Loubna Serraj

Consultante. Son parcours professionnel comprend, au cours de plusieurs années en France et au Maroc, des expériences en entreprises et en cabinet de conseil, particulièrement dans les domaines de la stratégie de contenu et de la communication éditoriale. 

Passionnée par l'écriture et la lecture, elle livre via des chroniques, parfois décalées, un autre regard sur l'actualité d'ici et d'ailleurs.

Elle tient également un blog.

 

Histoire de couleuvres !

Histoire de couleuvres !

Le 25 mars 2019 à 05:54

Modifié le 25 mars 2019 à 16:00

"On en use ainsi chez les grands. La raison les offense ; ils se mettent en tête Que tout est né pour eux, quadrupèdes, et gens, Et serpents. Si quelqu’un desserre les dents, C’est un sot. J’en conviens. Mais que faut-il donc faire ? Parler de loin, ou bien se taire". Ainsi se termine cette fable de La Fontaine, L’Homme et la Couleuvre, un petit bijou d’apologue à lire ici ou à écouter là avec, en prime, la voix de Fabrice Luchini.

Une couleuvre peut en cacher tant d’autres…

Cette fable, comme beaucoup d’autres du poète, se joue des politiques et de leur tendance à être sourds aux avis de la vox populi, représentée dans cette histoire par une vache, un bœuf, un arbre et une couleuvre. En effet, face à l’interpellation de cette dernière sur son ingratitude, sûr de lui et à l’affût de discours en sa faveur, l’Homme demande successivement aux représentant.e.s du peuple leurs témoignages sur le plus méchant des deux.

Arguments à l’appui, leurs propos sont unanimes. À son grand dam, il se voit dépeint tour à tour d’entêté, d’égoïste, de profiteur et de cruel. Déçu par tant de bêtises, et se plaçant au-dessus de cette populace sans jugement, l’Homme fait fi de ces propos, dénigre leurs auteur.e.s et finit par se dire que, sa place étant au-dessus de toute cette smala, il détient la vérité absolue.

341 ans plus tard, autant dire que c’était hier, le politique, fût-il homme, femme ou système, est-il si différent de celui décrit par La Fontaine ? Est-il moins entêté, profiteur, égoïste et cruel ?  Regardons de plus près…

Le.a politique entêté.e

Je vous ai entendus… et je m’en contrefous !

Il semblerait, à lire les actualités de plusieurs pays que quel que soit leur niveau de « maturité démocratique », cette phrase redevienne à la mode. Si tant est qu’elle ait cessé de l’être à un moment ou à un autre.

En France, par exemple, Jupiter, descendant de son piédestal pour écouter ces petits êtres gesticulants, se fend d’un gaullesque ‘’Je vous ai compris’’ dont il choisit les verbatim sans pour autant changer d’un iota la direction entreprise par sa politique ; à savoir une orientation clairement opposée à la question sociale et aux revendications, somme toute assez compréhensibles, de ses concitoyen.ne.s. Alors, bien sûr, il y a eu le grand débat national qui, rappelons-le, a consisté à organiser une sorte de vaste consultation en ligne pendant deux mois. Clos le vendredi 15 mars, son résultat semble plus être un discours de 8 heures qu’un débat, avec quelques intellectuel.le.s comme faire-valoir nécessaire. Dominique Méda, sociologue présente lors de cette grand-messe, en parle ici.

Autant de tergiversations, de moyens mis en œuvre et de promesses… pour avaler une ou plusieurs couleuvres !

Le.a politique profiteur.se

Je vous vends de la poudre aux yeux ! Et alors ?

Les couleuvres ne semblent avoir ni nationalité ni appartenance politique ou conviction religieuse.

Le.a politique égoïste

Et moi, et moi, et moi !

Si les exemples d’égoïsme sont légion en politique, leur point d’orgue a été atteint par « le jeu du chat » (sortira / ne sortira pas) du Royaume Uni. Brexit or not Brexit ? se demandent les un.e.s. Brexit but… répondent les autres. Depuis 2016, et après maintenant près de 3 années d’hésitations, l’on apprend que le Brexit est de plus en plus certain, comme le titre le Figaro en décembre 2018, jusqu’à la demande d’un report par Theresa May jusqu’au 30 juin 2019, rapportée par France 24 le 20 mars 2019. Le délai qui sera accordé sera finalement pour le 22 mai, comme le rapport Le Monde trois jours plus tard.

Alors, certes, le Royaume Uni doit veiller à préserver ses intérêts économiques, sociaux et politiques. Mais ce feuilleton, aux allures de soap opera, qu’est le Brexit, illustre bien la vacuité des arguments lors des élections de 2016 et la sous-estimation, voire la non-préparation, face à ce qui était annoncé comme une formidable opportunité pour récupérer le contrôle de ses frontières, améliorer son PIB ou encore avoir des régulations moins contraignantes que celles imposées par l’Union Européenne. Un fort joli programme… malheureusement démenti aux lendemains du référendum comme on peut le lire ici.

La décision étant votée, le Royaume Uni ne se résigne pas à ne pas avoir le beurre, l’argent du beurre ; voire même le.a crémier.ère en prime !

Le.a politique cruel.le

Je vous traite en sous-homme.femme.s, je nie votre humanité… Rien de plus normal !

Comment ça cruel.le.s les politiques ? Bien sûr que non. Toutes les guerres ont été, il est évident, nourries par une soif d’aider les êtres humains à se libérer du joug d’une dictature, de faire respecter les droits universels ou dans la noble mission de mieux répartir les richesses d’un pays.

Que je ne vous vois me dire que le colonialisme a été motivé par autre chose qu’une profonde volonté de libérer ces peuples indigènes de leur sous-culture et de leur faire parvenir la civilisation et la modernité ; celles des colons, cela va de soi. Aucune autre n’est envisageable ni susceptible d’être perpétuée.

À ce propos, le livre de Jim Fergus, Mille femmes blanches, est assez édifiant. Il s’agit d’une histoire, inspirée de faits réels datant de 1875, qui relate la proposition saugrenue d’un chef Cheyenne au Président américain d’échanger femmes blanches contre chevaux pour éviter l’extinction de son peuple et faciliter leur intégration. Après une indignation de façade de la part de la gent politique américaine bien-pensante, le contrat est conclu et les femmes, volontaires ou non (comprenez réquisitionnées dans les asiles psychiatriques et les prisons) lui sont envoyées avec pour objectif de retourner la situation à l’avantage de la belle civilisation blanche venue délivrer les rouges sauvages! La réalité n’étant jamais aussi tranchée, May Dodd, l’une de ces femmes, va transcrire régulièrement dans ses carnets un mode de vie totalement différent certes mais empreint d’une autre vision de la communauté, de la famille, des us et coutumes, de la place de l’individu, de la croyance, de la femme… des Cheyennes. Une vision qui est forcément le mal incarné et qui va subir un des génocides les plus tus de l’Histoire.

Vox populi, populus stupidus[1] ?

Une politique entêtée, profiteuse, égoïste et cruelle. Voilà un menu peu appétissant pour le « peuple » ; cet ensemble homogène dont les porte-paroles sont aussi nombreux.ses que les plans foireux des Dalton et aussi rapides à monter au créneau qu’un Lucky Luke tirant plus vite que son ombre. Il est donc d’autant plus crucial d’être vigilant.e.s, de relire quelques textes de Pierre Bourdieu, sociologue et observateur aguerri, qui a bien dit « Pour changer la vie, il faudrait commencer par changer la vie politique » et dénicher la bêtise quelle qu’elle soit et où qu’elle se cache sans jamais la sous-estimer. Georges Bernanos, écrivain et spécialiste du tragique, le formule joliment : « Votre profonde erreur est de croire que la bêtise est inoffensive (...) La bêtise n’a pas plus de force vive qu’une caronade de 36, mais une fois en mouvement, elle défonce tout ».

Et ce n’est pas la couleuvre de La Fontaine, qui finit évidemment occise par son Homme, qui dirait le contraire !

[1] « Voix du peuple, peuple stupide » qui est un détournement de la locution latine Vox populi, vox Dei (Voix du peuple, voix de Dieu)

Loubna Serraj

Consultante. Son parcours professionnel comprend, au cours de plusieurs années en France et au Maroc, des expériences en entreprises et en cabinet de conseil, particulièrement dans les domaines de la stratégie de contenu et de la communication éditoriale. 

Passionnée par l'écriture et la lecture, elle livre via des chroniques, parfois décalées, un autre regard sur l'actualité d'ici et d'ailleurs.

Elle tient également un blog.

 

Histoire de couleuvres !

Le 25 mars 2019 à08:10

Modifié le 25 mars 2019 à 16:00

"On en use ainsi chez les grands.

La raison les offense ; ils se mettent en tête

Que tout est né pour eux, quadrupèdes, et gens,

Et serpents.

Si quelqu’un desserre les dents,

C’est un sot. J’en conviens. Mais que faut-il donc faire ?

Parler de loin, ou bien se taire".

Ainsi se termine cette fable de La Fontaine, L’Homme et la Couleuvre, un petit bijou d’apologue à lire ici ou à écouter avec, en prime, la voix de Fabrice Luchini.

Une couleuvre peut en cacher tant d’autres…

Cette fable, comme beaucoup d’autres du poète, se joue des politiques et de leur tendance à être sourds aux avis de la vox populi, représentée dans cette histoire par une vache, un bœuf, un arbre et une couleuvre. En effet, face à l’interpellation de cette dernière sur son ingratitude, sûr de lui et à l’affût de discours en sa faveur, l’Homme demande successivement aux représentant.e.s du peuple leurs témoignages sur le plus méchant des deux.

Arguments à l’appui, leurs propos sont unanimes. À son grand dam, il se voit dépeint tour à tour d’entêté, d’égoïste, de profiteur et de cruel. Déçu par tant de bêtises, et se plaçant au-dessus de cette populace sans jugement, l’Homme fait fi de ces propos, dénigre leurs auteur.e.s et finit par se dire que, sa place étant au-dessus de toute cette smala, il détient la vérité absolue.

341 ans plus tard, autant dire que c’était hier, le politique, fût-il homme, femme ou système, est-il si différent de celui décrit par La Fontaine ? Est-il moins entêté, profiteur, égoïste et cruel ?  Regardons de plus près…

Le.a politique entêté.e

Je vous ai entendus… et je m’en contrefous !

Il semblerait, à lire les actualités de plusieurs pays que quel que soit leur niveau de « maturité démocratique », cette phrase redevienne à la mode. Si tant est qu’elle ait cessé de l’être à un moment ou à un autre.

En France, par exemple, Jupiter, descendant de son piédestal pour écouter ces petits êtres gesticulants, se fend d’un gaullesque ‘’Je vous ai compris’’ dont il choisit les verbatim sans pour autant changer d’un iota la direction entreprise par sa politique ; à savoir une orientation clairement opposée à la question sociale et aux revendications, somme toute assez compréhensibles, de ses concitoyen.ne.s. Alors, bien sûr, il y a eu le grand débat national qui, rappelons-le, a consisté à organiser une sorte de vaste consultation en ligne pendant deux mois. Clos le vendredi 15 mars, son résultat semble plus être un discours de 8 heures qu’un débat, avec quelques intellectuel.le.s comme faire-valoir nécessaire. Dominique Méda, sociologue présente lors de cette grand-messe, en parle ici.

Autant de tergiversations, de moyens mis en œuvre et de promesses… pour avaler une ou plusieurs couleuvres !

Le.a politique profiteur.se

Je vous vends de la poudre aux yeux ! Et alors ?

Les couleuvres ne semblent avoir ni nationalité ni appartenance politique ou conviction religieuse.

Le.a politique égoïste

Et moi, et moi, et moi !

Si les exemples d’égoïsme sont légion en politique, leur point d’orgue a été atteint par « le jeu du chat » (sortira / ne sortira pas) du Royaume Uni. Brexit or not Brexit ? se demandent les un.e.s. Brexit but… répondent les autres. Depuis 2016, et après maintenant près de 3 années d’hésitations, l’on apprend que le Brexit est de plus en plus certain, comme le titre le Figaro en décembre 2018, jusqu’à la demande d’un report par Theresa May jusqu’au 30 juin 2019, rapportée par France 24 le 20 mars 2019. Le délai qui sera accordé sera finalement pour le 22 mai, comme le rapport Le Monde trois jours plus tard.

Alors, certes, le Royaume Uni doit veiller à préserver ses intérêts économiques, sociaux et politiques. Mais ce feuilleton, aux allures de soap opera, qu’est le Brexit, illustre bien la vacuité des arguments lors des élections de 2016 et la sous-estimation, voire la non-préparation, face à ce qui était annoncé comme une formidable opportunité pour récupérer le contrôle de ses frontières, améliorer son PIB ou encore avoir des régulations moins contraignantes que celles imposées par l’Union Européenne. Un fort joli programme… malheureusement démenti aux lendemains du référendum comme on peut le lire ici.

La décision étant votée, le Royaume Uni ne se résigne pas à ne pas avoir le beurre, l’argent du beurre ; voire même le.a crémier.ère en prime !

Le.a politique cruel.le

Je vous traite en sous-homme.femme.s, je nie votre humanité… Rien de plus normal !

Comment ça cruel.le.s les politiques ? Bien sûr que non. Toutes les guerres ont été, il est évident, nourries par une soif d’aider les êtres humains à se libérer du joug d’une dictature, de faire respecter les droits universels ou dans la noble mission de mieux répartir les richesses d’un pays.

Que je ne vous vois me dire que le colonialisme a été motivé par autre chose qu’une profonde volonté de libérer ces peuples indigènes de leur sous-culture et de leur faire parvenir la civilisation et la modernité ; celles des colons, cela va de soi. Aucune autre n’est envisageable ni susceptible d’être perpétuée.

À ce propos, le livre de Jim Fergus, Mille femmes blanches, est assez édifiant. Il s’agit d’une histoire, inspirée de faits réels datant de 1875, qui relate la proposition saugrenue d’un chef Cheyenne au Président américain d’échanger femmes blanches contre chevaux pour éviter l’extinction de son peuple et faciliter leur intégration. Après une indignation de façade de la part de la gent politique américaine bien-pensante, le contrat est conclu et les femmes, volontaires ou non (comprenez réquisitionnées dans les asiles psychiatriques et les prisons) lui sont envoyées avec pour objectif de retourner la situation à l’avantage de la belle civilisation blanche venue délivrer les rouges sauvages! La réalité n’étant jamais aussi tranchée, May Dodd, l’une de ces femmes, va transcrire régulièrement dans ses carnets un mode de vie totalement différent certes mais empreint d’une autre vision de la communauté, de la famille, des us et coutumes, de la place de l’individu, de la croyance, de la femme… des Cheyennes. Une vision qui est forcément le mal incarné et qui va subir un des génocides les plus tus de l’Histoire.

Vox populi, populus stupidus[1] ?

Une politique entêtée, profiteuse, égoïste et cruelle. Voilà un menu peu appétissant pour le « peuple » ; cet ensemble homogène dont les porte-paroles sont aussi nombreux.ses que les plans foireux des Dalton et aussi rapides à monter au créneau qu’un Lucky Luke tirant plus vite que son ombre. Il est donc d’autant plus crucial d’être vigilant.e.s, de relire quelques textes de Pierre Bourdieu, sociologue et observateur aguerri, qui a bien dit « Pour changer la vie, il faudrait commencer par changer la vie politique » et dénicher la bêtise quelle qu’elle soit et où qu’elle se cache sans jamais la sous-estimer. Georges Bernanos, écrivain et spécialiste du tragique, le formule joliment : « Votre profonde erreur est de croire que la bêtise est inoffensive (...) La bêtise n’a pas plus de force vive qu’une caronade de 36, mais une fois en mouvement, elle défonce tout ».

Et ce n’est pas la couleuvre de La Fontaine, qui finit évidemment occise par son Homme, qui dirait le contraire !

[1] « Voix du peuple, peuple stupide » qui est un détournement de la locution latine Vox populi, vox Dei (Voix du peuple, voix de Dieu)

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