Hassan Benaddi: "Le PAM doit faire le ménage"

Quelques semaines après un appel de 5 fondateurs "à la responsabilité", l’ancien secrétaire général du PAM revient pour Médias24, avec beaucoup de franchise, sur les conséquences de cette initiative et sur l'avenir de son parti en crise. Selon Hassan Benaddi, la réconciliation est en marche, mais il faudra d’abord se débarrasser des moutons noirs et revenir aux statuts du parti pour espérer décrocher la première place du scrutin législatif de 2021.

Hassan Benaddi: Hassan Benaddi, un des fondateurs ex-secrétaire général du PAM

Le 15 mai 2019 à 15:23

Modifié le 16 mai 2019 à 09:35

Médias24: Un mois après votre appel qui se voulait être un électrochoc, quoi de neuf au PAM?

Hassan Benaddi: D’abord, il faut préciser que nous n’avons pas voulu nous substituer aux instances élues car notre but était uniquement d’accompagner les dirigeants pour mettre fin aux dysfonctionnements.

Sachant que les gens étaient déboussolés par la crise actuelle qui s'éternise, il y a eu beaucoup de réactions positives dont la plus importante était celle du secrétaire général qui a salué notre initiative.

Après quoi, nous avons tenu deux réunions d’explication dont l’une avec l’association des élus du PAM et une autre de 4 heures avec tout le bureau politique en présence de Hakim Benchamach.

Pour résumer, les 3 anciens secrétaires généraux et 2 ex-patrons de petits partis se sont auto-saisis d’une question fondamentale qui est de savoir où va le PAM pour pousser notre base à se ressaisir.

-Concrètement, quels sont les résultats de l’appel?

-Le plus probant a été que la séance du conseil national qui a suivi s’est tenue dans un climat sain.

A cet égard, il faut souligner que la majorité des participants ont soutenu notre initiative.

-Certains ont pourtant réagi violemment...

-Il y a eu en effet deux tendances très minoritaires, avec un agenda de destruction du PAM, qui se sont démasquées en malmenant l’actuel secrétaire général.

Un des adjoints du président de la région de Marrakech nous a d’ailleurs violemment attaqués en nous prêtant l’intention de briguer le poste de secrétaire général alors que cette question n’était pas à l’ordre du jour.

-Comment expliquer l’absence répétée de Fatima-Zahra Mansouri qui préside le conseil national?

-Il n’y a aucun boycott de sa part des travaux du parti, elle est simplement malade actuellement.

-Y a-t-il toujours des clans au sein du parti?

-On ne peut pas parler de clan, il y a simplement des personnes qui se disent mandatées en haut lieu pour remettre de l’ordre dans notre maison, alors que c’est complètement faux.

Certains se sont disqualifiés eux-mêmes, comme ce prétendu mandaté qui a refusé de se joindre à la majorité.

Furieux de notre appel, il a d’ailleurs dit au SG : "Qui les a autorisés à lancer cette initiative ?".

Malgré ces résistances, nous pensons que les choses vont dans le bon sens, car notre initiative vise à renforcer les instances du parti et à préparer le prochain congrès national dans la sérénité et la responsabilité.

-Justement, quelles sont les prochaines étapes avant le congrès qui renouvellera le leadership?

-La plus importante sera la tenue de la commission de préparation du congrès qui se réunira sur des bases claires pour qu’il n’y ait plus de centralisation du pouvoir avec une seule personne qui distribue les accréditations.

-Entre les lignes, vous voulez parler du système Ilyas El Omari?

-En effet, Si Ilyas avait une façon de faire qui a engendré tous les problèmes actuels.

Avec lui, le PAM était devenu un one-man-show permanent.

Tout le monde était tétanisé devant lui et personne n’osait parler car il faisait peur à beaucoup de gens

-Ce n’était pas votre cas ?

-Pendant et après les événements d'Al Hoceima, j’ai donné pas moins de 12 interviews qui disaient que le PAM était dévoyé et qu’il fallait libérer le navire….

Nous avons perdu un temps très précieux à régler des querelles minables et le PAM était devenu la risée du champ politique marocain.

-Malgré son départ du leadership, la situation ne s’est pourtant pas arrangée avec son successeur...

-Contrairement à lui, Benchamach n’a pas été élu lors d’un congrès mais désigné pendant un conseil national.

Si Hakim est venu avec son style totalement différent de son prédécesseur et il y a eu un appel d’air.

Avec sa culture universitaire, on est passé d’un système ultra-autoritaire à une foire d’empoigne où tout le monde pouvait s’exprimer, y compris violemment.

-Selon vous, Benchamach compte-t-il se représenter à la tête du secrétariat général?

-Je ne sais pas et pour être honnête, je ne suis ni pour ni contre.

-Y a-t-il un candidat que vous allez soutenir?

-Il est trop tôt pour en parler, mais j’ai bien évidemment des sympathies.

-Il n’y a aucun candidat charismatique qui se dégage du lot pour vous mener à la victoire...

-Aujourd’hui, ce qui importe vraiment est de revenir au respect de nos statuts et de sanctionner ceux qui ne les respectent pas.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les gens ne votent pas pour le bagout d’un candidat ou même pour l’efficacité mais plutôt pour une personne irréprochable qui ne traîne aucune casserole.

-Là-encore, on ne peut s’empêcher de penser à Ilyas El Omari...

-Je refuse de faire le procès de qui que ce soit mais pour avancer, le PAM doit faire son autocritique.

Ainsi, il faut avoir le courage de sanctionner ceux qui se sont enrichis depuis la création de notre parti, en se servant de lui au lieu de servir le projet.

Le minimum vital serait que ces personnes n’occupent plus de poste de dirigeant au sein de nos instances.

-Pensez-vous sérieusement que le PAM a encore des chances de gagner le scrutin de 2021?

-Absolument mais à condition qu’il fasse le ménage et qu’il revienne à ses fondamentaux.

-Comment expliquer le fait qu’avec plus de 100 députés, il soit resté aphone depuis 2016?

-Cette situation est due à un manque d’encadrement, il faut donc casser le modèle précédent et se remettre en ordre de marche.

Pour cela, il suffit simplement de revenir aux règles du parti en encadrant nos députés pour qu’ils deviennent une force de propositions.

-Votre seul adversaire politique est toujours le PJD?

-En 2021, le principal adversaire du PAM sera l’abstentionnisme et de résoudre les problèmes quotidiens de nos concitoyens car après 7 ans de gestion du PJD, beaucoup souhaitent émigrer.

Nous sommes contre l’Islam politique c’est-à-dire contre ceux qui font de la politique en utilisant la religion à des fins électorales et gouvernent à base de fatwas comme le faisait Si Benkirane.

Au Maroc, nous avons une autre façon d’aborder les questions religieuses avec la Commanderie des croyants qui n’a pas besoin de partis religieux.

Je ne veux pas les envoyer au peloton d’exécution mais quand il n’y a pas de digue, ces gens deviennent hégémoniques et cela peut s’avérer dangereux pour la démocratie.

-Quel sera votre positionnement politique?

-Là-encore, il est trop tôt pour parler de ces questions car ce sera au congrès de trancher sur les éventuelles alliances avec d’autres partis qui ont les mêmes valeurs que le PAM.

-Quid de votre image de parti de l’Administration?

-C’est une image bien pratique et opportune pour certains, créée par nos adversaires politiques.

A titre personnel, quand j’étais secrétaire général du PAM, je n’ai jamais reçu la moindre instruction de qui que ce soit.

-Peut-on imaginer Hassan Benaddi redevenir secrétaire général lors du prochain congrès?

-Je ne veux pas parler d’une éventuelle candidature personnelle.

Nous devons d’abord ramener la confiance pour que le PAM se remette en marche et le moment venu, on abordera ces questions.

Hassan Benaddi, un des fondateurs ex-secrétaire général du PAM

Hassan Benaddi: "Le PAM doit faire le ménage"

Le 15 mai 2019 à15:47

Modifié le 16 mai 2019 à 09:35

Quelques semaines après un appel de 5 fondateurs "à la responsabilité", l’ancien secrétaire général du PAM revient pour Médias24, avec beaucoup de franchise, sur les conséquences de cette initiative et sur l'avenir de son parti en crise. Selon Hassan Benaddi, la réconciliation est en marche, mais il faudra d’abord se débarrasser des moutons noirs et revenir aux statuts du parti pour espérer décrocher la première place du scrutin législatif de 2021.

Médias24: Un mois après votre appel qui se voulait être un électrochoc, quoi de neuf au PAM?

Hassan Benaddi: D’abord, il faut préciser que nous n’avons pas voulu nous substituer aux instances élues car notre but était uniquement d’accompagner les dirigeants pour mettre fin aux dysfonctionnements.

Sachant que les gens étaient déboussolés par la crise actuelle qui s'éternise, il y a eu beaucoup de réactions positives dont la plus importante était celle du secrétaire général qui a salué notre initiative.

Après quoi, nous avons tenu deux réunions d’explication dont l’une avec l’association des élus du PAM et une autre de 4 heures avec tout le bureau politique en présence de Hakim Benchamach.

Pour résumer, les 3 anciens secrétaires généraux et 2 ex-patrons de petits partis se sont auto-saisis d’une question fondamentale qui est de savoir où va le PAM pour pousser notre base à se ressaisir.

-Concrètement, quels sont les résultats de l’appel?

-Le plus probant a été que la séance du conseil national qui a suivi s’est tenue dans un climat sain.

A cet égard, il faut souligner que la majorité des participants ont soutenu notre initiative.

-Certains ont pourtant réagi violemment...

-Il y a eu en effet deux tendances très minoritaires, avec un agenda de destruction du PAM, qui se sont démasquées en malmenant l’actuel secrétaire général.

Un des adjoints du président de la région de Marrakech nous a d’ailleurs violemment attaqués en nous prêtant l’intention de briguer le poste de secrétaire général alors que cette question n’était pas à l’ordre du jour.

-Comment expliquer l’absence répétée de Fatima-Zahra Mansouri qui préside le conseil national?

-Il n’y a aucun boycott de sa part des travaux du parti, elle est simplement malade actuellement.

-Y a-t-il toujours des clans au sein du parti?

-On ne peut pas parler de clan, il y a simplement des personnes qui se disent mandatées en haut lieu pour remettre de l’ordre dans notre maison, alors que c’est complètement faux.

Certains se sont disqualifiés eux-mêmes, comme ce prétendu mandaté qui a refusé de se joindre à la majorité.

Furieux de notre appel, il a d’ailleurs dit au SG : "Qui les a autorisés à lancer cette initiative ?".

Malgré ces résistances, nous pensons que les choses vont dans le bon sens, car notre initiative vise à renforcer les instances du parti et à préparer le prochain congrès national dans la sérénité et la responsabilité.

-Justement, quelles sont les prochaines étapes avant le congrès qui renouvellera le leadership?

-La plus importante sera la tenue de la commission de préparation du congrès qui se réunira sur des bases claires pour qu’il n’y ait plus de centralisation du pouvoir avec une seule personne qui distribue les accréditations.

-Entre les lignes, vous voulez parler du système Ilyas El Omari?

-En effet, Si Ilyas avait une façon de faire qui a engendré tous les problèmes actuels.

Avec lui, le PAM était devenu un one-man-show permanent.

Tout le monde était tétanisé devant lui et personne n’osait parler car il faisait peur à beaucoup de gens

-Ce n’était pas votre cas ?

-Pendant et après les événements d'Al Hoceima, j’ai donné pas moins de 12 interviews qui disaient que le PAM était dévoyé et qu’il fallait libérer le navire….

Nous avons perdu un temps très précieux à régler des querelles minables et le PAM était devenu la risée du champ politique marocain.

-Malgré son départ du leadership, la situation ne s’est pourtant pas arrangée avec son successeur...

-Contrairement à lui, Benchamach n’a pas été élu lors d’un congrès mais désigné pendant un conseil national.

Si Hakim est venu avec son style totalement différent de son prédécesseur et il y a eu un appel d’air.

Avec sa culture universitaire, on est passé d’un système ultra-autoritaire à une foire d’empoigne où tout le monde pouvait s’exprimer, y compris violemment.

-Selon vous, Benchamach compte-t-il se représenter à la tête du secrétariat général?

-Je ne sais pas et pour être honnête, je ne suis ni pour ni contre.

-Y a-t-il un candidat que vous allez soutenir?

-Il est trop tôt pour en parler, mais j’ai bien évidemment des sympathies.

-Il n’y a aucun candidat charismatique qui se dégage du lot pour vous mener à la victoire...

-Aujourd’hui, ce qui importe vraiment est de revenir au respect de nos statuts et de sanctionner ceux qui ne les respectent pas.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les gens ne votent pas pour le bagout d’un candidat ou même pour l’efficacité mais plutôt pour une personne irréprochable qui ne traîne aucune casserole.

-Là-encore, on ne peut s’empêcher de penser à Ilyas El Omari...

-Je refuse de faire le procès de qui que ce soit mais pour avancer, le PAM doit faire son autocritique.

Ainsi, il faut avoir le courage de sanctionner ceux qui se sont enrichis depuis la création de notre parti, en se servant de lui au lieu de servir le projet.

Le minimum vital serait que ces personnes n’occupent plus de poste de dirigeant au sein de nos instances.

-Pensez-vous sérieusement que le PAM a encore des chances de gagner le scrutin de 2021?

-Absolument mais à condition qu’il fasse le ménage et qu’il revienne à ses fondamentaux.

-Comment expliquer le fait qu’avec plus de 100 députés, il soit resté aphone depuis 2016?

-Cette situation est due à un manque d’encadrement, il faut donc casser le modèle précédent et se remettre en ordre de marche.

Pour cela, il suffit simplement de revenir aux règles du parti en encadrant nos députés pour qu’ils deviennent une force de propositions.

-Votre seul adversaire politique est toujours le PJD?

-En 2021, le principal adversaire du PAM sera l’abstentionnisme et de résoudre les problèmes quotidiens de nos concitoyens car après 7 ans de gestion du PJD, beaucoup souhaitent émigrer.

Nous sommes contre l’Islam politique c’est-à-dire contre ceux qui font de la politique en utilisant la religion à des fins électorales et gouvernent à base de fatwas comme le faisait Si Benkirane.

Au Maroc, nous avons une autre façon d’aborder les questions religieuses avec la Commanderie des croyants qui n’a pas besoin de partis religieux.

Je ne veux pas les envoyer au peloton d’exécution mais quand il n’y a pas de digue, ces gens deviennent hégémoniques et cela peut s’avérer dangereux pour la démocratie.

-Quel sera votre positionnement politique?

-Là-encore, il est trop tôt pour parler de ces questions car ce sera au congrès de trancher sur les éventuelles alliances avec d’autres partis qui ont les mêmes valeurs que le PAM.

-Quid de votre image de parti de l’Administration?

-C’est une image bien pratique et opportune pour certains, créée par nos adversaires politiques.

A titre personnel, quand j’étais secrétaire général du PAM, je n’ai jamais reçu la moindre instruction de qui que ce soit.

-Peut-on imaginer Hassan Benaddi redevenir secrétaire général lors du prochain congrès?

-Je ne veux pas parler d’une éventuelle candidature personnelle.

Nous devons d’abord ramener la confiance pour que le PAM se remette en marche et le moment venu, on abordera ces questions.

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