le contrat sera signé le 15 octobre.

"La société espagnole est présente dans plusieurs villes marocaines. Elle pourra donc faire un redéploiement des moyens dont elle dispose pour pouvoir gérer cette période critique", note Haiker.

La commune de Casablanca, le Conseil de la région de Casablanca-Settat et le Fonds d’accompagnement de la réforme du transport urbain vont financer l’acquisition de 350 bus ainsi qu'un système de billettique, pour une valeur de 1,1 MMDH, qu’ils mettront à la disposition d’Alsa. Il faudra toutefois attendre la fabrication de ces bus. Le parc de bus actuellement en circulation, qui représente un bien de retour de la commune, ne sera plus utilisé, selon Haiker.  

Un appel d’offres pour l’acquisition de 700 bus est en cours. Trois sociétés ont été retenues à l’issue de l’examen des dossiers administratifs. Le résultat sera probablement dévoilé le 15 octobre prochain, lors de la deuxième séance de la session ordinaire de l’ECI.

"A termes, nous devons assurer la continuité du service de transport. C'est-à-dire que l'usager devra acheter un seul ticket qui sera valable tout au long de son trajet, en bus, tramway et BHNS", conclut le 1er vice-président du Conseil de la ville de Casablanca.

"Les membres du Conseil de la ville doivent assumer leurs responsabilités"

C'est ce qu'a déclaré Mehdi Zouet, coordinateur général du mouvement "Wlad Derb". "Ce qui se passe à Casablanca relève de la responsabilité du Conseil de la ville, qui doit donc trouver des solutions à la situation actuelle". 

Côté budget, selon Zouet, le montant dédié à la propreté dans des villes telles que Beyrouth ou encore la capitale algérienne, est très élevé par rapport à celui de la métropole.

Le budget de Casablanca s'élève à 3,5 MMDH, dont 40% est dédié aux salariés (13.000 employés dans la commune). Le reste sert à payer les dettes et les anciens contrats...

"Pour moi, il n'y a que 1.000 employés dans la commune de Casablanca. 40% du budget de la ville sert donc à payer des citoyens fantômes", a déclaré le coordinateur de Wlad Derb.

Ce dernier a également pointé du doigt le manque de communication avec les Casablancais, ainsi que la mauvaise gestion des secteurs de transport et du nettoiement.

Il a également proposé de poursuivre en justice toute personne qui entrave le bon fonctionnement de ces services. 

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