Gouvernement vs enseignants des AREF : Dialogue de sourds ?

L'intégration dans la fonction publique ou le blocage. C'est la position des enseignants des AREF qui refusent toute négociation en dehors de ce cadre. De son côté, le gouvernement tente d'apporter des solutions pour rassurer et désamorcer la situation, sans succès. Un dialogue de sourds ?

Gouvernement vs enseignants

Le 12 mars 2019 à 11:20

Modifié le 12 mars 2019 à 12:57

Les cadres des académies régionales de l’éducation et de la formation poursuivent leur mouvement de protestation annonçant une nouvelle semaine de grève après celle qui vient de s’achever, malgré les concessions faites par le gouvernement. 

En effet, à la demande de Saâdeddine Elotmani, le ministre de l’Education nationale Saaid Amzazi a réuni les différents courants syndicaux et leur a présenté plusieurs mesures concédées par l'Exécutif pour satisfaire les demandes des grévistes.

En dépit des efforts du gouvernement qui assure à travers ses différents canaux de communication que le statut révisé du personnel des AREF reprend quasiment tous les avantages accordés aux fonctionnaires du ministère de l’Education nationale, les contestataires ne veulent rien entendre. Le hashtag #l’intégration_ou_le blocage fait le tour des forums et groupes d'enseignants sur les réseaux sociaux.

Dans son dernier communiqué, la Coordination nationale des enseignants des académies, CNPCC, insiste : "Nous réitérons notre rejet total de la titularisation avec les académies et nous restons attachés à l’intégration au statut des fonctionnaires du ministère de l’Education nationale". 

Pourquoi cet attachement à l’intégration de la fonction publique alors que le statut révisé au sein des AREF leur garantit les mêmes droits et obligations que les fonctionnaires de l’Education nationale ?  

« Nous ne sommes pas en train de discuter d'un problème de fond mais de forme », nous confie le directeur d’une académie régionale, joint par Médias24. « Ils veulent la fonction publique, point à la ligne. C’est une revendication figée quels que soient les arguments en face », ajoute-t-il.

Pour notre interlocuteur, la fonction publique est pour tout le monde un gage de stabilité. Une image renforcée par un historique qui n’est pas en faveur du gouvernement. « Il y a une grande confusion qui nourrit la méfiance. Avant, l’Etat recourait aux enseignants vacataires et aux contrats pour combler les besoins urgents. Des pratiques que les cadres assimilent à leur situation actuelle même si ce n’est pas le cas », avance notre source.

Il est évident que cette réforme relative aux ressources humaines dans le secteur de l’enseignement a été mal amorcée car les voix la contestant se sont élevées dès le début.

« Nous militons pour l’unité dans l’enseignement, il n’est pas question d’avoir un enseignement avec deux régimes pour son personnel », nous déclare Abderrazak El Idrissi, Secrétaire général national de la Fédération nationale de l’enseignement (FNE).

Pour ce dernier, les dernières mesures proposées par le gouvernement ne sont « qu’une manière d'améliorer l’emballage de la réforme qui reste dans son fond basée sur la contractualisation ».

Rappelons que la première mesure proposée par le gouvernement est l’abandon du système contractuel et la résiliation du contrat, ainsi que le réexamen de tous les articles abordant la résiliation du contrat dans le statut des AREF du fait que le système contractuel n’est plus en vigueur.

Malgré cela, la FNE persiste et signe. « Nous sommes toujours dans le cadre de la contractualisation. Ce nouveau statut consacre la précarité de l’emploi », avance Abderrazak El Idrissi sans expliquer davantage ce qu’il entend par « contractualisation » dans la nouvelle version du statut.   

Pour ce qui est de la précarité, notre interlocuteur évoque la décentralisation du pouvoir de décision pour rompre le contrat. « Le contrat d’un professeur de mathématiques a été résilié par le directeur d’une école sur des bases subjectives. Nous ne pouvons pas accepter cela ».  

Le SG de la FNE fait encore fi de la récente déclaration du gouvernement assurant le réexamen de tous les articles abordant la résiliation du contrat du fait que le système contractuel n’est plus en vigueur.

Par ailleurs, il donne l’exemple de la retraite. Dans le statut des AREF, des établissements publics dotés de la personnalité morale et de l’autonomie financière, le système de retraire est géré par le RCAR et non la CMR. 

C’est justement un point qui figure dans la liste de revendications des cadres des AREF. Et pour cause, « au RCAR, la pension est limitée à 6.000 DH quel que soit le salaire perçu avant le départ à la retraite. Ce qui n’est pas le cas à la CMR où des enseignants à la retraite touchent jusqu’à 18.000 DH de pension », explique le SG de la FNE.

La liste des revendications des cadres des académies comprend d’autres points dont certaines paraissent illogiques comme « la réintégration des enseignants licenciés et ceux qui n’ont pas réussi les concours de 2015 à 2018 ». Voici une partie de leurs revendications :

-       Le versement immédiat des salaires des promotions 2016 et 2018.

-       Le droit à la mobilité à l’intérieur du secteur sans conditions.

-       La hausse des salaires des enseignants.

-       L’instauration des indemnités pour la formation continue.

-       L’instauration des indemnités pour l’affectation dans les régions reculées tout en assurant les conditions nécessaires pour l’exercice de fonctions (le logement de fonction, l’eau potable, l’électricité, la connexion, le transport, …).

-       Remplacer le RCAR par la CMR en ce qui concerne le régime de retraite.

Il est évident que les deux parties ne discutent pas sur les mêmes bases. Le gouvernement a consenti de réformer le nouveau statut fondamental des cadres des AREF pour y intégrer les garanties nécessaires et rassurer les enseignants, mais il répète sans cesse qu’il y a une ligne rouge qui ne sera pas franchie : aucune intégration dans la fonction publique n’est possible.

« Le recrutement régional demeure un choix stratégique du gouvernement, inscrit dans le cadre de l’implémentation de la régionalisation avancée, ajoutant que ce choix consiste à accorder aux AREF la possibilité de maîtriser leurs ressources humaines, tout en veillant à en assurer la stabilité professionnelle et sociale », assure le gouvernement.

Un dialogue de sourds s’est donc installé entre les deux parties dont les grands perdants sont les étudiants qui risquent l’année blanche.

Gouvernement vs enseignants des AREF : Dialogue de sourds ?

Le 12 mars 2019 à11:25

Modifié le 12 mars 2019 à 12:57

L'intégration dans la fonction publique ou le blocage. C'est la position des enseignants des AREF qui refusent toute négociation en dehors de ce cadre. De son côté, le gouvernement tente d'apporter des solutions pour rassurer et désamorcer la situation, sans succès. Un dialogue de sourds ?

Les cadres des académies régionales de l’éducation et de la formation poursuivent leur mouvement de protestation annonçant une nouvelle semaine de grève après celle qui vient de s’achever, malgré les concessions faites par le gouvernement. 

En effet, à la demande de Saâdeddine Elotmani, le ministre de l’Education nationale Saaid Amzazi a réuni les différents courants syndicaux et leur a présenté plusieurs mesures concédées par l'Exécutif pour satisfaire les demandes des grévistes.

En dépit des efforts du gouvernement qui assure à travers ses différents canaux de communication que le statut révisé du personnel des AREF reprend quasiment tous les avantages accordés aux fonctionnaires du ministère de l’Education nationale, les contestataires ne veulent rien entendre. Le hashtag #l’intégration_ou_le blocage fait le tour des forums et groupes d'enseignants sur les réseaux sociaux.

Dans son dernier communiqué, la Coordination nationale des enseignants des académies, CNPCC, insiste : "Nous réitérons notre rejet total de la titularisation avec les académies et nous restons attachés à l’intégration au statut des fonctionnaires du ministère de l’Education nationale". 

Pourquoi cet attachement à l’intégration de la fonction publique alors que le statut révisé au sein des AREF leur garantit les mêmes droits et obligations que les fonctionnaires de l’Education nationale ?  

« Nous ne sommes pas en train de discuter d'un problème de fond mais de forme », nous confie le directeur d’une académie régionale, joint par Médias24. « Ils veulent la fonction publique, point à la ligne. C’est une revendication figée quels que soient les arguments en face », ajoute-t-il.

Pour notre interlocuteur, la fonction publique est pour tout le monde un gage de stabilité. Une image renforcée par un historique qui n’est pas en faveur du gouvernement. « Il y a une grande confusion qui nourrit la méfiance. Avant, l’Etat recourait aux enseignants vacataires et aux contrats pour combler les besoins urgents. Des pratiques que les cadres assimilent à leur situation actuelle même si ce n’est pas le cas », avance notre source.

Il est évident que cette réforme relative aux ressources humaines dans le secteur de l’enseignement a été mal amorcée car les voix la contestant se sont élevées dès le début.

« Nous militons pour l’unité dans l’enseignement, il n’est pas question d’avoir un enseignement avec deux régimes pour son personnel », nous déclare Abderrazak El Idrissi, Secrétaire général national de la Fédération nationale de l’enseignement (FNE).

Pour ce dernier, les dernières mesures proposées par le gouvernement ne sont « qu’une manière d'améliorer l’emballage de la réforme qui reste dans son fond basée sur la contractualisation ».

Rappelons que la première mesure proposée par le gouvernement est l’abandon du système contractuel et la résiliation du contrat, ainsi que le réexamen de tous les articles abordant la résiliation du contrat dans le statut des AREF du fait que le système contractuel n’est plus en vigueur.

Malgré cela, la FNE persiste et signe. « Nous sommes toujours dans le cadre de la contractualisation. Ce nouveau statut consacre la précarité de l’emploi », avance Abderrazak El Idrissi sans expliquer davantage ce qu’il entend par « contractualisation » dans la nouvelle version du statut.   

Pour ce qui est de la précarité, notre interlocuteur évoque la décentralisation du pouvoir de décision pour rompre le contrat. « Le contrat d’un professeur de mathématiques a été résilié par le directeur d’une école sur des bases subjectives. Nous ne pouvons pas accepter cela ».  

Le SG de la FNE fait encore fi de la récente déclaration du gouvernement assurant le réexamen de tous les articles abordant la résiliation du contrat du fait que le système contractuel n’est plus en vigueur.

Par ailleurs, il donne l’exemple de la retraite. Dans le statut des AREF, des établissements publics dotés de la personnalité morale et de l’autonomie financière, le système de retraire est géré par le RCAR et non la CMR. 

C’est justement un point qui figure dans la liste de revendications des cadres des AREF. Et pour cause, « au RCAR, la pension est limitée à 6.000 DH quel que soit le salaire perçu avant le départ à la retraite. Ce qui n’est pas le cas à la CMR où des enseignants à la retraite touchent jusqu’à 18.000 DH de pension », explique le SG de la FNE.

La liste des revendications des cadres des académies comprend d’autres points dont certaines paraissent illogiques comme « la réintégration des enseignants licenciés et ceux qui n’ont pas réussi les concours de 2015 à 2018 ». Voici une partie de leurs revendications :

-       Le versement immédiat des salaires des promotions 2016 et 2018.

-       Le droit à la mobilité à l’intérieur du secteur sans conditions.

-       La hausse des salaires des enseignants.

-       L’instauration des indemnités pour la formation continue.

-       L’instauration des indemnités pour l’affectation dans les régions reculées tout en assurant les conditions nécessaires pour l’exercice de fonctions (le logement de fonction, l’eau potable, l’électricité, la connexion, le transport, …).

-       Remplacer le RCAR par la CMR en ce qui concerne le régime de retraite.

Il est évident que les deux parties ne discutent pas sur les mêmes bases. Le gouvernement a consenti de réformer le nouveau statut fondamental des cadres des AREF pour y intégrer les garanties nécessaires et rassurer les enseignants, mais il répète sans cesse qu’il y a une ligne rouge qui ne sera pas franchie : aucune intégration dans la fonction publique n’est possible.

« Le recrutement régional demeure un choix stratégique du gouvernement, inscrit dans le cadre de l’implémentation de la régionalisation avancée, ajoutant que ce choix consiste à accorder aux AREF la possibilité de maîtriser leurs ressources humaines, tout en veillant à en assurer la stabilité professionnelle et sociale », assure le gouvernement.

Un dialogue de sourds s’est donc installé entre les deux parties dont les grands perdants sont les étudiants qui risquent l’année blanche.

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