Hiba Zahoui, la femme qui supervise le secteur bancaire marocain

PORTRAIT. Son nom n’est pas (encore) connu du grand public. Au sein du microcosme financier par contre, Hiba Zahoui est une personnalité. C’est elle qui se charge de la supervision bancaire au sein de la Banque centrale. Depuis 2017, dans ce pays qui s’appelle le Maroc, c’est donc une femme qui supervise et contrôle ces citadelles masculines que sont les banques.

Hiba Zahoui, la femme qui supervise le secteur bancaire marocain

Le 28 avril 2019 à 14:39

Modifié le 28 avril 2019 à 14:26

Médias24 est parti à la rencontre de cette dame discrète et que l’on dit très professionnelle.

Au premier abord, elle paraît assez réservée. Mais elle est loin d’être effacée. On n’occupe pas de si hautes responsabilités en rasant les murs ou en s’excusant. On devine un mélange d’assurance et de force intérieure. Avec ce genre de profil, l’expression “sexe faible“ serait rapidement bannie des dictionnaires.

Comment a-t-elle atteint un si haut piédestal dans le monde de la finance ?

L’histoire est assez longue, pas du tout linéaire, et surtout atypique.

Hiba Zahoui est matheuse, férue de littérature française, et jusqu’à l’âge de 40 ans, elle a été… sous-lieutenant de réserve dans les FAR. Sur le plan académique, elle est à la fois ingénieure de l’EMI, en génie industriel, titulaire d’un DESS de gestion d’entreprise et expert-comptable diplômée.

Matheuse, férue de littérature française, sous-lieutenant de réserve dans les FAR... Un profil atypique

En 1991, après un bac math-physique mention très bien obtenu au lycée Lyautey, elle s’inscrit au Lycée Mohammed V de Casablanca pour deux années de prépa Maths sup - Maths spé. Elle choisit ensuite l’EMI et sort ingénieure promotion 1996 après avoir effectué un stage militaire à El Hajeb. “Cela nous a appris la discipline, forgé nos personnalités“, commente-t-elle.

On a du mal à l’imaginer en treillis s’entraînant au tir, manipuler des armes, effectuant des randonnées de nuit une boussole à la main… Elle en parle avec un mélange de nostalgie ou de fierté.

Après l’EMI, elle intègre un cabinet d’audit et de conseil. “J’ai ressenti la nécessité d’approfondir mes connaissances et j’ai alors fait un DESS en gestion d’entreprise. Mais ce n’était pas suffisant et je me suis lancée dans un cycle d’expertise comptable“.

Fin 2004, après 8 ans de cabinet, elle est devenue manager en charge du corporate finance. “J’avais besoin d’un nouveau challenge“, affirme-t-elle. Elle a donc effectué le grand saut, en passant de l’audit interne à la supervision bancaire et surtout, en allant du privé vers le public, cheminement peu fréquent de nos jours.

 "Je fais le tour de la question avant de décider"

Retenons bien ceci : c’est pour mieux maîtriser ses dossiers qu’en 1997, elle avait fait un DESS en gestion d’entreprise puis un cycle d’expertise comptable. Ce besoin de tout comprendre, de maîtriser, de faire le tour des sujets, c’est peut-être le trait de caractère qui marque sa carrière à la Banque centrale. Florilège :

“-Je fais le tour de la question avant de décider.

“-Les décisions doivent être réfléchies. Il faut comprendre les enjeux, avancer de manière sûre et maîtrisée.

“-Nos actions ont des impacts, il faut les peser.“

Elle se juge “trop perfectionniste“. Avoue qu’elle travaille de cette manière tous les jours.

Invitée à décrire une journée type, elle répond : “Il n’y a pas de journée type. Aucune ne ressemble à l’autre“.

Comment a-t-elle escaladé les marches vers la direction de la supervision bancaire ?

Fin 2004 donc, la voici recrutée dans la mythique citadelle financière du Maroc, régulateur bancaire, tutelle des établissements bancaires et institut d’émission. Le tout dirigé par le non moins mythique Abdellatif Jouahri.

Au début, elle est responsable d’un portefeuille de 2 banques. “J’ai appris gentiment“, affirme-t-elle avec une modestie qui ne semble pas feinte. Progressivement, elle finira par devenir responsable du contrôle permanent de toutes les banques. “On m’a fait confiance“. Ça a l’air si simple.

Dans son perfectionnisme et son souci de bien maîtriser ses responsabilités, Mme Zahoui ressent le besoin de construire des tableaux de bord plus perfectionnés. Elle crée différents systèmes, dont un système de notation des banques, à usage interne, “qui est un outil de dialogue“.

 "J'aimerais que notre pays émerge, les Marocains le méritent"

Lorsqu’on l’interroge sur l’instant où tout a basculé, celui de sa nomination à la tête de la direction, elle répond que “ma hiérarchie m’avait préparée“ et que donc, elle n’a pas été surprise.

Lorsque la nomination est officielle, elle a été “remplie de fierté" et a "ressenti l’ampleur de la responsabilité“. “C’est une marque de confiance, je me suis sentie investie d’une mission noble“.

 "Nous avons besoin d'écouter les établissements bancaires, nous avons des rapports de dialogue"

Dans la description de son travail, elle insiste davantage sur le dialogue et l’écoute que sur le contrôle. “Nous avons besoin d’écouter les établissements bancaires, de connaître leurs besoins. Parfois, on les pousse, parfois on les freine lorsqu’ils veulent aller trop vite“. “Nous avons des rapports de dialogue, une posture d’écoute, de concertation, de régulation, de contrôle, il faut écouter pour comprendre“.

Toujours dans la dimension technique de son travail, les journées sont jalonnées de réunions et de dossiers à traiter : le contrôle, les rapports des missions d’inspection, l’instruction des demandes d’agrément, l’approbation des commissaires aux comptes, les plannings de réformes, l’élaboration des textes, les comités de pilotage… Plus de 90 établissements sont sous la surveillance de cette direction de la supervision bancaire.

Sur le plan managérial, la direction compte une centaine de collaborateurs directs, “je les remercie tous, nous partageons un sentiment d’appartenance et de service public“.

"Sentiment d'utilité"

Ses meilleurs souvenirs professionnels? “Le sentiment d’utilité“.

Le stress ? “J’ai l’impression qu’on arrive à le gérer, tous les dossiers sont compliqués, il y a des enjeux, il faut faire les choses avec sérénité“.

A titre personnel, elle n’est ni Netflix, ni réseaux sociaux. Au boulot, elle ne compte pas “ses heures“. Elle aime la culture et elle aime la Banque centrale. Aux journées du patrimoine, la voici qui déambule comme un visiteur anonyme, au siège casablancais de Bank Al Maghrib. Ce qui lui permet aujourd’hui de vous asséner un cours sur l’histoire du bâtiment, son architecture, les différentes dates de construction, tout y passe, même les matériaux utilisés et la carrière de marbre.

Elle se juge “très intègre, honnête, ayant une bonne capacité de travail et d’adaptation“. A-t-elle un vœu très cher ? “J’aimerais bien que notre pays émerge, mes concitoyens le méritent“.

Hiba Zahoui, la femme qui supervise le secteur bancaire marocain

Le 28 avril 2019 à15:24

Modifié le 28 avril 2019 à 14:26

PORTRAIT. Son nom n’est pas (encore) connu du grand public. Au sein du microcosme financier par contre, Hiba Zahoui est une personnalité. C’est elle qui se charge de la supervision bancaire au sein de la Banque centrale. Depuis 2017, dans ce pays qui s’appelle le Maroc, c’est donc une femme qui supervise et contrôle ces citadelles masculines que sont les banques.

Médias24 est parti à la rencontre de cette dame discrète et que l’on dit très professionnelle.

Au premier abord, elle paraît assez réservée. Mais elle est loin d’être effacée. On n’occupe pas de si hautes responsabilités en rasant les murs ou en s’excusant. On devine un mélange d’assurance et de force intérieure. Avec ce genre de profil, l’expression “sexe faible“ serait rapidement bannie des dictionnaires.

Comment a-t-elle atteint un si haut piédestal dans le monde de la finance ?

L’histoire est assez longue, pas du tout linéaire, et surtout atypique.

Hiba Zahoui est matheuse, férue de littérature française, et jusqu’à l’âge de 40 ans, elle a été… sous-lieutenant de réserve dans les FAR. Sur le plan académique, elle est à la fois ingénieure de l’EMI, en génie industriel, titulaire d’un DESS de gestion d’entreprise et expert-comptable diplômée.

Matheuse, férue de littérature française, sous-lieutenant de réserve dans les FAR... Un profil atypique

En 1991, après un bac math-physique mention très bien obtenu au lycée Lyautey, elle s’inscrit au Lycée Mohammed V de Casablanca pour deux années de prépa Maths sup - Maths spé. Elle choisit ensuite l’EMI et sort ingénieure promotion 1996 après avoir effectué un stage militaire à El Hajeb. “Cela nous a appris la discipline, forgé nos personnalités“, commente-t-elle.

On a du mal à l’imaginer en treillis s’entraînant au tir, manipuler des armes, effectuant des randonnées de nuit une boussole à la main… Elle en parle avec un mélange de nostalgie ou de fierté.

Après l’EMI, elle intègre un cabinet d’audit et de conseil. “J’ai ressenti la nécessité d’approfondir mes connaissances et j’ai alors fait un DESS en gestion d’entreprise. Mais ce n’était pas suffisant et je me suis lancée dans un cycle d’expertise comptable“.

Fin 2004, après 8 ans de cabinet, elle est devenue manager en charge du corporate finance. “J’avais besoin d’un nouveau challenge“, affirme-t-elle. Elle a donc effectué le grand saut, en passant de l’audit interne à la supervision bancaire et surtout, en allant du privé vers le public, cheminement peu fréquent de nos jours.

 "Je fais le tour de la question avant de décider"

Retenons bien ceci : c’est pour mieux maîtriser ses dossiers qu’en 1997, elle avait fait un DESS en gestion d’entreprise puis un cycle d’expertise comptable. Ce besoin de tout comprendre, de maîtriser, de faire le tour des sujets, c’est peut-être le trait de caractère qui marque sa carrière à la Banque centrale. Florilège :

“-Je fais le tour de la question avant de décider.

“-Les décisions doivent être réfléchies. Il faut comprendre les enjeux, avancer de manière sûre et maîtrisée.

“-Nos actions ont des impacts, il faut les peser.“

Elle se juge “trop perfectionniste“. Avoue qu’elle travaille de cette manière tous les jours.

Invitée à décrire une journée type, elle répond : “Il n’y a pas de journée type. Aucune ne ressemble à l’autre“.

Comment a-t-elle escaladé les marches vers la direction de la supervision bancaire ?

Fin 2004 donc, la voici recrutée dans la mythique citadelle financière du Maroc, régulateur bancaire, tutelle des établissements bancaires et institut d’émission. Le tout dirigé par le non moins mythique Abdellatif Jouahri.

Au début, elle est responsable d’un portefeuille de 2 banques. “J’ai appris gentiment“, affirme-t-elle avec une modestie qui ne semble pas feinte. Progressivement, elle finira par devenir responsable du contrôle permanent de toutes les banques. “On m’a fait confiance“. Ça a l’air si simple.

Dans son perfectionnisme et son souci de bien maîtriser ses responsabilités, Mme Zahoui ressent le besoin de construire des tableaux de bord plus perfectionnés. Elle crée différents systèmes, dont un système de notation des banques, à usage interne, “qui est un outil de dialogue“.

 "J'aimerais que notre pays émerge, les Marocains le méritent"

Lorsqu’on l’interroge sur l’instant où tout a basculé, celui de sa nomination à la tête de la direction, elle répond que “ma hiérarchie m’avait préparée“ et que donc, elle n’a pas été surprise.

Lorsque la nomination est officielle, elle a été “remplie de fierté" et a "ressenti l’ampleur de la responsabilité“. “C’est une marque de confiance, je me suis sentie investie d’une mission noble“.

 "Nous avons besoin d'écouter les établissements bancaires, nous avons des rapports de dialogue"

Dans la description de son travail, elle insiste davantage sur le dialogue et l’écoute que sur le contrôle. “Nous avons besoin d’écouter les établissements bancaires, de connaître leurs besoins. Parfois, on les pousse, parfois on les freine lorsqu’ils veulent aller trop vite“. “Nous avons des rapports de dialogue, une posture d’écoute, de concertation, de régulation, de contrôle, il faut écouter pour comprendre“.

Toujours dans la dimension technique de son travail, les journées sont jalonnées de réunions et de dossiers à traiter : le contrôle, les rapports des missions d’inspection, l’instruction des demandes d’agrément, l’approbation des commissaires aux comptes, les plannings de réformes, l’élaboration des textes, les comités de pilotage… Plus de 90 établissements sont sous la surveillance de cette direction de la supervision bancaire.

Sur le plan managérial, la direction compte une centaine de collaborateurs directs, “je les remercie tous, nous partageons un sentiment d’appartenance et de service public“.

"Sentiment d'utilité"

Ses meilleurs souvenirs professionnels? “Le sentiment d’utilité“.

Le stress ? “J’ai l’impression qu’on arrive à le gérer, tous les dossiers sont compliqués, il y a des enjeux, il faut faire les choses avec sérénité“.

A titre personnel, elle n’est ni Netflix, ni réseaux sociaux. Au boulot, elle ne compte pas “ses heures“. Elle aime la culture et elle aime la Banque centrale. Aux journées du patrimoine, la voici qui déambule comme un visiteur anonyme, au siège casablancais de Bank Al Maghrib. Ce qui lui permet aujourd’hui de vous asséner un cours sur l’histoire du bâtiment, son architecture, les différentes dates de construction, tout y passe, même les matériaux utilisés et la carrière de marbre.

Elle se juge “très intègre, honnête, ayant une bonne capacité de travail et d’adaptation“. A-t-elle un vœu très cher ? “J’aimerais bien que notre pays émerge, mes concitoyens le méritent“.

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